‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 148 sur 440 · LES CATHARES · texte numérisé non relu

LES CATHARES

daient observer strictement la Règle, de ceux qui raccommodaient aux nécessités de leur politique, les Conventuels. Les premiers étaient profondément pénétrés de l'esprit joachimite ; ils croyaient leur ordre seul digne de réaliser par l'amour, le renoncement et la pureté, l'avènement du Saint-Esprit. Les autres ne voulaient plus de la pauvreté absolue ; c'est en vain que madame Pauvreté, envoyée par Dieu son père, vient leur dire :« Souvenez-vous que vous avez promis au Christ de le suivre toujours. » Ils lui répondent : « Si tu ne sors pas au plus vite, on te fera bien voir qu'autre chose est dire, autre chose faire. » Alors elle va frapper à la porte des religieuses : « Dieu vous bénisse, mes sœurs ! jadis j'habitai cette maison et j'y trouvai beaucoup d'honneur et de repos. Maintenant, elle me semble toute changée et je ne reconnais ni les meubles ni les visages. » — « Que veut cette odieuse vieille? ws' écrient les sœurs, et elles la font chasser par les valets à coups de bâton ^ C'est le bienheureux ^ Jacopone qui parle ainsi, un des plus ardents parmi les Spirituels. Après avoir semonce Célestin V, faible ermite, il attaqua de front le redoutable Boniface VI IL Mal lui en prit ; excomm.unié et emprisonné, il ne dut la liberté qu'à la mort de son ennemi. Tour à tour battues et victorieuses, les deux factions se faisaient une guerre acharnée et réussirent, dans l'exaltation effrénée de leur conviction, à créer une nouvelle hérésie. Saint Bonaventure avait déjà laissé frapper sévèrement son prédécesseur au généralat, Jean de Parme. Quelques Spirituels furent fouettés et condamnés à la prison perpétuelle. L'enivrement de ces têtes débiles, qui avaient trop bu aux sources de l'Esprit, finit par allumer les bûchers. En 1318, on commença à brûler les amants enragés de madame Pauvreté, et cela dura jusque vers 1350.

A eux se rattachaient, d'une façon plus ou moins directe, les Béguins ^, les Fraticelles, les Fratres de paupere vita. Ils continuaient à annoncer l'ère nouvelle, l'avènement de l'Esprit, pour 1325, 1330, 1335 ; les années avaient beau démentir leurs espérances, ils en étaient quittes pour reculer la date. Ils partagèrent le sort malheureux des Spirituels. On en trouve en Italie jusqu'au xv® siècle. Il y en avait eu beaucoup à Florence.

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