Le Nain de Tillemont, III
2. Mon. Palau. Chr., dans Muratori, VIII : «Les sages se demandaient avec étonnement d'où provenait cet élan de ferveur. Ce mode de pénitence inouï n'avait pas été institué par le pape, ni par les soins d'un prédicateur ou de quelque personnage important ; il prit sa source chez les simples, dont savants et ignorants suivirent aussitôt les traces. Le Saint-Esprit, qui ne connaît pas les longues préparations, mais souffle tout d'un coup où il veut, avait enflammé tous les cœurs, en leur fournissant l'exemple d'un seul homme embrasé de son amour. «
3. Les femmes, d'après le Moine de Padoue, ne participaient point par pudeur aux processions et se flagellaient à domicile ; mais, d'après IHist. imperaloruni de Ricobaldi de Ferrare (.Muratori, IX, 133), elles assistaient aux processions.
4. Ceci se produisit au moins à Parme (Muratori. IX, Chronicon Parmcnse, 778) r
262 l'amour et la femme en toscane
et, la nuit, on processionnait cierges en main, malgré le froid d'un hiver très rude. Ils allaient d'église en église, de ville en ville; ils étaient partout. « Les champs et les montagnes résonnaient ensemble des voix de ceux qui criaient vers le Seigneur. Alors se turent toutes les musiques profanes et les chansons d'amour. On n'entendait, dans les villes comme dans les campagnes, que le chant lugubre des pénitents. Les hommes les plus endurcis sentaient leur cœur ébranlé et ne pouvaient retenir leurs larmes... Les usuriers et les pillards se hâtaient de restituer les biens mal acquis ; on ouvrait les prisons, on rappelait tous les exilés et on les remettait en possession de leuini biens confisqués ^. »
« Ceux qui avaient commis des meurtres allaient à leurs ennemis et leur tendaient des glaives nus pour qu'ils prissent leur vengeance ; mais ceux-ci se prosternaient à leurs pieds et tous les assistants pleuraient de joie ^. »
L'agitation devint si forte que des princes jusque-là dévoués à l'Église en prirent ombrage. Quant aux Gibelins, ils usèrent de rigueur. Manfred interdit, sous peine de mort, les exercices des Flagellants en Sicile, dans les Fouilles, en Toscane, dans la Marche d Ancône. Le marquis Pallavicini fit de même à Brescia, Crémone, Milan et partout où il pouvait faire sentir son autorité.
Ce furieux besoin de pénitence s'éteignit brusquement, comme il était né ; il ne fut qu'une brève secousse.