LES FLAGELLANTS
«S'étant accrus en parcourant le pays (la Picardie) jusqu'au nombre de cinquante mille, ils mariaient les gens malgré eux, confessaient et donnaient absolution des péchés, bénissaient l'eau comme lesévêques.
« Ils vinrent à Paris, où leur chef prêcha, habillé en évêque, à Saint- Eustache. Ils étaient alors plus de cent mille et commettaient les^ pires excès, parce que beaucoup de mauvaises gens s'étaient mêlés à eux. Ils tuèrent beaucoup de laïcs et même de prêtres. Ils furent excommuniés : on pendit les chefs et on en massacra un certaia nombre ; les bergers et les paysans qui avaient suivi les meneurs se dispersèrent comme la fumée et retournèrent garder leurs moutons ^. )^■ Ils étaient parvenus jusqu'aux ports d'embarquement, Bordeaux et Aigues-Mortes. Quelques-uns avaient passé en Angleterre et réussi^ par endroits, à soulever les paysans.
Il se produisit des mouvements analogues en 1309 et 1320.
§ 16. Les Flagellants.
En 1260, l'année fatidique, celle que Joachim indiquait comme le début probable de l'ère nouvelle, toute l'Italie avait frissonné^ La grâce amollissait, pour un instant, les cœurs les plus endurcis, et ils eurent soif de pénitence, pour se tenir prêts aux événements. La commotion qui secoua toute la péninsule partit de Pérouse. Là, sans qu'on sache pourquoi ^, les hommes de toutes les conditions^ les vieillards et les enfants commencèrent à aller processionnellement dans les rues, deux par deux, nus jusqu'à la ceinture, se flagellant les uns les autres jusqu'à effusion du sang, pleurant et criant : «Madame Sainte Marie, ayez pitié de nous, pauvres pécheurs, et priez Jésus-Christ de nous épargner ^ ! »
Le mouvement se propagea au nord, vers Gênes ; au sud, vers- Rome. A la tête de leurs ouailles, marchaient les prêtres, avec les consuls des villes et les podestats "*, précédés de croix et de bannières ;