Jacques de Voragine, Chr. fan., ann. 1261 (Muratori, IX
AVERRHOÏSTES ET ÉPICURIENS 263
Ils avaient donné un scandaleux exemple, celui de l'impiété mise en prati(jue. Il ne s'agit point chez eux de théories philosophiques, ni de haines contre l'Eglise. Ils n'ont rien de commun avec ces gens qui, par-ci, par-là, chassent les moines de leur couvent, en massacrent quelques-uns, couvrent le pape d'insultes ^ lorsqu'il traverse sa ville, la tiare en tête, ou le brûlent en effigie ^ et vont même jusqu'à incendier l'église de la Vierge, en lui disant : « Défends-toi, sainte Marie, si tu le peux ^ ! » Vi^■eu^s parfaitement et tranquillement athées qui profitent de l'approche de la catastrophe finale pour s'amuser en toute sécurité, ils furent grandement célèbres. Dante se racque d'eux {Inf.. XXÏX, 128 et suiv.) ; mais Folgore de San Gimignano leur a dédié ses sonnets de la Couronne des mois et il partage leurs sentiments: -« Qu'il n'y ait chez vous, leur dit-il (sonnet de mars), ni prêtre, ni monastère ; laissez prêcher les frères fous, ils racontent trop de sornettes et trop peu de vérités » ; et, après les sonnets des mois, écrivant ceux des jours, il consacre le dimanche aux dames et aux tournois ; il ne fait pas la moindre allusion à la messe ni à Dieu.
A côté de ces épicuriens de la plus basse espèce, viennent des mystiques dévoyés, les Frères de V Esprit de liberté, qui, pour atteindre la perfection du Christ, croyaient indifférent de suivre le chemin de la vertu ou celui du vice. Entre les plaisirs de l'âme et ceux de la chair, ils ne voyaient point de distinction nécessaire. Plus la jouissance des passions charnelles est vive, pensaient-ils, plus elle nous rapproche de Dieu *.
§ 18. A^errhoîstes et Épicuriens j incrédulité de Guida Cai>alcanti,
Ces fous ne firent guère de prosélytes. Mais la large incrédulité d'Averrhoès séduisit de nobles esprits, surtout chez les Gibelins» Sa théorie de l'intellect ^ conduisait à la négation de l'immortalité de l'âme. Il tenait pour vraies toutes les religions, en ce sens que
1. Innocent III raconte lui-même que le samedi saint, 8 avril 1203, -^e rendant, la couronne pontificale sur la tcte, de Saint-Pierre au Latran, le peuple romain le «ouvrit d'outrages si grossiers qu'il ne peut se résigner à les répéter (Jcergensen, Vie <ie sainl Frqncois, p. 125). — A chaque instant, les papes étaient chassés de Rome
par des émeutes.
2. Salimbene, 282, 283. Les Pérugins, indignés que le pape se fût permis de les excommunier parce qu'ils avaient saccagé le palais de l'évêque, firent un pape et des cardinaux de bois, les traînèrent ignominieusement dans les rues de la ville et les brûlèrent au sommet d'une colline.