‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 16 sur 440 · LES IMPIES · texte numérisé non relu

LES IMPIES

draps fins. » Un souffle de paganisme et de volupté inspire les Goliards, ces mauvais clercs. A leur poésie de faunes, ils mêlent les plus sacrilèges parodies ; ils composent la messe des buveurs [Introiho ad altare Bacchi, etc.), leur Rorate cœli [Rorate, scyphi, desuper et nubes pluant muslum) ; leur Pater noster [Pater noster qui es in scyphis, sanctificetur i>inum istud ; ad<^eniat Bacchi potus, fiât tempestas tua^ sicut in ^ino et in taherna) ; leur Confiteor [Confiteor reo Baccho omnipotanti et reo ^i?io coloris rubei et omnibus scyphis ejus et ^obis, potatoribus, me nimis gulose potasse... mea cupa, mea cupa, mea maxima cupa. Ideo precor beatissimum Bacchum et omnes scyphos ejus et i^os fratres potatores ut potetis pro me, etc. ^).

Le chevalier au Barizel ^ faisait gras le vendredi saint et se moquait de ses amis qui prétendaient l'envoyer à confesse : « Quand ils auront été bien absous, ils iront piller de tous côtés. »

A la tranquille ironie de ces athées, les chansons de geste opposent les fureurs de quelques déments qui traitent Dieu, les prêtres et le genre humain en ennemis personnels.

Gaidon (6441 et suiv.) : « Vous ne serez loyal envers personne ; vous ne garderez pas votre foi à votre seigneur ; vous trahirez et vendrez les hommes loyaux ; louez le mal et dénigrez le bien ; si vous avez un ami, faites son éloge par devant et blâmez-le par derrière ; calomniez et raillez les pauvres gens ; déshéritez les orphelins, dérobez le domaine des veuves, soutenez les meurtriers et les larrons. Déshonorez la sainte Église, fuyez les prêtres et les clercs, volez partout les religieux et les moines, battez les Cordeliers et les Jacobins, jetez les petits enfants dans la boue et, si vous n'êtes pas vu, étranglez-les de vos mains... mentez hardiment et parjurezvous. »

Amis et Amiles (1625-1631) : « Ne t'avise pas de servir Dieu et ne dis jamais la vérité. Si tu rencontres un honnête homme, déshonore-le. Brûle villages, bourgs et maisons. Abats les autels et brûle les crucifix. C'est le vrai chemin de l'honneur ! »

Dans Doon de Alayence, Herchembaut renie Dieu et crache contre le ciel ; il jure de massacrer ermites, moines et prêtres, de brûler les monastères et les églises, de fracasser les crucifix (vers 5099 et suiv.).

1. Cf. aussi l'Évangile selon les marcs d'argent, Du Méril, Poésie latines du moyen dgs, p. 407; Schmeller, Carmina Burona-, cf. l'obscène sermon de Billouarb r Inlroivil in tabernaculo, lacrijmanle recessit oculo, etc.

2. A vrai dire, il finit par se convertir, comme Raoul de Cambrai, qui perchait ses faucons sur le Crucifix, dressait sa tente au milieu de l'église, puis brûlait le sanctuaire avec les nonnes qui y avaient cherché refuge.

Le duc Aimon {Reiiaut de Montauhan, p. 96) explique à ses fils la manière de traiter les gens d'Eglise : « Ils ont la chair tendre et les rognons gras ; ils sont meilleurs à manger que cygnes ou paons ; démolissez leurs abbayes, faites-les rôtir et mangez-les. Cela vaut bien la venaison. Un moine rôti est plus succulent qu'un mouton. »

En 1231, Bernard de Comminges alla prendre à l'autel un moine de l'abbaye de Conques, nommé Jean, et le pendit ^ « A Auxerre, en 1220, une troupe de chevaliers se jette sur les chanoines qui S€ rendaient à l'office ; ils les poursuivent jusque dans l'église, en blessent un grièvement et en écrasent un autre sous les pieds des chevaux...

<r En 1181 et 1207, deux des évêques de Verdun meurent successivement de mort violente, tués par des seigneurs avec qui ils étaient en guerre. En 1211, l'abbé de Saint-Pierre de la Couture, dans le Maine, est assassiné par Hamclin de la Faigne, qui lui contestait la propriété du fief de Semur... En 1219, Gilles, seigneur de Saint- Michel en Laonnais, âgé de quinze ans, se débarrasse de l'abbé de Saint-Michel par le même procédé : le meurtre a lieu dans le clcître même... En 1222, le fils du vicomte d'Aubusson assassine le prieur de FeUetin... En 1220, l'évêque du Puy, Robert de Meung, fut assassiné par un chevalier qu'il avait frap] • d'excommunication -, etc. »

§ 10. Les qualités et les i^ertus che^'aleresques ; la mesure ; V instruction des hautes classes.

La plupart des chevaliers étaient cependant de fervents chrétiens. La crainte de Dieu est la base des qualités chevaleresques, le premier principe de la vie « courtoise », c'est-à-dire de la vie qu'on mène dans les très nombreuses cours féodales. Une foule* de principicules tenaient table ouverte. Des fêtes périodiques, comme celles du Puy Notre- Dame, réunissaient les dames et les hommes d'armes de toute une région. Dans ces assemblées se formèrent une politesse et des manières mondaines, s'imposèrent des usages d'affabilité et de réserve, fleurirent des modes éphémères. Mais tous ces légers agiéments, « joie, galanterie, beau langage, bonnes façons, générosité ' », se

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