LA CHEVALERIE ET LA RELIGION
toujs les autres barons vinrent après ; et la presse fut si grande qu'on ne pouvait approcher du hanap. »
Au Sud, les troubadours prient chrétiennement et simplement :
Guillaume IX, Pus de chantar, R. IV, 83 : « Je demande en grâce à mes compagnons de me pardonner mes torts, si j'en eus à leur égard, et j'en prie le Dieu du ciel, en roman et en latin.
« J'ai été agréable et gai ; mais Notre-Seigneur ne le veut plus, et je ne puis plus supporter mon fardeau, tant je suis proche de la fin... ))
Sordel, édition de Lollis, Aissi cum tesaurs, vers 440 et suivants : «Quand on meurt, que reste-t-il de la richesse, de la grandeur, du pouvoir et de la jeunesse? Les grands, les riches, les jeunes meurent et ils n'emportent avec eux que le bien qu'ils ont fait... La richesse qu'on ne met pas en Dieu n'est que péché et pauvreté. »
Peire Cardinal, Vera i^ergena, R. IV, 442 : « Vraie Vierge Marie, véritable vie et véritable foi, vraie mère et véritable amîe, vrai amour et vraie pitié, par ta pitié fais-moi aimer de ton Fils ! Traite la paix avec ton Fils, Dame, réconcilie-nous avec lui !
« Tu naquis en Syrie dans la pauvreté, humble, pure et pieuse de fait, de parole et de pensée, formée en toute perfection, sans nulle tache, ornée de tous les biens ; et tu parus si douce que Dieu descendit en toi...
« Celui qui se fie en toi n'a pas besoin d'autre défense; il serait sauvé quand même le monde entier périrait, car tes prières apaisent le Très-Haut et ton Fils ne contrarie pas tes volontés... »
Folquet de Marseille, Senher Dieus^ R. IV, 394; «Mon mal est si cuisant que ma bouche ne peut le conter et nul autre médecin que toi ne m'en guérira ! Dieu de gloire, fais-moi la grâce de dresser ta face devant moi !... Vrai Dieu, prête l'oreille, entends mes cris et mes plaintes ! A genoux, les yeux vers la terre, mains jointes et la tête inclinée, je t'assiégerai de mes prières. Seigneur, jusqu'à ce que tu m'aies pardonné ! Et jusqu'à ce qu'il soit frais et clair, je laverai mon visage avec l'eau chaude des larmes qui, comme une fontaine, sortent de mon cœur et coulent sur ma face, car les larmes, les plaintes et les pleurs sont les fleurs et les fruits de l'âme. »
Pons de Capdeilh, En honor, R. IV, 87 : « En l'honneur du Père qui est toute puissance et toute vérité, du Fils qui est toute raison et toute grâce, et du Saint-Esprit qui est tout bien ! Nous devons croire à chacun d'eux et à tous trois. Je sais que la Sainte Trinité est le vrai Dieu qui pardonne, la vraie merci et le vrai salut. C'est pourquoi je m'accuse des fautes mortelles que j'ai comniiàes par
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paroles ou par pensées, par de mauvais mots ou par de maies œuvres et j'en fais pénitence...
« 0 vous, glorieuse en qui réside merci et vraie virginité ; lumière, étoile et clarté ; salut, espérance et foi ; vous en qui Dieu s'incarna pour nous, priez pour nous tous, pécheurs, votre doux Fils et votre Père, dont vous êtes la fille et la mère. Reine douce, resplendissante, que votre loi prévale... »
Bernard de Venzenac, R. IV, 432, Lo paire el fis: a Que le Père et le Fils et le Saint-Esprit et la Vierge Marie nous gardent du mauvais feu d'enfer et des tourments qui n'y cessent ni nuit ni jour ! Faisons leurs commandements pour parvenir joyeux et resplendissants au royaume du ciel, comme resplendit l'aurore !...
« Qu'au jour du jugement Celui qui fut élevé sur la croix oublie nos offenses et qu'il nous mène, pleins de joie, dans son aurore !
(( Prions Dieu quil nous accorde une bonne hôtellerie au paradis, dans la clarté du jour et de l'aurore ! »
Les derniers troubadours rédigèrent en vers de véritables sermons, des controverses théologiques et finirent, abandonnant les dames, par ne plus chanter que la Vierge.
§ 9. Les iînpies.
On compta pourtant beaucoup d'impies dans les rangs de la noblesse. « Il y a, dit saint Louis ^, maints preux hommes, chevaliers en la terre des chrétiens et des Sarrazins, qui ne crurent jamais ni à Dieu, ni à sa mère. )>
« I! y a, dit Philippe de Novare 2, des mécréants qui disent que le monde a été et sera toujours, qu'il n'y en eut et n'y en aura jamais d'autre. »
Hélinand, le Vers de la mort, édit. Wulf et Walberg, p. 32 : « Il y a des fous qui disent : qu'importe l'heure de la mort? jouissons du temps présent... Après, qu'importe? la mort est la fin de la bataille, l'âme et le corps deviennent néant. »
Le Li^re de Maîidevie (Langlois, op. cit., 211, note ; cf. Chantepleure, ibid., 212) :« Il y en a qui ne croient ni au paradis, ni à l'enfer €t qui pensent qu'il n'y a point d'âme dans le corps. »
« Il n'est d'autre paradis, dit l'usurier d'Avranches dépeint par Rutebeuf, que de manger, de boire bon vin et de coucher dans des