LE DIEU AMOUR
"geur, il vient de loin et porte l'habillement lé<^er du pèlerin* ; mais il est nu et ne peut se vêtir que de malheurs, si nous en croyons Lape Gianni (ch. Amor noi>a ed antica) ; il est ailé, d'après Cino (eh. Lo £ran disio).
Sa manie ambulatoire ne l'empêche piis de résider dans sa cour, ^ue les poètes i^naginent parfois comme un lieu de délices :
Cino, sonn. Una ricca rocca : « Je voudrais que Montericco, par la permission divine, fût un riche et fort château défiant l'attaque de l'ennemi, avec une haute tour à chaque angle ; et qu'il fût rempli de tous les biens que peuvent penser les cœurs et dire les lèvres et qu'au milieu siégeât le dieu Amour, dans les fêtes et les chants, avec les cœurs amoureux.
« Et je voudrais qu'au milieu jaillît une fontaine d'amour si puissante qu'on acquît la vie en se plongeant dans son onde.
« Et, comme mon cœur est le plus fidèle, je voudrais parmi eux tenir le drapeau, moi qui porie le plus lourd manteau de douleur. »
Oui, les plus affligés sont les plus amoureux ; les derniers vers du sonnet démentent la puérile extase de cette vision. La cour d'Amour ^st une cour de justice et l'antichambre de l'échafaud :
G. Gavalcanti, sonn. Li miei folVocchi : « Mes yeux, assez fous pour oser regarder votre visage, ont été, en votre nom, mes accusateurs dans le lieu terrible où Amour tient son tribunal... Ils m'ont conduit, vite et sans trêve, en un lieu où je trouvai des gens qui, tous, se lamentaient d'amour. Quand ils m'aperçurent, ils me dirent avec pitié : Tu t'es mis au service d'un tel maître que tu ne dois plus rien espérer •que la mort. »
Cino, sonn. Amor che vien : « Amour, qui vient par les plus doux -chemins, s'établit dans l'esprit, et là il tient sa cour, prononçant sur notre vie tel jugement qui lui plaît. »
Cino, sonn. In fin che gli occhi : « Je suis cité à la cour d'AmouT.,, Il rendra contre moi une dure sentence. »
Lapo Gianni, ch. Donna se il prego : « Qu'Amour vous ferme les portes et ne vous laisse pas entrer dans sa cour ; siégeant sur son tribunal, qu'il rende une sentence dont vous ne puissiez appeler 2. »
Ce juge fait aussi le tortionnaire. Cino, sonn. lo sento pianger : « Plus cruelle que jamais, s'écrie l'âme du poète, je vois la face d'Amour et il me dit, comme irrité : Que fais-tu dans ce corps qui fie meurt?