‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 185 sur 440 · V. iV., sonn. Cavalcando · texte numérisé non relu

V. iV., sonn. Cavalcando

2. Cf. G. Gavalcanti, bail. Vedele clVio son; sonn. Se veili Amore. Cino, sonnets Si rn'hai di forlza; Guarda crudeL

312 l'amour et la femme en toscane

« Sous mes yeux il met un livre où je lis tous les martyres qui peuvent amener la mort ; puis il me dit : Malheureux, tu regardes ces lignes où est écrite notre sentence, qui provient de la suprême beauté de la dame. »

Cino, sonn. Ahimè cKio ^eggio : « Je vois Amour serrer mon âme dans sa main, et il la tient enchaînée dans mon cœur mort, et il la bat souvent, tant il est féroce. »

Cino, sonn. La bella donna che in virtù. La dame menace de mort le cœur du poète ; l'âme, qui l'entend, veut s'enfuir ; mais Amour, qui regrette de la voir échapper à sa puissance, la retient pour l'enchaîner au supplice.

Tantôt Amour martyrise, tantôt il console, et il s'embrouille dans ce double caractère, car il est le caprice incarné. Dans leurs traités théoriques, André le Chapelain et Matfre Ermengau avaient célébré tour à tour, le plus sérieusement du monde, les deux faces de leur divinité. Lapo Gianni l'invective .dans la chanson Amor nova ed antica et le bénit dans la ballade Amore io non son. L'éloge et la satire d'Amour étaient un lieu commun du moyen âge.

Ovide avait déjà dépeint Cupidon comme un dieu féroce ^ et, dans le stil nuoi'o^ il est resté l'antique Archer du paganisme, le dieu de Syrie, armé jusqu'aux dents ; flèches, javelots, lance, épée '^, rien ne manque à son arsenal.

G. Cavalcanti, sonn. 0 donna mia : « 0 ma dame, n'as-tu pas vu celui qui s'est emparé de mon cœur, lorsque, par crainte de ses coups^ je te répondais d'une voix étranglée?

« C'était Amour qui, vous rencontrant avec moi, s'était arrêté, lui qui venait de loin, comme un archer syrien ^, tout prêt à tuer les gens.

« Et de tes regards qu'il décocha de toutes ses forces dans mon cœur, il fit naître tant de soupirs que je m'enfuis épouvanté, et il me semblait courir après la mort, accompagnée de tous ces supplices qui consument les hommes dans les pleurs. »

Les regards de la dame sont donc, en général, les flèches que lance Amour. Il en tient trois à la main, d'après le sonnet de Cavalcanti {0 tu che porti) : la première « cause du plaisir et de la douleur », c'est

1. Am., I, 28 : El possessa férus peclora versai Amor. Am., I *. nie qiiidem feras est et qui mihi sxpe repugnel. Rem. Am., 530 ; Et tua sœvus Amor sub pede colla premit.

2. Dante, ch. Cosi net mio parlar: con quella Spada ond'ancide Dido.

3. Amour est encore appelé presV arcier et arciei' soriano par Cavalcanti, sonnets S'io fosse quelli et O tu che porti.

Cf. Lapo Gianni, ch. Amor nova ed antica.

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