Chanson de Roland, 1725 et suiv
2. Cf. Bartolome Zorzi, édit. Levi, p. 41, 48, 55, 82 ; Sordel, Pueis Irobal ai; Aissù cum iesaurs, vers 375, etc.
l'instruction des hautes classes 25
refréner sa colère, à ne pas se venger tout de suite d'une offense et à considérer le lieu où l'on est et le droit. »
Il plaisait aux chevaliers de se conformer, en certains points, aux règles d'une politesse achevée. « Salue toutes gens, quand les rencontreras )) {Doon de Mayence, 2444). — « Quelle plus grande preuve de discernement peut-on trouver chez l'homme poli? C'est, répond Joinville, d'être poli avec tout le monde. » Francesco de Barberino raconte que Philippe le Bel rendit leur salut à « trois très vils ribauds», qui s'étaient inclinés à son passage, les laissa chevaucher à côté de lui et écouta leurs doléances ^.
Le chevalier, au moins en principe, devait être instruit. Sans doute, les hommes d'armes se souciaient peu de science, surtout de latin, et en abandonnaient l'avantage aux clercs. Mais enfin on ne peut prendre les troubadours pour des illettrés, et beaucoup d'entre eux appartenaient à la chevalerie. Les chansons de geste et les romans nous montrent des barons lisant et écrivant en roman et en latin ^. Les princes s'entouraient volontiers de poètes. Les comtes de Flandre Baudouin YIII et Baudouin IX recherchaient et recueillaient les manuscrits. « Les chevaliers, dit Arnaut de Marveilh [Razos e mesura, R, IV, 407), doivent apprendre l'histoire et les mœurs de tous les pays voisins ou étrangers, les faits et gestes des lâches et des preux, des méchants et des bons... tout savoir et ne s'attacher qu'au bien ^. » En Allemagne, « les grands seigneurs, les comtes et les marquis avaient toujours avec eux des Français pour apprendre notre langue à leurs fils et à leurs filles » [Berte au gran pié, édit. Scheeler, 147- 151). Le duc de Nevers {Gaufrei, vers 9299) se vante de connaître le français, l'allemand, le lombard, l'espagnol, le poitevin et le normand. Frédéric II passait pour parler, outre le dialecte sicilien, le latin, l'allemand, le français, le grec et l'arabe. Il fonda l'université de Naples. Il fit traduire par Michel Scot les ouvrages d'Aristote, d'Avicenne et d'autres philosophes et les envoya en don aux écoles d'Italie, en les accompagnant de cette lettre célèbre: «Nous qui, par la grâce de Dieu, gouvernons les peuples, nous avons, avant d'avoir assumé le fardeau du pouvoir, toujours recherché la science, dès notre jeunesse, non seulement par le désir de savoir qui est com-