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LA NOBLESSE CONSISTE DANS LE MERITE

observées ; en temps de paix, loin de protéger les faibles et les opprimés, bien des barons se livraient au brigandage. Ils battaient leurs femmes, les enfermaient, enlevaient l'épouse du voisin, la quittaient pour passer à une autre et racontaient partout les secrets de l'alcôve.

§ 12. La noblesse consiste dans le mérite plus que dans la naissance.

Ces barons valaient moins que des vilains. Aussi les troubadours proclamèrent-ils que la noblesse consiste dans le mérite plus que dans la naissance.

« Le fils, dit Arnaut de Marveilh {Razos e mesura, R. IV, 410), pourra recueillir de son père des terres et un grand héritage, mais le mérite il ne le tiendra que de lui-même... Haut parage, grandes richesses ne confèrent pas le mérite à celui qui n'a pas un noble cœur, un noble cœur sans desmesure. »

Sordel, Puois trohat ai : « Pauvre ou riche, chacun peut valoir, pourvu qu'il le veuille et qu'il ait le cœur preux ; car chacun de nous naît sans fortune et sans fortune sera la proie des vers. »

Sordel, i4i5si cwmfesaur5, vers 615: « Un homme est né de parents nobles, un autre de bourgeois. Le bourgeois aime tant l'honneur qu'il n'accomplit que des actes de mérite. Le noble ne dit ni ne fait rien qu'on puisse louer. Il faut le renier et décerner la palme au bourgeois. Nul ne peut être meilleur que le bourgeois qui, pour s'élever au mérite, force sa nature et ajoute de nouveaux devoirs aux siens ; et le noble ne peut plus mal agir que de forcer sa nature pour devenir un méchant et se couvrir de honte. De quelque race que l'on soit issu, c'est dans la noblesse du cœur que réside le bien. On ne peut pas dire que la noblesse vienne seulement de la naissance ; ces nobles-là sont souvent méchants, tandis que les bourgeois peuvent être valeureux et pleins de mérite. Un homme noble de naissance et de cœur est le roi de la prouesse ^. »

LA. le Chap., lib.VI:« Seule, la probité des mœurs fait jouir Ihomme de la vraie noblesse et le met dans tout son éclat. Nous sommes tous nés de la même souche et nous avons tous la même origine. Ce ne furent ni la beauté, ni les soins du corps, ni la ricliesse qui établirent la première distinction de noblesse entre les hommes, mais la probité des mœurs. Et beaucoup, nés de parents nobles, dégénèrent et retombent du mauvais côté ; et la réciproque est vraie. » C'est Tauteur lui-même qui professe ces maximes, puis il les place dans la bouche de l'amant plébéien, ce qui ne leur ajoute pas grand poids; mais il les prête ensuite à ramant grand seigneur (lib. I, cap. VI, section G) : « 11 va bien des dames et des damoiselles qui ne méritent pas leur litre. Elles se croient à tort dames ou damoiselles par cela seul qu'elles sont nées de sang noble ou mariées à un gentilhomme ; mais il n'y a que la probité des mœurs ou la sagesse quirendeles femmes dignes du nom de dame et de damoiseJle. »

30 l'amour et la femme en occitanie

On trouve les mêmes théories dans le Roman de la Rose, dan» le Dit de gentillesse de Baudouin de Gondé : « Nul n'est vilain que de cœur; nul n'est gentilhomme que si ses actions sont nobles » ; dans Baudouin de Sebourc (I, 280) : « Il n'y a ici-bas ni noble ni vilain; la vilenie et la noblesse viennent du cœur » ; dans le Roman de Rou : « Quand Adam bêchait, quand Eve filait, où était donc le gentilhomme? » ; dans le roman de Fam>el : « Noblesse, comme dit le sage^ vient seulement du cœur orné de bonnes mœurs. Sachez qu'elle ne vient pas du ventre... En sortirent-ils à cheval? »

§ 13. Les bourgeois- gentilshommes du Midi.

En fait, au moins en Occitanie, les bourgeois se mêlaient dans les villes aux chevaliers et parvenaient à la noblesse sans grandes cérémonies. « Dans la sénéchaussée de Beaucaire et en Provence, de temps immémorial, les bourgeois sont faits chevaliers par les simples nobles, les barons et les archevêques, sans que le roi ait à intervenir, et ils acquièrent ainsi le droit de porter les insignes de la chevalerie et de jouir de ses privilèges ^. »

Les gentilshommes qui résidaient dans les villes'*^ vivaient en parfaite intelligence avec les bourgeois. A Nîmes, sur huit consuls, chacun des deux ordres en élisait quatre ; mais les quatre bourgeois étaient choisis par les chevaliers ; et réciproquement, les quatre chevaliers étaient nommés par les bourgeois.

« A Avignon, les bourgeois honorables, ceux qui, sans être chevaliers, vivaient à la manière des chevaliers, jouissaient des mêmes droits et des mêmes franchises qu'eux : ce fait est constaté par un article des anciens statuts d'Avignon ^ » Ils formaient, en réalité, une caste aristocratique ; on les appelait placiers^. Arnaut de Marveilh

1. Charte latine de 1298, citée par L. Gautier, la Chevalerie, p. 249, note.

Il n'en était pas ainsi au nord de la France, le vilain ne pouvait y être anobli que par ordonnance royale. « En 1280 et 1281, Gui, comte de Flandre, fut condamné par deux arrêts consécutifs du parlement de Paris pour avoir fait chevalier un vilain sans la permission du roi. Plus tard, Robert, comte de Nevers, fut obligé de payer une amende pour avoir conféré la chevalerie à deux de ses vassaux qui étaient pourtant nobles, mais pas assez pour être élevés à cet honneur » (Fauriel, Hisl. de la poésie provençale, I, 517).

Cependant, dans Doon de Maijence, un marchand, qui n'a jamais rien fait que de gagner de l'argent, est élevé à la chevalerie à cause de sa grande forlune.

2. En général, ils tenaient leur logis en fief du comte ou du seigneur et, en échange, ils étaient obligés de défendre le château et les tours de Tenceinte. C'est ainsi qu'à Nîmes les chevaliers logeaient dans les Arènes, alors fortifiées.

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