Uc Brunet, Cortezamen : Amors es us esperitz cortes
502 l'amour et la femme en toscane
Sonn. Pegli occhi : « Par les yeux frappe un esprit subtil (l'esprit physiologique que contient le regard de la dame) qui éveille dans Tàme un esprit subtil (l'esprit physiologique de l'amant) d'où vient l'esprit d'amour (la disposition à aimer) et il ennoblit tous les autres petits esprits (toutes les dispositions ou habitudes mentales).
« Un esprit vil (une âme vile) ne peut en rien le ressentir, tant cet esprit (l'esprit d'aimer) est noble. Tel est l'esprit (le dieu Amour) qui fait trembler ^, l'esprit qui rend la dame bonne et douce \
« Et puis, de cet esprit (l'esprit d'aimer que le dieu a éveillé en la dame) vient un autre doux esprit suave (l'esprit de pitié) que suit un esprit de merci (merci, c'est l'acquiescement de la dame aux désirs de l'amant ; Pitié et Merci se montrent de concert dans les vers de l'époque), et cet esprit fait pleuvoir des esprits, car il a la clef de tous les esprits (l'esprit de merci est, chez la dame, l'origine de tous les mouvements d'amour qui agitent son âme, de tous ses esprits d'amour) par la puissance d'un esprit qui contemple tout cela (le dieu Amour) ^ »
1. V. N., sono. A ciascum aima: cui essenza membrar mi dà orrore.
2. Dante, bail. Voiche sapele: quel signor che le donne innamora.
3. Il n'est pas toujours très facile de découvrir le sens des spiriti. Cavalcanti (bail. Vedete ch'io son un), ayant cessé d'aimer, sent son cœur meurtri s'éprendr« d'une autre dame et cherche à s'en garer, « Cette douleur, qui est descendue dans mon cœur, a déjà consumé certains esprits qui, à l'appel de mon cœur déchiré, étaient venus le défendre. Ces esprits abandonnèrent mes yeux quand dans mon âme passa une rumeur qui disait : Ici dedans une beauté est morte ; mais prends garde qu'on n'y contemple une autre beauté. »
Voici, croyons-nous, le sens de cet obscur passage. Ces « certains esprits » sont ceux de la vue. Ils abandonnent les yeux, c'est-à-dire que les yeux se ferment, au moment où Cavalcanti est averti, par cette « rumeur » prophétique, cette voix secrète, qu'il y a du danger à regarder une nouvelle dame ; il obéit par prudence. Mais son cœur, douloureux parce qu'il aime déjà, les rappelle à son secours, à sa défense, pour contempler la nouvelle dame et puiser dans cette vue un peu de joie. Cette joie est éphémère, parce que la nouvelle dame est aussi cruelle que l'ancienne et la douleur du poète s'aggrave au point que ses yeux, à force de pleurer, perdent la vue ; les esprits de la vue sont « consumés ».