Uom di basso cuore, strophe I
3. La chanson est citée deux fois par Dante au Vulg. Eloq. C'est sans doute sur elle que se fonda la réputation philosophique de Cavalcanti, oUimo lolco, dit Boccace. Pétrarque, lui aussi, a ciié cette chanson.
524 l'amour et la femme en toscane
indéchiiîrablc lojjjorrnphc était encore goûté aux temps de la Renaissance. Pic de la Mirandole, Marsile Ficin en font le plus grand cas. Laurent de Médicis, sans rire, y voit « la plus admirable » des œuvres de G. Cavalcanti. Et autour de cette chanson, les commentaires s'accumulent, car plus on la vante, moins on la comprend. C'est en vain qu'Egidio Colonna ^, Dino del Garbo, Del Rosso, Frachetta, Mini, \'erini, Tomacelli s'escriment sur ces vers sibyllins ; à peine entrevoient-ils parfois une lueur de vérité. Parmi les modernes, Mannucci, Ercole, Pasqualigo, Azzolina, Salvadori, n'ont guère été plus heureux ; l'un d'eux déclare que ses prédécesseurs n'y ont vu goutte... mais lui-même n'a point dissipé les ténèbres. A notre tour, nous tentons de pénétrer le mystère ; et si notre explication ne prétend point être définitive sur tous les points, nous croyons pourtant avoir réussi, pour la première fois, à donner de cet odieux rébus une interprétation complète, vers par vers, en harmonie avec les principes de la scolastique, les sentiments que montre Cavalcanti dans le reste de son œuvre et les idées des Fidèles d'Amour.
Dans le congé de la chanson, l'auteur donne à entendre qu'il a voulu rebuter les profanes. Pour atteindre ce but, il s'est servi de procédés assez simples. Il a construit telles de ses phrases de façon qu'elles puissent être interprétées en deux ou plusieurs sens ^ ; il a usé de tournures amphibologiques ; il a employé les mêmes mots tantôt dans un sens, tantôt dans un autre ; enfin, au cours de ses raisonnements, il a émis, de propos délibéré, des sentences contradictoires qu'un examen attentif réussit à concilier.
C'est ainsi qu'il nous enseigne (strophe II) que l'amour provient d'une forme vue (veduta forma) ; or, il dit plus bas, strophe V : « Pour ceux qui comprennent bien, la forme est invisible. » En effet, la forme scolastique, l'essence, échappe nécessairement à nos sens. Mais la forme extérieure, l'apparence, est ce que l'on voit ; l'une et l'autre de ces formes jouent un rôle obligatoire et différent dans la naissance de l'amour. Au lecteur de discerner que la strophe I traite de la forme extérieure et la strophe V de la forme scolastique.
La strophe III prétend que l'homme ne peut « valoir » (i>aler) que lorsqu'il renonce à l'amour ; cependant, d'après la strophe IV, c'est
1. Ou plutôt le commentateur dont on attribue l'œuvre à ce célèbre cardinal, contre toute vraisemblance, car Gilles de Rome connaissait trop la philosophie scolastique pour tomber dans les grossières erreurs dont ce commentaire est émaillé.
2. Par exemple, le vers Di simil îraggc compleasione syiiardo peut être construit : Irafjge complessione di simil .sgiiardo ou îraggc sguardo di simil compkssione, — Dan? la strophe II, le vers Perche da qualilate non discende peut être grammaticalement rattaché à ce4ui qui le précède ou à celui qui le suit.