‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 297 sur 440 · VITA NUOVA » SIGNIFIE JEUNESSE · texte numérisé non relu

VITA NUOVA » SIGNIFIE JEUNESSE

à la lettre, c'est s'exposer à considérer l'auteur comme un malade et un halluciné et l'œuvre coininc un amphigourique tissu de puérilités.

§ 2. Vita nuova signifie jeunesse.

La Vita nuova est le récit de la jeunesse de Dante qu'il a confondue avec son amour pour Béatrice. Il avait à peu près la trentaine quand il rédigea l'histoire de son passé. Il est assez naturel qu'il lui ait attribué ce titre : la Jeunesse, car il sentait venir la maturité et. se conformant à cette évolution de son caractère, il se préparait à chanter iiéatrice d'une façon différente dans de nouvelles œuvres, « à dire d'elle ce qui n'avait jamais été dit d'aucune autre ». Aussi oppose-t-il en ces termes le Con<^ivio à la Vita nuova: « L'une de ces œuvres est ardente et passionnée, l'autre tempérée et virile, car j'écrivis l'une à l'entrée de la jeunesse, et l'autre, quand celle-ci était déjà passée. »

Quant à la signification du mot Vita nuova ^, on ne peut douter que, chez les écrivains du xiii® siècle, il ait le sens de jeunesse ; on en trouve un exemple chez Dante lui-même. Pur g,, XXX, 115.

On objecte que, d'après le Convivio, la jeunesse ne commence qu'à vingt-cinq ans et que c'est justement l'âge auquel se termine la Vita nuova. Mais, au moment où il composa son premier ouvrage, Dante n'avait pas encore arrêté dans son esprit la théorie des quatre âges de l'homme, avec leurs limites respectives. Dans la Vita nuova il désigne son âge par le terme de gioventute, jeunesse (§ 1 : soprastare aile passioni e atti di tanta gioventute...).

On alléguera encore que Dante n'a pas intitulé son livre Vita nuova; au frontispice, il a écrit en latin, ce qui est bien différent : Incipit vita nova; il faudrait donc démontrer que les mots latins vita nova signifient jeunesse. Ce n'est point mdispensable, dit Ragna [Bull. Soc. dant., V, 103-106), « car la latinité du moyen âge n'est, en général, que le reflet de la langue alors en usage », Et Dante lui-même a

1. Vita nuova ^g^ji^j^sigiiilier vie nouvelle, vie régénérée. A neuf ans, on ne renouvelle pas sa vie, on la commence et il ne laut pas alléguer que la vie nouvelle ne commence réellement pour Dante qu'à dix-huit ans. Cette vie nouvelle n'est qu'une vie d'amour, et c'est a partir de neuf ans que Dante fut soumis à l'amour ; il n'y eut pas en lui un changement radical, un renouvellement à l'âge de dix-huit ans ; ce fut l'âge où Béatrice daigna le saluer, ce qui donna un coup d'éperon à sa passion déjà ancienne; voilà tout. 11 ne se transforma pas, il augmenta d'ardeur. Si Dante, dans sa vie, subit un renouvellement, ce fut après la mort de Béatrice, après la rnirabile visione annoncée dans le dernier paragraphe de la Vita nuova et quand il écrivit le Convivio, où il abandonnait l'amour féminin pour l'amour allégorique de la sagesse.

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désigné, e/i italien, son premier ouvrage sous le nom de Vila mios^a [CotH'.y 11, 13) : « siccome nella \ ita nuova si pua s>edere ». D'ailleurs, pourquoi aurait-il inlligé un litre iatin à un livre que, d'aecord avec son ami Cavalcanti, il s'est interdit d'écrire en cette langue, pour de graves raisons [V. iV., § 30)?

§ 3. La structure de la Vita nuova é^^eille des doutes sur la vérité

du récit.

De nombreux motifs empêchent de prendre très au sérieux le tableau que Dante trace de sa jeunesse. Si son récit était le journal quotidien de son existence, on pourrait y ajouter foi en une certaine mesure. Mais, seuls, les vers de la Vita nuoi^a sont contemporains des circonstances pour lesquelles ils furent composés, et ces vers, conçus dans la manière du temps, sont grandement suspects d'exagération. Beaucoup plus tard, Dante écrivit la prose par laquelle il les reliait et les commentait à sa façon, de manière à les altérer profondément ; non seulement il les interprète sans exactitude, mais il y entremêle des faits à l'appui desquels il ne produit aucune pièce de vers et qu'il peut, par conséquent, forger de toutes pièces.

§ 4. Dante n^est point de tempérament très véridique.

Enfin, nous sommes obligé de reconnaître que Dante, quels qu'aient été son génie et la moralité de ses intentions, ne professait point pour le mensonge une telle horreur qu'il lui fût impossible d'user, à l'égard de ses lecteurs, de supercheries littéraires, d'jnnocents petits subterfuges.

En enfer, au fond du puits de l'abîme, s'étendent les plaines de glace où les traîtres sont raidis et pétrifiés par la rigueur du froid éternel. Ils ne peuvent même pas pleurer, parce que leurs larmes, se figeant au moment où elles naissent, recouvrent leur visage d'un masque inflexible de cristal. « Arrache-moi de la figure ce dur voile, dit à Dante un de ces misérables, pour que je puisse soulager la douleur dont mon cœur est pénétré, avant que mes pleurs se gèlent de nouveau. — Si tu veux que je te secoure, répond subtilement le voyageur, dis-moi qui tu es ; et, si je ne te viens pas en aide, que je puisse aller au fond de la glace ! » C'est ainsi qu'il trompe ce réprouvé, sans précisément mentir, car il sait bien que sa route miraculeuse doit lui faire traverser, sans aucun péril, toute l'épaisseur du bloc gelé. 11 profite de l'équivoque pour ne pas tenir sa promesse et le danmé a beau avouer qu'il est frère Albéric, Dante ne lui dessille pas les yeux et il s'applaudit de sa médiocre ruse. « Ce fut acte de

gentilhomme, dit-il (/n/., XXXIII, 150), de me conduire à son égard en vilain. »

Albéric, assassin et traître, n'excite guère la pitié ; mais que penser de cette petite fourberie de Dante? Ne dénote-t-elle pas chez le grand homme un penchant inné aux subterfuges, aux trop habiles^ dextérités de langage, peu de sincérité naturelle? Lorsqu'il racontera l'histoire de ses amours, ne traitera-t-il pas un peu ses lecteurs comme le réprouvé de la glacière? On peut au moins affirmer qu'il n'est pas un de ces êtres dont les paroles ne s'échappent que sous l'irrésistible impulsion de la vérité. Il sait fort bien dissimuler. « Extérieurement je me montre joyeux et, en dedans de mon cœur, je pleure et je me consume » (sonn. 0 voi che per la via). De son propre aveu, il n'a cessé de mentir pendant toute sa jeunesse. Pour cacher aux curieux son attachement à Béatrice, il a su persuader successivement à deux. pauvres jeunes femmes qu'il était épris d'elles ^. Il déploie une telle adresse en l'art de peindre que, «en peu de temps», il réussit à égarer sur la première de ces fausses pistes toutes les personnes qui le connaissent. Et ceci dura « quelques années » [V. A\, § 5). Quant à la seconde, « en peu de temps », répète-t-il, il sut si bien « en faire sa défense que beaucoup de gens en parlaient en termes peu courtois ». Un homme qui, pour cacher une fort innocente inclination, a su ainsi gravement compromettre une dame, en berner une autre et induire en erreur « pendant quelques années » tous ses concitoyens ne mérite point que la postérité croie aveuglément ce qu'il lui plaît de raconter de ses amours.

Sans doute, ce schermo n'est qu'une invention et je ne crois pas Dante capable d'une telle noirceur ; mais il occupe dans la Vita nuo^>a une place considérable. Pourquoi tout le reste ne serait-il pas aussi faux? L'auteur qui a imaginé cet expédient de Scapin est-il d'un tempérament bien véridique - ?

§ 5. Petites supercheries littéraires avouées par Dante ; la mort du père de Béatrice; V épisode des pèlerins, le frère de Béatrice, etc.

Il ne s'en tient pas là. En somme, si la ruse du schermo n'est point louable, elle trouve son excuse dans la nécessité de protéger l'honneur de sa dame contre les caquets. Pour altérer la vérité, Dante n'a pas besoin d'un mobile aussi puissant ; il lui suffit d'y apercevoir quelque

1. C'est l'expédient connu, en littérature dantesque, sous le nem de schermo; cf. plus bas, ch. iv, première section,

2. Le Conviuio repose sur cette afTlrmation manifestement fausse {dico e afferma) que la Donna gentile de la Yila miova est la Philosophie.

avantage littéraire. Le père de Béatrice vient de mourir {§ 22). A ses obsèques, hommes et femmes se réunissent à part, d'après l'usage de la ville. Celles-ci se rendent un instant auprès de l'orpheline pour lui présenter leurs condoléances et, en s'en retournant, s'entretiennent de sa touchante douleur. Dante saisit au passage ces propos, se sent tMnu et veut en conserver le souvenir dans un sonnet ; « et, dit-il, -comme je leur aurais volontiers adressé la parole, si on n^eût pas dû tnen blà/ner, j'écrivis mes vers comme si je les avais interrogées et ^fu'elles m'eussent répondu ». Ainsi donc, il est d'usage à Florence que les hommes et les femmes, arrivant chacun de leur côté aux funérailles, observent les uns vis-à-vis des autres le plus parfait silence. Celui qui enfreindrait cette règle serait sévèrement blâmé, un homme iiéccnt ne se hasarderait pas à manquer ainsi aux convenances et, par conséquent, nul n'admettra que le poète se soit ainsi conduit ; ill'a fait pourtant, d'après ses sonnets Voi clie portate et Se^ tu colid. S'éloignant encore plus des usages, Dante a écrit le sonnet Voi donîie, où il imagine la scène d'une manière encore moins vraisemblable ; il se trouve en présence de Béatrice évanouie, les traits tellement altérés par la douleur qu'il demande à ses compagnes si c'est bien tUe. Les lecteurs l'auront-ils cru? Non, sans doute ; ils n'auront vu là qu'un artifice poétique, la plus innocente des supercheries littéraires, et ils n'en auront pas tenu rigueur à l'écrivain ^. Mais, s'il a modifié ainsi, contrairement aux convenances et à la vraisemblance, le récit de ce petit événement, n'a-t-il pu, en des circonstances plus importantes, donner à la vérité quelques entorses? Il est grave que ce soit dans les vers qu'on puisse relever cette altération des faits. Écrits au jour le jour, au fil des événements, les poèmes que reproduit la Vita nuoça semblent présenter quelque véracité, surtout si l'on songe que, pour faire cadrer certains d'entre eux avec le petit roman qu'il imagina plus tard, Dante s'est trouvé obligé d'en dénaturer le sens par les commentaires qu'il y a ajoutés. L'aveu qu'il a arrangé à sa guise la scène des funérailles éveille notre défiance autour des autres historiettes qu'il voudra bien nous narrer en vers.

Dante se plaisait à pétrir la réalité suivant son caprice ; l'exemple

•que nous venons de citer n'est point isolé. Après la mort de Béatrice,

son amant, voyant passer des pèlerins, s'étonne qu'ils ne témoignent

aucune affliction ; c'est sans doute qu'ils viennent de bien loin, d'un

pays où ils n'auront jamais entendu parler de la glorieuse dame.

1. Non plus que d'avoir sciemment altéré la vérité historique dans certains épisodes de la Comédie, uniquement pour rendre les victimes plus intéressantes et dramaliser le récit.

« Et je me proposai, dit-il, de faire un sonnet dans lequel j'exprimerais ce qu'inlcrieuremeiit j'ovais pensé; et pour que le sonnet, parût plus touchant, je décidai de l'écrire comme si je leur aidais parlé «t je fis le sonnet qui commence par y^m peregrini » (§ 40). Si Dante,,, ,- -a imaginé qu'il a parlé aux pèlerins, il a pu aussi bien imac^iner qu'il '^ -ies avait rencontrés.

Donc, lorsqu'il raconte un événement, nous savons qu'il défigure les circonstances, sinon le fait. Et il en est de même du sens intime •de ses poèmes. Il nous dit qu'il a subrepticement glissé dans les pièces adressées à telle dame des vers qui, dans son intention, s'adressent à telle autre, « ainsi qu'il apparaît aux personnes qui peuvent le comprendre » (sonn. 0 voi che per la çia et § 7). Plus tard, à propos du trépas de Béatrice, il écrit sur elle, au nom du frère de la morte, un sonnet et une chanson, de telle sorte qu'un lecteur subtil puisse démêler qu'il parle en son nom propre et non en celui du frère. « Je fis deux stances d'une chanson, l'une, en vérité, pour lui et l'autre |)Our moi, quoique l'une et l'autre paraissent écrites au nom de la même personne, si on n'y regarde pas de près. Mais, si on y regarde de près, on voit bien que ce sont des personnes différentes qui |)arlent)) {V. .V., § 32).

Voilà donc une supercherie avouée. Et si nous reprenons le § 32, nous le trouvons bien singulier. Le frère de Béatrice, grand ami de Dante, vient le trouver pour tâcher d'en obtenir des vers sur celle ^u'il vient de perdre. Il connaît la passion qu'eut pour elle Alighieri, dais ne veut pas en avoir l'air et lui demande d'écrire quelque poème pour une autre dame qui, justement, venait de mourir à la même date. Et Dante n'est point dupe de son détour, car, en lui remettant le sonnet Venite ad intender^ il lui dit qu'il l'a écrit pour lui, le frère, pour lui seul. C'est lui insinuer qu'il aurait pu le composer à la fois pour lui et pour soi. Comme tout cela est compliqué ! On peut ne point s'étonner qu'un frère aille demander à l'amoureux de feu sa sœur quelque noble oraison funèbre ; mais qu'il lui fasse écrire une chanson d'amour, cela sort un peu des usages. Et toutes ces démarches ne sont qu'un conte. Nous en trouvons la preuve au § 41. Le poète avait donné au frère de Béatrice, racoiite-t-il, le sonnet Venite ad interider, en lui disant qu'il l'avait fait pour lui, au nom d^ine autre dame que Béatrice f au nom de la dame qui était morte le même jour. Or, deux dames ayant demandé à Dante de leur envoyer des vers, celui-ci leur adresse, avec le sonnet Deh peregrini, où Béatrice est nommée en loutes lettres y et le sonnet Oltre la spera, où elle est également nommée ^en toutes lettres, le sonnet Venite ad iniender, qui s'accorde parfai-

tement avec les deux autres. C'était proclamer qu'il était fait pour Béatrice et non pour l'autre dame. Dante eût-il agi ainsi s'il avait donne au frère, comme il le prétend, le sonnet Venite ad iîUendery composé pour luiy le frère, sur la mort de cette autre dame? C'eût été offenser l'ami et le frère, le blesser doublement, en donnant à des étrangères un poème fait pour lui seul et en lui montrant de la façon la plus claire qu'il ne l'avait point écrit pour la dame à propos de laquelle il le lui avait demandé, mais, au contraire, pour Béatrice. Dante avait composé, sur la mort de Béatrice, un certain nombre de chansons et de sonnets qu'il n'a pas voulu verser en tas dans son roman ; il a préféré, pour varier son récit et lui donner du piquant, les encadrer de quelques historiettes, aux dépens de la vraisemblance. A l'en croire, il n'aurait écrit de son propre mouvement sur la mort de Béatrice que la chanson Gli occhi doleiiti; vraiment, c'est bien peu pour une femme qui a tant occupé sa pensée. Et pour qu'il composât le sonnet Venite ad intender et la chanson Quantunque volte, il aurait fallu la démarche du frère de Béatrice ; pour le sonnet Era i>enuta, il aurait fallu la présence de ces gens « à qui il convenait de faire honneur » (§ 34) ; pour le sonnet Deh peregrini, il aurait fallu la rencontre des pèlerins ! Quant au sonnet Oltre la spera, il assure l'avoir écrit pour deux dames curieuses de poésie. Or Dante avait destiné ce dernier sonnet à exercer la perspicacité de ses émules, les fameux poètes de l'époque, en le munissant d'une contradiction artificieusement machinée, qu'ils n'arrivèrent pas à débrouiller ^.

Ni la demande de l'ami à la sollicitation duquel Dante a composé le sonnet Amor e cor gentil, ni 1 i démarche du frère, ni celle des dames, ni l'anecdote de l'ange (§ 20), ni peut-être même la rencontre des pèlerins, n'offrent le caractère de la vérité. Ce sont des procédés littéraires, bien innocents. Cavalcanti en avait donné l'exemple, en feignant d'écrire sa chanson Donna îui prega à la sollicitation d'une dame. On sait qui elle est. Elle s'appelait Guido Orlandi, un poète mâle d'humeur fort querelleuse.

§ 6. Assertions manijesiement inexactes.

Dans la Vita nuo^'a, on se heurte parfois à des assertions manifestement inexactes (§ 39) : « Je me décidai à faire un sonnet {lasso per forza) dans lequel je ferais entrer la substance de ce que je viens

1. Cecco Angioleri est réduit à en demander à Dante rexplication : sonnet Danlc Alighier, Cecco il luo amico.

de dire dans ce paragraplie (la sentenza di questa ragione) ^. » Or, des trois points fort importants que contient ce paragraphe, la vision où Béatrice apparaît dans ses vêtements rouges, le repentir que témoigne Dante de son infidélité et le triomphe de Béatrice, seul le dernier figure dans le sonnet ; encore n'y est-il indiqué que d'une façon extrêmement vague. Certainement, le sonnet, loin d'exprimer la substance de ces événements, a été écrit pour des circonstances fort différentes. Et ceci nous permet de révoquer en doute tout le paragraphe (cf. ch. I,

Pour la même raison, tout le récit du § 34 devient suspect. Le jour anniversaire de la mort de Béatrice, Dante avait écrit en son honneur un sonnet, Era venuta : « Dans ma mémoire était venue la noble dame que le Très-Haut avait placée, à cause de sa valeur, dans le ciel de la douceur, où est Marie. Amour, qui la sentait dans ma mémoire, s'était éveillé dans mon cœur brisé, etc. » Pour faire figurer ces vers dans la Vita nuoi^a, le poète s'avisa de les encadrer dans une petite anecdote : en pensant à Béatrice, il dessinait un ange sur des tablettes et il s'absorbait tant dans cette occupation qu'il ne s'aperçut pas que des personnes d'importance, « des hommes à qui il fallait faire honneur », étaient là depuis un moment à le regarder travailler. Mais quel rapport offrait le sonnet Era çenuta avec ce petit conte? Aucun. Alors le poète refit ainsi le premier quatrain : « Dans ma mémoire était venue la noble dame que pleure Amour, en ce moment où son influence vous amena à regarder ce que je faisais. Amour, qui la sentait dans ma mémoire, etc. » Ainsi arrangé, le sonnet Era çeniita concordait parfaitement avec l'historiette ; mais, auparavant, il avait été publié, comme tous les autres, et les lecteurs de la Vita nuo<^a, qui le connaissaient déjà, auraient pu être choqués de la modification que Dante lui avait fait subir. Pour obvier à cet inconvénient, l'ingénieux auteur s'avisa de prétendre que, dès le premier jour, il avait écrit deux commencements de ce sonnet et il nous les donne tous les deux. Or, leur valeur poétique est également insignifiante et Dante, qui a élagué de la Vita nuova des sonnets entiers, tels que Onde venite et Voi donne, parce qu'ils font double emploi, n'aurait pas encombré son récit de ces quatre médiocres vers et des explications qu'ils exigent, s'il n'avait voulu conférer un semblant d'authenticité à son anecdote, en affirmant que le sonnet Era venuta, déjà publié et connu, fut écrit à cette occasion -.

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