Aspremont, Gautier, Épopées françaises, III
42 l'amour et la femme en occitanie
charbonnier. Un jour, ils vont voir un tournoi, et Berte pleure au souvenir de ces fêtes où jadis il brillait. Croyant qu'elle regrette les grandeurs de leur passé, il veut la renvoyer à des jours plus heureux. (( Ne plaise à Dieu, répond-elle, que je vous abandonne jamais en mon Advant ^ ! »
L'autorité que des femmes tyranniqiies ou dévouées exercent sur leurs maris, les mères aussi savent la faire peser sur les fils.
Joinx'ille, CXIX : « La reine Blanche ne voulait pas soufTrir, autant qu'il était en son pouvoir, que son fils restât en la compagîiie de sa femme, si ce n'est le soir, quand il allait coucher avec elle... A Pontoise, la chambre du roi était au-dessus et la chambre de la reine au-dessous ; et ils tenaient leur parlement dans un escalier à ^^s qui descendait d'une chambre à l'autre. Et ils avaient arrangé leurs affaires ainsi, que, quand les huissiers voyaient venir la reine en la chambre du roi son fils, ils frappaient à la porte de leurs verges ; et le roi s'en venait courant en sa chambre pour que sa mère Ty trouvât ; et ainsi faisaient à leur tour les huissiers de la chambre de la reine Marguerite, quand la reine Blanche y venait, pour qu'elle y trouvât la reine Marguerite.
« Une fois le roi était auprès de la reine sa femme et elle était en grand péril de mort, parce qu'elle était blessée d'un enfant qu'elle avait eu. La reine Blanche vint là et prit son fils par la main et Iri dit : « Venez-vous-en, vous ne faites rien ici. » Quand la reine Marguerite vit que la mère emmenait le roi, elle s'écria : « Hélas ! vous ne « me laisserez voir mon seigneur ni morte ni vive! » Et alors elle se pâma et l'on pensa qu'elle était morte ; et le roi qui pensait qu'elle se mourait, revint ; et à grand'peine on la remit en état. »
Philippe III avait promis à sa mère de rester sous sa tutelle et de n'agir que par sa volonté jusqu'à l'âge de trente ans. Cet engagement avait été pris par écrit, et le roi fut obligé de s'en faire délier par la cour de Rome 2.