LA FEMME NOBLE
concédé au vassal à condition qu'il fournisse l'aide militaire, le fief ne pouvait tomber en quenouille sans que le suzerain fût lésé dans ses droits. C'est pourquoi les filles sont écartées de toute succession au fief ou au moins primées par leurs frères ^. Au cas où elles succèdent, elles tombent sous la tutelle du suzerain, qui a la jouissance de tous leurs biens et peut les obliger à se marier, ou, si elles sont veuves, à se remarier, car il lui faut un homme pour porter le fîef ; le mari sert le fief de sa femme et reçoit à sa place l'investiture. (Ordonnances de saint Louis, art. 1246.)
Telle était la rigueur des principes. En fait, l'aide militaire fut souvent remplacée par une contribution en argent ; en ce cas, rien n'empêchait la fille ou la veuve de posséder un fief avec tous les droits qui en découlaient. Vers le xi® siècle, on les admit à prêter hommage en personne entre les mains du suzerain ^. « Je suis votre femme» , lui disaient-elles, au lieu de: «je suis votre homme » (Assises de Jérusalem). Mais, bien avant cette époque, on voit, en 905, Atalane posséder le comté de Mâcon ; en 952, Hermengarde posséder le duché de Bourgogne et le transmettre à sa fille Gerberge;en 1032, la Marche appartint à Almodis. Dans le comté de Boulogne, de 1115 à 1245, sept femmes se succèdent ^. Deux comtesses de Marseille, Alix, en 1200, et Sibylle, en 1230, vendent aux consuls les derniers restes des droits seigneuriaux sur la ville. En 1218, la comtesse de Champagne, Blanche, fait la guerre à la tête de ses troupes, les dirige elle-même et gagne en personne une vraie bataille *. La comtesse Mathilde règne en Toscane et apporte ses armes au Saint-Siège contre l'Empire. La comtesse de Flandi^ figure parmi les pairs, dans l'arrêt d'adjudication du comté de Clermont-en-Beauvoisis, et aussi dans le procès fait sous Louis le Hutin à Robert d'Artois ^.