‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 387 sur 440 · PREMIÈRE SECTION : LE GAB · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION : LE GAB

§ 1. U épisode du gab.

Qu'une femme se moque de ses amoureux, quand elle les voit souffrir, il n'y a point là de quoi étonner ; les troubadours qui prêtèrent à leurs dames ces petites malices en avaient été plus d'une fois les témoins ou les victimes; en stil niiovo, la raillerie [gabbo) devint l'attribut normal de la Donna fera ^. Mais une Dame-ange peut-elle s'abaisser à ce point ? Une excellente femme peut, de temps à autre, car elle est femme, après tout, se donner le plaisir, nullement inoffensif, de rire de ses soupirants ; une créature céleste, descendue sur la terre pour sauver les hommes 2, ne se moque pas de ceux qui

1. Lapo Gianni, Donna se il prego : « Dame, vous vous moquez (gabbate) de mes désirs en souriant. » — Cino, Se voi udiste : « Si vous entendiez la voix douloureuse des soupirs qui m'échappent, vous ne railleriez pas {gabbaresle) ma figure... » Id.,

Chi a falsi sembianti : « Je n'appelle pas dame, mais mort, celle qui accepte un amant <^<^i«^ :'Ti#<»j et puis le tue de ses mépris et de ses railleries {gabbando). » Id., Guardale amanli : « Elle wi m^ ^r*

ne me montre son beau visage que pour que je voie bien que ma douleur la fait rire. » — Dino Frescobaldi, Un sol pensier : « Tu la verras rire avec dédain et rendre grâces à celui (le dieu Amour) qui me fait mourir pour elle dans les pleurs et les supplices. » — Francesco de Barberino, Reggimenîo di donne, cité par Bartoli, / primi due secoli, p. 245 : « Plus elles ont de soupirants, plus elles croient être supérieures k leurs compagnes ; et des uns elles se moquent {si gabba)^ des autres elles rient et <îlles en bernent quelques-uns ; et elles jouent si bien avec le feu que ces plaisanteries deviennent des réalités. »

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