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LES CONVENTIONS DE L'AMOUR OCCITANIQUE ; LA DAME-PERFECTION

§ 1. Portrait physique de la Dame-perfection ; les farcis (103). — § 2. Portrait moral de la Dame-perfection (105). — §5. La bonne tenue {ensenhamen) (105). — § 4. L'amour conjugal (107). — §5. Incompatibilité de- l'amour ©t du raariag.e (108). — § 6. L'instruction des femmes au moyen âge (110). — ^7. lafluence salutaire exercée par la Dame-perfection non seulement sur ses amants, mais sur tous ceux qui la voient (112). — §8. Importance universelle et lumière de la dame (113). — § 9. La dame-perfection est à peu près la Dame-ange du.s/ïi nuQvo (115).

§ 1. Portrait physique de la Dame- perfection,

La dame que chantent les troubadours est un miracle de beauté et de sagesse. Des traits épars çà et là il est facile de composer le tableau de ses perfections physiques et morales que les poètes, pendant deux siècles, s'accordent à célébrer en termes à peu près identiques. Toutes leurs dames se ressemblent ; elles sont toutes une seule et même dame, le type accompli que les troubadours, les chansons de geste, les romans retracent toujours de la même manière. Blondes et sveltes, leur teint rappelle le lis et la rose, la neige et la fleur du pêcher ^ Le nez est droit ; les yeux sont çairs ^ et comparables à ceux du faucon ; la bouche petite et vermeille, les dents éclatantes, les seins petits et durs, les flancs étroits ^, la peau si fme

1. Par exception, Guillaume IX [Farai chansonela, Ann.du Midi, 1905) etGuilliem de Saint-Grégori comparent le teint de leur dame à l'ivoire.

2. Une grande incertitude règne sur le sens exact de ce mot, qui paraît dériver du latin uarius. Signifie-t-il nuancé? Désigne-t-il une couleur indécise allant, suivant, le jour et l'éclairage, du bleu au vert? S'agit-il de ces yeux qu'étoilent des stries d'une nuance plus claire?

3- Arhaut de Marveil, Dona genser qu'ieii, R.lll, 199: «Votre belle chevelure blonde, votre front plus blanc que le lis, vos yeux vairs et riants, notre nez droit et bien fait, les fraîches couleurs de votre face plus blanche et plus vermeille qu'une Heur, petite bouche, belles dents plus blanches que l'argent brillant ; le menton, la gorge et la poitrine plus blancs que la neige ou l'aubépine... » etc.

Florence de Borne, 239 et suiv. {Hisl. litL, XXVI, 239) : « Florence a la chair plus

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que lorsque la dame boit, on voit, par transparence, le vin rouge couler à travers sa gorge ^.

Bien entendu, force femmes différaient de ce modèle, mais elles s'en rapprochaient autant qu'il était en leur pouvoir. Celles que la nature n'avait pas favorisées de ses dons y suppléaient, comme d& nos jours, par les moyens les plus variés : fards, teintures, postiches s'employaient couramment ^.

« Les bonnes vieilles gardent la maison, dit Philippe de Novare (les Quatre tens de Vaage d'orne), élèvent les enfants, arrangent les mariages. Mais il y en a de mauvaises qui se parent, emplâtrent leur figure, teignent leurs cheveux, ne seulent pas vieillir, dépensent leur patrimoine en folies et courent après les hommes qui les refusent. »

Les jeunes ne mettaient pas moins d'art et d'obstination à déguiser les défauts de leur visage.

Cecco Angioleri, sonn. Quando mia donna, Mon. Crest., 515: «Quand ma dame sort le matin de son lit et qu'elle ne s'est pas encore mis de fard, il n'y a pas au monde si vilaine créature qui, à côté d'elle, ne semblât une merveille ; car, jusqu'à ce qu'elle ait passé au blutoir céruse, alun et carmin, son visage est tellement dépourvu de beauté qu'elle paraît un signe de malédiction ! Mais le fard la transforme si bien ! Ceux qui la voient une fois attifée, il n'en est pas un seul qui n'en soit amoureux. Et elle a su m'amener à ne me soucier que d'elle au monde ; ah ! je suis dans le bon chemin ! »

Jacopone de Todi [0 femmine çardate, Mon. Crest., 472) accuse les femmes de se grandir avec de faux talons, de porter de fausses tresses ^^ de se mettre du rouge et du blanc. Gautier de Coinci leur adresse le même reproche. Le Roman de la Rose leur permet les fards, mais les interdit aux hommes *.

blanche que laine ou coton et colorée comme la rose sur le buisson, et les yeux plus beaux que le faucon et les cheveux plus blonds que les plumes du paon. Elle a la bouche petite et une fossette au menton, le corps droit et bien fait, les sourcils déliés, le nez bien taillé et de belles façons, les mamelettes dures... »

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