L.i froideur est telle
Croirais-tu ceci ?
Que mon encre gèle VX ma plume aussi.
M;i mie a la tète Tout près du bonnet ; Je veux pour sa fête Mcrire un sonnet.
Sous ton toit qui fume.
Mon ami Pierrot, Prète-m(ji ta plume Pour écrire un mot.
Tout est sombre et terne.
Le vent a soufflé
Ma pauvre lanterne
Au carreau fêlé.
Le froid va m'atteindre
Et, par lui saisi.
Mon c(eur va s'éteindre
Et mourir aussi.
Finir de la sorte,
Mourir pour si peu 1
Ma chandelle est morte.
Je nai plus de feu.
Ta porte est fermée.
Pierrot, réves-tu
De la bien-aimée,
Farouche vertu ?
Je saurai t'apprendre,
S'il en est ainsi,
Maint tour pour la rendre
Tout à ta merci.
Mais le diable emporte
Ton rêve ! parbleu !
Ouvre-moi ta porte
Pour l'amour de Dieu.
stances à Pitou
^'StaiicC') à Pitou
Musique de V. M \iuNiKR-Henry Cas A l'nnii .lulhicn .
Marn'zeir Juli'. si vous vouliez M' faire un' joi" qui sVait pas factice, Vous diriez aux particuliers Chez qui vous êtes en service D'vous donner, ce s'rait délicieux.
Un dimanch', comm' jour de sortie, Sous le prétexte fallacieux D' voir vos parents qui sont très vieux. J'suis sûr qu'ils n'demand'ront pas mieux. Et moi j'aurais 1' cœur si joyeux....
Mam'zeir Julie.
A la porte, j' vous attendrais, Et vous accepteriez, plein' d'aise, Le bras que je vous offrirais, Au nom de tout' l'armée française.
Kdition de la Maison Cas, 15, boulevard de Stiasbourg
Nous n'irions pas voir certain'mcnt \'os parents, ce s'rait d" la folie !
J' vous tiendrais lieu d' papa, d" maman J' vous cajoH'rais paternel l'ment l'A même, au besoin, autrement, Car, voyez- vous, j' vous ami' tell 'ment ! Mam'zeir Julie.
Nous irions au bois d' Viroflay Avec les sous qu' j'économise ; f' Et c' pays-là, pour moi, ce s'rait
T Comm' qui dirait la terr" promise.
Puis, pas à pas, en parcourant La forêt qu'on dit si jolie, Dans tous les bosquets on irait. f Puis dans chacun on se r'pos'rait :
j II n'est, dans ce bois si secret.
Pas un p'tit coin qu'on n' visit'rait Mam'zeir ,Tulie.
Mon cœur amoureux, ingénu.
Sous ma tuniqu' s'échauffe et flambe,
Quand j'aperçois votre cou nu
Ou bien 1' commencement d' votr' jambe.
Si, par un spectacle incomplet, Qui de vous n'est C{u"un' p'tit" partie ; Si, rien cju'en voyant votr" mollet, Je m' mets à bouillir comm' du lait, Vous d'vinez quel serait Teffet Quand j' vous verrais tout au complet.
Mamzeir Julie.
Puis le soir, comm' deux tourtereaux.
Nous r' viendrions dans la nuit brune.
Lesch'mins n'en seraient pas moins beaux Car j' vous réponds qu'y aurait d' la lune. Et puis, au moment des adieux, On s' repos'rait, iàmc ravie:
vl'auraisdes rêves amoureux.
Au moins pour un' semaine ou deux, Grâce à votr' c(eur si généreux.
C'est comm' ça qu'on fait des heureux, Mam'zeir Julie!
Au clair de la lur)e
e //// clair de la Lune
Mu>iqno do IV\ir. Maiunikh.
A Mndam(> A. I'rne.
Bois m\'stcrieux et forêt profonde,
Sous les blonds rayons de la lune blonde,
A quoi rêvez -vous?
Est-ce au renouveau, souffle qui féconde? A quoi rêvez vous sous la lune blonde? — Nous rêvons ! hélas ! aux baisers perdus, A tous les serments jadis entendus Qui s'en vont pleurant parmi la nuit brune Au clair de la lune !
Couples enlacés, amants du m\'stère.
Sous les gais rayons de la lune claire,
A quoi rêvez-vous ?
Est-ce au court trépas de toute chimère ? Couples enlacés sous la lune claire !
Édition de la maison Ricorhi
Nous levons tout bas aux amours sans fin An mol ('tciiK.! 1 Nous rêvons, cnlin.
Aux l^aisors qui font de deux àmcs une A Li clair de la lune 1
Olic 1 matelot au bateau qui penche.
Sous les clairs rayons de la lune blanche,
A quoi rèves-tu ?
Serait ce à la mort sans linceul ni planche ? Matelot perdu sous la lune blanche !
— Je pense à la Vierge aimante aux doux yeux ! A l'étoile d'or qui sourit aux cieux. Au Christ implorant pour nous sur la dune, Au clair de la lune 1
Errant chemineau, sans logis ni harde, Sous les froids ra\'ons de lune blafarde,
A quoi réves-tu ?
Est-ce à l'àtre chaud de quelque mansarde? Errant chemineau sans logis ni harde 1 — vie rêve aux chemins profonds dans la nuit; De même qu'hier je chante aujourd'hui Et ma main bénit le ciel sans rancune Au clair de la lune 1
Soldat expirant qui déjà ne bouge Aux sanglants rayons de la lune rouge,
A quoi rèves-tu?
Maudis-tu la guerre, effroyable gouge ?
Où blasphèmes-tu sous la lune rouge?
— Je rêve à ma mie aux si doux appas, A ma mère aussi qui m'attend là bas, A mon vieux clocher qui chante à la brune Au clair de la lune !
Grand'père
^tand'pete
A mon ami. J. ,1. HousbEAU'
Elle dort pour toujours la jeune communicmte : Le grand'père abattu sanglote et se lamente
En la couvrant de fleurs....
Deux cierges lentement jettent leurs lueurs pâles Sur ce groupe de deuil ; on dirait deux opales
Aux troublantes lueurs. . . .
La pauvre enfant ! douze ans 1 l'âge où s'ouvre la vie 1 Où l'on voit l'avenir prochain avec envie,
Mille projets au cœur. . . .
Et mourir, brusquement, par une loi fatale Qui ne pardonne pas ! destinée infernale
Dont nul ne sort vainqueur î
Le bon vieux l'adorait, c'était là sa richesse; Par son rire argentin, soutenant sa vieillesse,
Elle lui rappelait Une fille emportée un matin de novembre. Dans ce même local, dans cette même chambre
Et tout bas, il pleurait. . . .
( )h : mon Dieu î disait-il, pour eu que je dois vivre, Il ialliiit me frapper I pourrai-je lui survivre?
(Jiie faire maintenant ?
Vous me la reprenez, c'est pour en faire un ange: Par elle je vivais d'un bonheur sans mélanf^e.
Et tout rentre au néant !
Et, rigide dans ses blancs et superbes voiles
Les grands yeux de l'enfant, semblables aux ét(jiles.
Regardaient iixement....
Et de voir la douleur du vieux, une tristesse \'ous étreignait le C(eur comme une âpre caresse
Devant ce corps d'enfant !
Petits ct)agrips
et grandes peipes
"Petits chagtius cl gianOes peines
Musique do V . Mariiiifr et II. Cas.
.1 .Mudcinoiaelle (J.vumi-i.i.i'; L'a \ ai.
Tu m'as dit hier franchement :
Je crois bien nos amours finies ; Avant le temps des avanies, Séparons-nous bien gentiment ; Surtout pas de cris ni de larmes, Ajoutas-tu : songe plutôt Que l'avenir pour toi bientôt Trouvera d'autres charmes.
Ne pleure pas, Car, ici-bas.
Les petits chagrins et les grandes peines S'envolent vite, défunts, En vagues parfums ; Quand tu songeras aux amours lointaines, Tu te diras un jour^ Suzon, Que j'avais raison.
Kdition de la maison C.\s, 15, boulevard do Strasbourg.
Je te répondrai sans émoi :
C'est ton v<LU. soit je m'y conforme : J'ai pleuré, c'était pour la forme :
Au fond, je pensais comme toi.
Qui sait si mon ctjuur, en sourdine. Pour se consoler n'avait pas Cherché d'autres C(eurs ici-bas?
Mais quoi ! ça te chagrine ; Pardonne-moi Et souviens-toi...
Les petits chagrins et les grandes peines S'envolent bien vite, défunts.
En vagues parfums ; Quand tu songeras aux amours lointaines. Tu te diras : certes Suzon Avaii bien raison.
Tu m'en veux :* pourtant notre amour Etait mort à ta fantaisie :
Tu comptais sans la jalousie Qui rév^eille les C(eurs un jour.
Mais ta lèvre cherche ma lèvre Et tu viens, tout bas. me prier De pardonner et d'oublier Cette cruelle fièvre.
Viens effacer, Dans un baiser !
Les petits chagrins et les grandes peines S'envolent bien vite, défunts, En vagues parfums :
Et, sans plus songer aux amours prochaines, Forçons nos deux cœurs, sans détours' A s'aimer toujours !
leiix
\tii
ij
Ll\) Vieux
A mon uiiii AiMi: Hiii i; u
Ils s'en vont, en courbant l'cchino, En dos mouvments las do machino^, Avec un regret dans les \'eux^
Les vieux.
Chancelants, l'àmo inassouvie, Voulant s'accrocher à la vie, De notre jeunesse envieux,
Les vieux.
Ils aiment assez, après boire, Vous raconter la doue' histoire De leurs exploits trist's ou joj^oux.
Les vieux.
Le cceur rajeuni, tout en fête, Ils disent, en branlant la tête :
De notre temps on s'aimait mieux..
Pauvr' vieux !
Us sont personnels, égoïstes,
l*()iir les jeun's toujours moralistes ;
Lî» vie nest pas drôle avec eux,
Les vic-ux.
Parfois, timid's sans espérances, Aux petits lih's font des avances, De leurs forces présomptueux.
Les vieux !
Jadis, au temps de leur jeunesse, Jls lur'nt avec quelque maîtresse, Le livre cher aux amoureux,
Les vieux.
Aujourd'hui, ridés comm' des pommes, Ils vantnt leurs forces de jeun's homriies, Avec des airs malicieux.
Les vieux '
Cousus d'or ou pauvr's à besace,
Ils ont occupé cette place
Qu'on leur désigna sous les cieux,
Les vieux.
Gueux ou héros ils ont, sur terre.
Lu leur part d'humaine misère Qui met de l'ombre au fond desv'eux.
Les vieux !
Apres une existenc' remplie Ils ])artnt et vite on les oublie.
Soyons du moins respectueux Aux vieux.
CIktissoiis les bicii tous (juand nicmc Ils louchent à l'heure suprême :
'[\)\jLS leurs re«;ards sont des adieux ; Pauvrs vieux î
Ur) caprice de Pierrette
%)n cap ci ce de Pie t telle
Musique de I'. MAKrMKiî.
A M.icloinoiscllc .lonnnolto HiÉrKM.
Pierrot suivi d'une Pierrette.
Se promenait à A"irolla3\ Semblant mûrir quelque amourette, Car c'est de près qu'il lui parlait.
Pour avoir ton coeur, ma jolie, Oh î que ne donnerais-je pas !
Veux-tu mon or ou ma folie ?
Demande ce que tu voudras.
Mais Pierrette lui dit tout bas, Fixant un point dans la nuit brune
Je voudrais la lune :
Elle brille et je la veux, Pour la mettre sur mes cheveux.
Je voudrais la lune,
H me faut la lune.
F.diticMi dc> la Maisc^n C.as. l.i. boulevard de Strasbourg. ''
ir,n -
\'niis voiliez l.i lim<-. 111 ;i chérc ('Miiiinc bijou ■' m.'jis s(»n^ez-voiis A Cl' que dcvienHiM l.t terre Si nous gardons i;i Uni' pour nous ?
Les nuits seront toutes moroses :
Ce ne sera qu'ombre partout.
Puis, la pire de toutes choses, Je risque d'y casser mon cou.
Pierrette ne dit rien du tout Et Pierrot reprit sans rancune :
Vous voulez la lune, Si vous la voulez, eh bien !
;) vie vous la donnerai pour rien.
Vous voulez la lune.
; Vous aurez la lune.
, ,, Tout ioveux. dans le ciel sans voiles.
Notre pierrot s'en fut chercher La Urne parmi les étoiles En escaladant un clocher.
Soigneusement il la décroche.
Pour ne pas ternir son éclat...
Sortant la lune de sa poche.
Au retour il dit : « La voilà ! »
Mais Pierrette dit : ■• Oh ! là ! là ! »
- ir)i —
En riant, sans tendresse aucune.
C'est donc ça la lune ?
J'ia croj^ais plus belT que ça !
Monsieur Pierrot remportez-la ;
C'est donc ça la lune ?
Remportez la lune!
Voilà comment, nous dit l'histoire, La plus grande éclipse arriva Qui boul' versa l'observatoire.
On n'avait pas prévu cell' là !
Depuis la lune est à sa place Planant dans le beau firmament Où son (euvre est plus efficace Que sur la terre évidemment.
De l'aventure facil'ment Je tire un conseil pour plus d'une :
Regardez la lune
Mais n' fait's pas comm' les enfants ; N' cherchez pas à voir c' c{u'y a d'dans.
Regardez la lune,
Sans d'mander la lune.
Les Idylles
Les iJvllcs
llommaticà monsieur clo l'rabaclcilo marquis c\o Armiru.
A vingt ans, tout est rose et beau :
On est léger, on a des ailes :
On croit aux amours éternelles, A l'Idéal toujours nouveau.
Et nous effeuillons de la vie Le grand livre de nos destins, N'y voyant que des lendemains Auxquels le bonheur nous convie.
Rcfra in .
Nous ne croyons plus qu'à l'amour Dont on ignore la souffrance, Et c'est ainsi que, chaque jour, La première Idylle commence.
Elle ne nous aima qu'un jour.
Sans soucis des peines de l'âme.
Car ce qu'on prit pour une flamme N'était qu'un feu follet d'amour.
< )n lu' croit plus mu itkjI : • je l'aime ! •• là I oFi reconnîiît son erreur.
Mais il est trop lard, la d<»uleiir Ailièvr son (iii\ r<' cjuand même î