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Prétextes ridicules
Pierre, qui a fait une longue course qui l’a quelque peu échauffé, boit pour se rafraîchir.
Baptiste, qui vient de faire trois lieues en voiture, par un grand froid, boit pour se réchauffer.
Xavier, qui a perdu sa femme qu'il aimait beaucoup, boit pour se consoler.
Jean vient de conclure un marché très avantageux. Il boit pour s’en réjouir
François n’a pas d’appétit. C’est un employé de bureau et il ne prend pas assez d'exercice. Il boit de l’alvool pour se donner de l’appétit.
Louis, lui, travaille au grand air. Il a un appétit tellement formiduble que son système digestif en souffre. Il prend de l’alcool pour activer sa digestion.
Léon boit ferme pour se préserver des maladies contagieuses.
Antoine qui a eu une forte attaque de fièvre typhoïde boit de l'alcool pour hâter son rétablissement.
Dites ! N’avez-vous pas quelques-uns de ces messieurs dans votre entourage ?
D'un autre côté, vous pourrez peutêtre me dire que ceux-là pour boire ont au moins...des prétextes, tandis que vous en Connaissez des centaineset des centaines qui boivent et seraient fort en peine de dire pourquoi !
Diminuons les licences
Un des préjugés les plus répe.dus dans une certaine classe de la population, c’est que la diminution des licences ne contribue en rien à la diminution de l’alcoolisme. Beaucoup croient qu’on devient fatalement alcoolique. Evidemment un fils dont le père a été alcoolique est beaucoup plus exposé qu’un autre à le devenir lri-même. Et s’il se met à boire, il deviendra en peu de temps un alcoolique parce qu’il a ce que les médecins appellent l’appétence, c’est-à-dire le désir instinctif de prendre de l’alcool.
Mais il faut être véritablement aveugle pour soutenir que la multiplicité des buvettes n’amène pas une recrudescence de buveurs. Enlevez tous les meubles d’une grande salle, faites une centaine de grandes ouvertures dans le plancher, puis après avoir plongé cette pièce dans une obseurité complète, laissez-y courir un jeune enfant. N’est-il pas vrai qu’avec cent ouvertures dans le plancher il a cent occasions de se casser le cou ? Il en est de même des buvettes. N’en mettez qu'une dans une localité, l’homme faible, l’ivrogne n’aura qu’une occasion
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de s’intoxiquer. ‘'ivrez-en dix, il aura dix occasions, «: ainsi de suite.
L'occasion fit le larrou, dit le proverbe. Et l’ocezsion pour ‘ivrogne, c’est la buvette dont la porte tcajours ouverte, semble le fasciner.
‘* C’est au débit public, dit très justement M. Rostand, que prend naissance, que se propage, que devient chronique le mal de l'alcoolisme. Ce n’est pas chez soi, en général, qu’on boit beaucoup ; et il est hors de doute que s’il n’existait pas d’endroit où la boisson fut livrée et absorbée en commun, le nombre des clients de l’alcool sous toutes ses formes, et les quantités d’alcool absorbées, se.
raient infiniment moindres. Le cabaret est le pourvoyeur de l’alcoolisme. ?’
On ne peut donc espérer réduire le nombre des victimes de l’alcool qu’en réduisant le nombre des licences.
Dans les contrées où la statistique a pu établir l'influence de l’alcool sur la santé et la durée de la vie, on est arrivé à cette constatation effrayante que, en pleine civilisation, la neuvième partie du genre humain, et plus parfois, abrège la durée de son existence par l’usage d’un poison.
Dr VAN COILLIE
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Guéris-toi, toi-même
Le docteur Forel, de Suisse, est considéré comme le champion de ceux qui font la lutte aujourd’hui en Europe contre l'alcoolisme. Sacrifiant ses loisirs, une belle situation, il s’est donné entièrement et avec un dévouement sans bornes à la lutte contre l’alcoolisme qu’il considère à juste raison comme le plus terrible fléau de l’humanité. Savant érudit, apôtre convaincu et lutteur énergique, le docteur Forel est l’un de ces hommes qui honorent l’humanité.
Il y à un quart de siècle, alors qu’il était médecin en chef à l’asile d’aliénés de Zurich, M. Forel comptait parmi ses malades un alcoolique qui avait été déjà plusieurs fois interné comme alcoolique invétéré et qu’il considérait comme absolument incurable. Un bon jour, ce malade se trouva guéri par...un ministre protestant. M. Forel fut assez surpris. Peu de temps après, il faisait la connaissance d’un cordonnier auquel il offrit un verre de vin. Ce dernier refusa en disant qu’il était abstinent et, de plus, président d’une petite société de tempérance à quelques minutes de l’asile d’aliénés dirigé par le docteur Forel.
Nouvel étonnement de celui-ci. ‘‘ Com-
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ment, se dit-il, il y a des abstinents qui ne boivent même pas de vin ! Et ils sont même constitués en société de tempérance ! ”?
Le docteur Forel prit des informations sur le cordonnier abstinent et il apprit qu’il recevait chez lui les alcooliques de son asile de fous et... qu'il les guérissait.
Piqué au vif dans son amour-propre, en même temps qu'émerveillé d’un tel résultat, il alla résolument trouver le cordonnier pour lui demander son secret.
Notre disciple de saint Crépin n’était pas américain Car il n’avait pas songé à patenter son secret. Il le donna en riant au docteur Forel : Si je guéris vos alcooliques, dit-il, c’est que je suis abstinent et que vous ne l’êtes pas !
La leçon était bonne pour le docteur Forel, et il en profita. A partir de cet instant—ceci remonte aux premiers jours de janvier 1886—il devint abstinent total ou teetotaler. Est-il nécessaire d’a- Jouter que depuis cet instant aussi il put guérir ses malades sans le concours du cordonnier.
Qui que vous soyez : médecins, qui voulez guérir vos patients, pères et mères, qui désirez préserver vos enfants, simples mortels, qui brûlez du désir d’être utiles à vos semblables, guérissez-vous d’abord vous-mêmes !
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Une différence !
On conduisait l’autre jour deux citoyens bien connus au cimetière de leur paroisse, Ils étaient morts le même jour.
L'un, professionnel très distingué, avait exercé sa profession pendant plus de quarante ans, travaillant ferme presque jour et nuit pour élever et faire instruire sa nombreuse famille. Il laissait aux siens un nom sans tache et une dizaine de mille piastres péniblement amassées.
L'autre, à peine âgé de 40 ans, était mort après une maladie de quelques jours seulement. Dans le commerce depuis dix ans, sans instruction aucune, père d’une nombreuse famille qui avait toujours vécu dans le luxe, il laissait à ses héritiers une fortune de plus de cent mille piastres.
Il est vrai que c'était un détaillant d’alcool !
Il n’y à pas de sot métier, dit le proverbe.
Un peu d’eau vaut mieux que tous les nectars du monde.