‹ Autour de la buvette [microforme]Chapitre 29 sur 53 · VU · texte numérisé non relu

VU

G. se rendit à cette corvée. Il était difficile pour lui de refuser ce service à son voisin. Mais connaissant sa faiblesse et ne voulant pas s’exposer à succom- ; ber, après le souper, il prétexta une in- È disposition et se retira.

Les habitants passèrent la soirée à s’amuser et à boire. Lorsqu'ils furent presque tous ivres, l’un d’eux proposa d’aller réveiller G. Cette proposition fut acceptée. Ils apportèrent avec eux une bouteille d’alcool.

G. refusa d’abord d'ouvrir. Il avait tant peur de succomber ! Ses voisins, ivres et excités, menscèrent de défoncer.

Pour avoir la paix, les fit entrer.

Ce fut son malheur.

Ces faux amis réussirent à le faire boire avec eux. Et après l’avoir soûlé, ils se retirèrent contents du bon tour qu'ils lui avaient joué.

L'un de ces soûlards avait probablement laissé tomber une allumette sur une matière inflammable car deux heures après la maison était en feu.

On accourut. Les portes et les fenétres furent enfoncées, mais il fut impossible de pénétrer à l’intérieur, envahi s.

par les flammes. É

Le lendemain, on trouva, sous les dé- :

bris, le corps calciné de l’infortuné G.

Il y en a encore, malheureusement, de ces suppôts de Satan qui ont assez peu

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de cervelle et de coeur pour offrir de l’alcool à leurs anciens amis apparemment guéris de la fatale passion de l’alcool.

Dans trop de localités les conseillers municipaux ne comprennent pas suffisamment la responsabilité qui leur incombe de seconder l’autorité religieuse dans la lutte qu’elle fait à l’ennemi capital de notre plus cher intérêt national et religieux. Trop souvent, ils ne considèrent pas la multiplication des débits de boisson comme la source des maux innombrables dans les parois-

ses.

Mgr M.-T. LABRECQUE

Les enseignements de la religion ne s’accordent-ils pas avec les leçons de l'expérience, avec les données de la science médicale et économique pour démontrer que l’intempérance est la ruine des richesses et de la santé, que l’ivrognerie est, selon le langage de saint Jean Chrysostôme, ‘‘ a source, le principe, la mère de tous les vices, ’?

qu’elle ‘‘ ravale l’homme et le met audessous de la brute elle-même. ”?

Mgr J.-A. ARCHAMBEAULT

ET

Rien comme des faits

Il n’y a rien de décisif comme un chiffre ou un fait, dit-on souvent. Donnons donc des faits pour établir la supériorité des sociétés d’abstinence totale sur les sociétés qui tolèrent l’usage modéré de l’alcool.

C’est aux Etats-Unis, dans l’Etat de New-York, croyons-nous, que fut fondée la première société de tempérance, en 1808. Cette association avait pour principe l’abstinence des boissons distillées seulement. Elle exista à peine quatorze ans et n'’obtint pas de résultats appréciables. En 1813, il se fonda une société de tempérance à Boston basée sur les mêmes principes que celle de l’Etat de New-York. Elle ne fit pas plus de prosélytes que sa devancière. Instruits par cet insuccès, les champions de la tempérance fondèrent dans la même ville de Boston, treize ans plus tard, une société

d’abstinence totale. Elle progressa très rapidement, et fut le prototype de milliers et de milliers de sociétés de tempérance répandues sur tout le territoire des Etats-Unis. Dès 1835, on comptait dans la république américaine 1,500,000 tempérants enrégimentés dans ces sociétés. En 1852, prenait naissance à New- York l’Ordre des Bons-Templiers /forder of Good Templars Jétabli sur le prin-

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cipe de l’abstinence absolue. , Cette s0ciété a aujourd’hui des adhérents dans le monde entier et compte plus d’un million de membres.

En Angleterre, les premiers champions de la lutte anti-alcoolique essayèrent aussi de la tempérance partielle.On voit de ces sortes de sociétés à New-Ross en 1829, à Bradford, à Warrington, à Londres, à Manchester, à Liverpool, etc., vers 1830 ou 1831. En 1832, Joseph Liversey établit une société d’abstinence totale à Preston, sa ville natale. Ce fut le signal d’une active et enthousiaste croisade. Peu après parut en Irlande l’éloquent et infatigable Père Mathew. On sait le succès prodigicux de ses prédications. En quatre jours, à Limerick, en 1839, il reçut 150,000 engagements ou pledges de tempérance absolue.

En Suède, en Norvège, qu’on peut appeler les pays classiques de la lutte anti-alcoolique, la tempérance n’a gagné du terrain que le jour où les sociétés d’abstinence partielle ont fait place aux sociétés d’abstinence absolue.

Même constatation en Suisse. Les premières sociétés de tempérance ne combattaient que l’abus de l’alcool. Sous l’inspiration de M. Rochat, véritable génie d’organisation, elles se fédérèrent, et adoptèrent l’abstinence absolue. Dès lors, elles prirent un vigoureux essor et

aujourd’hui presque tous les villages suisses ont des sections de tempérance très florissantes.

En Belgique, l’alcool fait des ravages épouvantables. On compte dans ce pays une buvette pour treize hommes, parzît-il. Là aussi, on a commencé la lutte contre l’alcool avec des sociétés qui admettaient les modérés dans leurs rangs.

Elles ne firent aucun bien. Avec leur esprit pratique, les Belges remédièrent au mal en organisant de puissantes ligues antialcooliques qui exigent de leurs membres l’abstinence des boissons fortes.

Les progrès de la tempérance sont encore lents mais ils sont sûrs.

Enfin, en France, on compte de nombreuses ligues anti-alcooliques. Les plus nombreuses et les plus effectives sont celles qui combattent non seulement l’abus mais l’usage de l’alcool.

Il ressort de ce qui précède qu’on a commencé presque partout la lutte contre l’alcoolisme par des sociétés basées sur l’usage modéré. Les résultats ayant été plutôt négatifs, on a pris le taureau par les cornes et on a exigé l’abstention totale de l’alcool.

Nos évêques se sont inspiré de l’expérience des autres pays pour exiger des adhérents de nos sociétés de tempérance l’abstinence totale. Et, malgré que la croisade date à peine de quelques années, on apprécie déjà la sagesse de leur déci- Sion.

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Sur le père, sur l’enfant

L'alcool ne frappe pas seulement l’individu qui en fait usage, mais il atteint aussi ses enfants, sa descendance. Dans l’antiquité, où il n’était encore question que de vin, Plutarque écrivait : ‘‘ Les ivrognes engendrent des ivrognes.”’” Que ne pourrait-on pas dire aujourd’hui que l’alcool a supplanté le vin presque partout ?

Le père qui a vraiment à coeur l’avenir et le bonheur de ses enfants, doit commencer l'éducation anti-alcoolique sur sa propre personne.Ïl faut qu'il s’impose l’abstention de toute liqueur alcoolique.

Que les parents apprennent que s'ils s’alcoolisent, leurs enfants hériteront presque fatalement de leur triste penchant, et qu'ils deviendront des alcooliques à leur tour.

J'ai lu, dans la relation d’un voyage en Palestine, une page bien triste :

‘* J’ai vu, dit M. Péchenard, en Orient, aux portes de Jérusalem, près du village de Siloé, un groupe considérable de lépreux, hommes et fmmes, traînant dans la promiscuité leur existence flétrie. Leurs chairs, rongées par le mal, tombaïent en décomposition. Et jour-

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tant, sur les bras d': cs femmes, s’agitaient en gazouillint de petits enfants, frais et roses, auxquels elles avaient donné le jour, et qu’elles pressaient avec amour contr2 leur neur. Ils souriaient aux voyageurs, les infortunés, ne se doutant pas qu'ils étaient une proie déjà marquée du signe maudit et que, dans peu d’années, leurs membres, à eux aussi, s’en iraient en lambeaux. A ce spectacle navrant, nos coeurs se fendaient de pitié et nos yeux se mouillaient de larmes. Nous aurions voulu les arracher aux caresses de leurs mères pour les arracher au péril Hélas! il était trop tard : déjà l’impur fléau circulait dans leur sang.”

Le rapprochement entre la lèpre et l’alcoolisme paraîtra peut-être humiliant à quelques-uns. Il n’en est pas moirs exact.

Les enfants des alcoolisés portent la tare alcoolique en eux et, comme pour les pauvres petits lépreux dont parle le voyageur Péchenard, aucun remède, aucun traitement ne les mettra à l’abri de la fatale passion qu’ils auront contractée avant même de naître.

Un médecin en qui j’ai parfaite confiance me parlait, il y a quelques semaines, d’un cas absolument déconcertant de transmission alcoolique.

Un alcoolique invétéré mourut après une année de mariage, laissant une pe-

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tite fille âgée de quelques s-:maines.

Cette enfant fut élevée par sa mère avec un très grand soin. A l’âge de dix-sept ans, elle n’avait pris encore ni vin ni bière. Est-il nécessaire d’ajouter qu’elle ne connaissait pas même l’alcool ? Elle fut un jour invitée aux noces d’une de ses amies. Sa mère indisposée, ne voulant pas la priver de cette fête, la laissa aller seule. Au déjeuner qui suivit le mariage, on lui offrit une coupe de champagne pour saluer les nouveaux époux. Elle n’en but que quelques gouttes. Mais la passion se réveilla aussitôt en elle. Dès cet instant, elle raffola de boissons alcooliques. Les meilleurs médecins furent consultés, et aucun d’eux ne put arrêter la diabolique passion. Elle mourut à vingt ans, dans un accès de delirium tremens.

Cet exemple est terrible, maïs il n’est pas unique.

Jeune homme qui vous préparez à entrer dans l’état du mariage, songez au Aésespoir qui empoisonnerait vos vieux Jours si vous aviez le malheur de procréer des alcooliques !

L'expérience m’a démontré que les boissons fortes ne sont pas nécessaires à l’homme dans les climats froids, qu’elles lui sont au contraire nuisibles.

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