‹ Autour de la buvette [microforme]Chapitre 38 sur 53 · HAE · texte numérisé non relu

HAE

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Apparences trompeuses

—L'’alcool détruit la santé, répète-ton à qui mieux mieux. Comment se faitil que moi qui prends en moyenne une dizaine de coups par jour et qui ai à accomplir une tâche accablante, je ne suis jamais malade ? Mon voisin, qui ne boit pas d'alcool ni de vin, a régulièrement une ou deux fois par mois une grippe ou un malaise quelconque.

N'est-ce pas là une objection qu'on fait tous les jours aux amis de la tempérance ?

Cette objection, quand on y réfléchit un peu, n’est pas difficile à détruire.

Je ne nierai pas que certains individus usant d’alcool, en abusant même, se portent apparemment bien. On voit des hommes de soixante-quinze à quatre-vingts ans, qui ont bu toute leur vie et qui ont résisté à l’action néfaste de l'alcool.

Ce sont là tout simplement des exceptions. Ces ivrognes sont solides et leurs parents ne leur ont légué aucune tare. Leur constitution absolument saine leur permet donc de défier pendant un temps plus ou moins long l’action de l’alcool.

Pour chaque cas de buveur qui a résisté à l’usure de l’alcool, : vous opposerai dix, vingt, trente cas, si v ‘is vou-

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lez, d’indivi lus, enlevés en pleine santé

apparente, €! dont la mort prématurée n’a pas d’auire ezuse que l’abus de la boisson.

D'ailleurs, ce buveur robuste, qui n’a jamais été touché par la maladie, et qui semble si bien résister aux atteintes de l’alcool, savez-vous ce qu’il cache sous son apparence rayonnante ? Qui vous dit que ses organes ne sont pas atteints de lésions qui le menacent pour l’avenir et qui, en cas de maladie grave—pneumonie, fièvre typhoïde, etc. etc.—enlèveront à son organisme toute force de résistance ?

J’ai connu un de ces buveurs insensibles aux effets de l’alcocl. Vigoureux, musclé, il n’avait jamais été malade. Il était fier de montrer à tous le peu de prise qu'avait l’alcool sur son organisme. Par simple forfanterie, il buvait dix, douze, quelquefois quinze verres de gin de suite, et ne paraissait pas le moins du monde en état d’ébriété. Atteint de fièvre typhocïde, il fut transporté à l’hôpital, où il mourut, après sept jours de maladie, d’accidents cérébraux et cardiaques. Son médecin m'affirma que ces accidents étaient tout simplement la suite de ses habitudes d’intempérance.

J’ai également connu un buvetier qui résista apparemment avec succès pendant

une trentaine d’années aux atteintes de

l'alcool. Continuellement à son comptoir, il ne refusait jamais une traite.

Cet homme devait ingurgiter 100 à 110 coups par jour. Il fut emporté en douze jours de maladie après avoir enduré d’horribles souffrances. Pas un seul de ses organes était sain.

L'alcool, soyons-en assuré, rejoint toujours ses victimes. Ce n’est qu’une question d’années.

L’alcoolisme nous apporte le plus fort contingent de nos malades, et le médecin, plus que tout autre, étant donné la position toute spéciale qu’il occupe vis-à-vis la famille, est à même de constater les désastres et les ruines causés par l’alcoolisme, et il ne se passe pas un jour sans que l’un de nous soit appelé à recueillir le dernier regret d’une de ces victimes dont l'intelligence a été atre.

phiée et le système nerveux emposonné par ces alcools falsifiés, servis dans les estaminets ou buvettes interlopes qui pul!'ulent dans nos villes.

Dr L.-J. LEMIEUX

Le démon n’aime rien tant que l'ivresse avec l’impureté, double source de tous les vices, et cause de la plupart des péchés parmi les hoiam »s.

SAINT THOMAS

Ce qu’en pensent les assureurs

Il y a quatre-vingts ans, un médecin qui aurait affirmé que l’alcool abrège ia vie aurait passé pour un fou ou un ignorant. On était convaincu alors que l'alcool, loin d’abréger la vie, donnait des forces.

Le docteur Henry-S. Williams vient de publier à New-York un important ouvrage sur les désastres causés par l’alcool.

Il a pu recueillir les statistiques amassées pendant un demi-siècle par une s0ciété de tempérance anglaise et une compagnie d’assurance sur la vie.

Ces chiffres sont vraiment terrifiants !

La compagnie d'’assurance en question divise ses assurés en deux classes :

les abstinents et les buveurs modérés - Elle n’assure pas, évidemment, ceux qui font usage immodéré de liqueurs alcooliques.

Les statistiques obtenues par le docteur Williams établissent que de 1866 à 1905 la classe dite de tempérance, c’està-dire composée des assurés abstinents, n’a eu que 7,487 réclamations pour décès sur 10,463 assurés, tandis que dans la classe dite générale, c’est-à-dire composée de buveurs modérés, on a reçu 12,811

réclamations pour décès sur un total de 13,514 assurés.

En d’autres termes, la proportion pour les abstinents était de 71 par cent tandis que chez les buveurs modérés elle atteignait 94 par cent.

L'enquête du docteur Williams lui a fait constater qu’il existe dans le monde des assurances deux axiomes qui ne peuvent être attaqués, à savoir :

1. Que le buveur immodéré d’alcool est toujours un mauvais risque.

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