‹ Autour de la buvette [microforme]Chapitre 37 sur 53 · PS · texte numérisé non relu

PS

‘ picier qui la lui fournit. C’est la buvette qui forme la clientèle principale de l’épicier vendeur de boisson. Il est donc évident qui si vous faites disparaître les buvettes, vous diminuez les clients de l’épicier.

L'aveu est cynique mais il y est tout de même. Combien triste !

Il est passé dans les moeurs du peuple que la boisson est nécessaire ou du moins de haute convenance en toute circonstance de la ve. On boit en été pour se rafraîchir, et en hiver pour se réchauffer; avant de manger pour aiguiser l’appétit, après le repas pour faciliter la digestion; quand on est plusieurs pour se manifester de l’amitié, aux heures de tristesse pour se consoler, et aux heures de joie pour se mieux réjouir encore.

On boit pour fêter le baptême d’un nouveau-né ; aux noces et aux funérailles, on boit encore. On boit en partant pour les chantiers, afin de s’encourager, et en revenant pour fêter le retour. On boit à la conclusion d’un marché, heureux, même, si avant de le traiter, on ne s’est pas mis hors d’état de ne le faire— qu'aux détriments de ses intérêts.

Mgr M.-T. LABRECQUE

Récompense bien gagnée

Vous n’avez pas d'idée du plaisir qu'’éprouve le ligueur de la tempérance lorsqu’il peut se dire : Voilà un homme qui me doit sa régénération ! D'un ivrogne j'ai fait un sobre, un tempérant. Et quand cet homme a une femme, des enfants, qu’il privait souvent des choses nécessaires à la vie, la joie, tout naturellement, est encore plus grande ! Qu'’elles doivent être ardentes et efficaces auprès du Tout-Puissant les prières des mères et des enfants des buveurs régénérés pour leurs bienfaiteurs, pour ceux qui ont arrêté sur le bord de la ruine les êtres qui leur sont chers !

Ecoutez ce qu'écrivait le grand vicaire Mailloux, il y a déjà quarante ans :

‘“ Je passais un jour dans un village, où j'avais distribué des croix, il y avait environ dix-huit mois, lorsque je vis un homme sortir de sa maison et s’avancer vers moi le bonheur sur la figure. Puis, tendant sa main droite vers moi : ‘‘Permettez-moi de vous donner la main,’’ me dit-il, les larmes dans les yeux, ‘‘ j'étais un malheureux, qui ai fait souffrir de toute manière ma femme et mes pauvres enfants ! ’” Il s’arrêta pour pleurer...

Puis, reprenant avec une voix sup-

pliante: “* Accordez-moi done le bonheur d'entrer dans ma maison.”’ J’y entrai. Il me présenta sa femme et ses petits enfants, qui ports at sur leurs visages la marque de la joie la plus expangive. Le père continuait de pleurer.

Lorsque tout à coup jetant ses regards sur sa croix, il s'éeria : ‘‘ Voilà ma libératrice ! Ma pauvre femme, mes petits enfants ont pleuré bien longtemps des mauvais traitements que je leur faisais endurer, des privat'ons, de la faim, des haillons que mes infâmes débauches leur imposaient ! ’’ Il voulait continuer, lorsque sa femme, se jetant dans ses bras, l’arrêta pour lui dire : ‘* Tout est oublié, mon mar’. rous sommes aujourd’hui dans l’aisance, dans la joie, dans un incomparable bonheur ! ”’ Et c'était vrai. La femme et les enfants étaient bien vêtus, mangeaient de bons repas, ils avaient vu finir tous leurs malheurs par l'entrée de la croix de tempérance dans la famille ! Je sortis heureux de cette maison, le coeur fortifié, l’âme rafraîchie et animé d’un nouveau courage pour continuer ma mission de tempérance.’?

La joie qu’éprouvent les femmes de ces buveurs convertis se manifeste quelquefois d’une façon bien simple mais bien touchante. C’est ainsi que le fondateur d’une petite Société de Tempérance recevait, dans les premiers jours de jan-

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vier, une grande photographie de la famille d’un des membres de la Société, avec la note suivante écrite de la main de sa femme :

de Depuis 17 ans que nous sommes mariés, c’est la première fois que mon mari commence l’année avec moi. Jusqu'’alors, du 31 décerabre au ler ou 2 janvier, il ne cessait de boire. L'année dernière, il est heureusement entré dans la Société de Tempérance. Dès lors, il est tout aure ;il ne boit plus et nous avons passé le nouvel an ensemble. Ainsi, pour rappeler notre joie d’être réunis ce jour-là, nous avons été nous faire photographier en famille. Nous vous prions, comme fondateur de la société à laquelle

‘ nous devone ce bonheur, d'accepter un

exemplaire de cette puotographie ! ””

Ces témoignages si naïfs font du bien au coeur de ceux qui les reçoivent ! Mettez-vous en mesure de les mériter et vous m'en donnerez des nouvelles.

L'ivresse est un démon auquel on se livre volontairement, et qui s’introduit dans l’âme par le plaisir. Ceux que tourmente le démon sont dignes de pitié; mais ceux qui boivent outre mesure n’en méritent aucune, quoiqu'ils aient le même malheur, parce qu’ils s’assujettissent volontairement au jour.

de l’esprit infernal.

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