‹ Autour de la buvette [microforme]Chapitre 40 sur 53 · SAINT CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

SAINT CHRYSOSTOME

Où sont les coupables

Il y a quelques semaines, un ouvrier de Budapest, en Hongrie, rentre chez lui après avoir passé toute la journée à boire avec des amis.

L’alcoolisé apporte à ses petites filles, âgées respectivement de dix et de cinq ans, des L-vnbons que les pauvres enfants, peu accoutumés à ces gâteries, acceptent avec reconnaissance. Il se rend ensuite dans la chambre voisine où, dans son berceau, dort un bébé âgé de quelques mois.

A l’aide d’une bûche, qu’il vient de ramasser près du poêle, il assomme le cher petit être.

L’alcoolisé rentre, après son horrible forfait, dans la pièce qu’il vient de quitter. Il saisit la plus jeune des deux fillettes à qui il vient de donner des dragées et lui défonce le crâne avec sa terrible bûche.

Epargnera-t-il au moins l’aînée de ses enfants qui, terrorisée, paralysée par la peur, est incapable de fuir ? Non, le même sort l’attend. Et il commet son troisième meurtre.

Sur les entrefaites, la mère rentre chez elle de son travail. L'’horrible spectacle qu’elle a, soudain, sous les yeux, la rend folle.

L'ouvrier alcoolisé de Budapest est-il le seul coupable de la scène que nous venons d’esquisser ?

Non, répond une femme d'esprit et de coeur, Mme Keelhoff.

‘ Les coupables sont ici : l'usage, l’habitude, la mode de boire, d'offrir, d’accepter à toute heure du jour des boissons contenant le liquide empoisonnant qui a nom alcool, introduit sous quelque forme qu'il soit dans le corps humain. ””

Mais une mode, un usage est chose impersonnelle, et on ne peut le tenir responsable...

‘ Ces modes et ces usages prennent, dit encore Mme Keelhoff, dans l’état actuel de nos moeurs, l’enfant à sa naissance et ne le lâchent que lorsque la mort a accompli son oeuvre. Tous nous buvons, à quelques exceptions près, depuis l'enfance jusqu’à la tombe ; c’est nous qui, façonnés par les sinistres usages, poussons nos semblables aux crimes et aux désordres que nous constatons journellement.””

Et Mme Keelhoff termine en donnant la nomenclature des coupables :

lo Ceux qui produisent l’alcool.

20 Ceux qui encouragent ces producteurs pour l'intérêt qu'ils en retirent, comme les Louvernements qui perçoivent l’accise sur les boissons alcooliques, les propriétaires d'immeubles rapportant un taux plus élevé tout simplement parce

qu'ils sont loués à des vendeurs de poison, etc., etc.

30 Ceux qui vendent l’alcool sous quelque rorme que ce soit.

4o Ceux qui en boivent, qui en offrent à leurs parents et à leurs amis, les exposant ainsi à contracter la funeste passion.

50 Ceux qui, comme les journalistes, les écrivains, les orateurs, par leur plume et leur parole, préconisent et recommandent la vente de l’alcool.

Comme on le voit, tous nous avons notre part de responsabilité dans le crime commis par l’ouvrier hongrois de Budapest et par tous les alcoolisés de la terre.

L'alcool est le pire ennemi de l’homme.

On a tort de s’en faire nn ami. Il est séduisant, il est vrai, mais c’est un menteur dangereux. Pour avoir l’hospitalité dans l’estomac des buveurs, il leur fait des promesses. Il faut d’autant plus s’en défier qu’il a recours à plus de ruses pour entraîner ses victimes bien souvent dans les maux les plus déplora-

bles.

Dr ELZEAR PAQUIN

N'excitez pas à boire ceux qui aiment le vin.

Page 1