EDMOND ROUSSEAU
Pour l’honneur de notre race et de notre religion, nous voulons des familles saines et robustes, une société forte et vigoureuse. De grâce, ne tarissons pas plus longtemps en nous les sources de la vie, ne les contaminons plus par l’habitude de l'alcool, Evitons tous les excès, dans l’usage des boissons. Le sacrifice, si sacrifice il y a, en vaut mille fois la
peine.
Mgr BRUCHÉSI
Vouloir énergiquement
On accuse à tort ou à raison la femme américaine (j'entends la femme qui est née et habite les Etats-Unis) d’être d’allure trop libre, de faire trop l’homme, pardonnez-moi l'expression. La femme américaine, si elle ä beaucoup de défauts, a une qualité qu’on rencontre trop peu souvent chez la femme d’origine française. Lorsqu'elle veut, elle veut énergiquement, et nul obstacle ne l’empêche d’arriver au but à atteindre.
Dans aucun pays les femmes n’ont fait une campagne plus énergique et plus effective contre le dieu alcool qu'aux Etats-Unis. Neal Dow se plaisait à reconnaître que, sans l’appui des femmes, il n'aurait jamais réussi à implanter la prohibition dans l’Etat du Maine.
Les femmes américaines savent vouloir. L'’anecdote suivante, qui est absolument authentique, le prouvera amplement. Dans une petite ville des Etats- Unis où n'existait aucun débit de boissons alcooliques, les conseillers municipaux, à qui un syndicat de distillateurs avaient graissé la patte, comme on dit vulgairement, consentirent à accorder une licence pour vente au verre. Lors-
que la nouvelle fut connue: dans la ville, les femmes signèrent une protestation très énergique et envoyèrent une délégation nombreuse la porter au conseil de ville. On ne fit cependant aucun cas de leurs doléances.
Ces dames ne se tinrent pas pour battues. Le premier soir de l’ouverture de la buvette, pendant que les maris prenaient leurs petits verres tout en jouant une partie de cartes, elles se munirent de bidons d’huile de pétrole et les vidèrent sur les flancs de la buvette, entièrement construite en bois, puis, sur un signal convenu, mirent le feu aux quatre coins.
Les consommateurs sortirent vite, on peut le croire. Tout fut consumé: maison, ménage, liqueurs, cigares, ete., etc.
Personne heureusement, ne fut blessé.
On ajoute que les conseillers municipaux ne renouvelèrent pas la licence et que cette ville jouit encore des bienfaits du feetotalisme.
Loin de moi la pensée de conseiller aux dames canadiennes de suivre cet exemple. J'avoue cependant que je ne puis m'empêcher d’admirer l’énergie des dames américaines en cette occurrence.
À un grand mal, elles avaient voulu donner un grand remède.
Nos mères et soeurs canadiennes devraient être aussi énergiques. Il est,
par exemple, certains devoirs auxquels elles ne devraient jamais se soustraire.
Il y a quelques mois un hôtelier indigne avait enivré un jeune homme de dixsept ans. De bons citoyens résolurent de lui faire payer l’amende afin de donner un exemple salutaire. La mère de l’enfant, veuve très respectable, ne voulut jamais consentir à dénoncer l’hôtelier parce qu’elle n’aimait pas à aller en cour. Le résultat de tout cela a été que le triste personnage a obtenu le renouvellement de sa licence et continuera, pendant plusieurs années encore, à perdre la jeunesse.
Cette mère n’aurait-elle pas dû avoir l’énergie nécessaire pour laisser de côté, pendant quelques instants, sa sensiblerie, afin de faire punir ce mécréant ?
Dans la campagne de tempérance, il ne doit pas y avoir de compromissions.
Que la femme canadienne agisse énergiquement comme sa soeur américaine !
Si l’on savait combien l’alcool a fait verser de larmes et de sang...., si l’on parcouraït les calvaires des femmes, l’on trouverait vite le moyen de faire disparaître le dégradant fléau de l’alcoolisme.
Dr BARELLA
Sept fois assassin
Voulez-vous connaître la dernière horreur commise par l’alcool ? Suivez ceci.
Alexis Bouvier tenait une buvette dans un quartier ouvrier de Marseille.
Il vivait dans le haut de sa buvette avec sa mère âgée de 70 ans, sa femme et ses quatre enfants, deux garçons et deux filles.
Bouvier était un alcoolique invétéré.
. Le 11 du mois dernier, Bouvier contrarié par une futilité—la perte d’un demi-fût de vin— avait bu plus que jamais.
Vers dix heures du soir, après avoir fermé son établissement, l’alcoolique regagna sa chambre à coucher. Pour parvenir à son lit, il fallait passer dans la chambre de sa mère. Celle-ci lui reprocha probablement ses excès de boisson.
Le buvetier, absolument dans le délire, égorgea celle qui lui avait donné le jour.
La vue du sang augmenta la fureur de Bouvier. Il égorgea ses deux petites filles qui dormaient dans une pièce voisine.
Puis il se dirigea vers ia chambre où dormaient ses deux garçons pour continuer son veuyre de carnage.
La femme de l’alcoolique, entendant du bruit, se précipita au-devant de lui pour faire à ses fils un rempart de son corps.
Bouvier saisit alors un revolver et lui tira deux balles à bout portant. Ses fils eurent ensuite le même sort.
Le monstre ne trouvant plus personne à tuer tourna son arme contre lui-même et se brüûla la cervelle.
Voilà en quelques mots l’épouvantable tragédie qui se déroulait dans le haut d’une buvette de Marseille le 11 du mois dernier.
En quelques minutes, l’alcool avait fait disparaître sept personnes.
On est effrayé du choléra; l’alcool est un bien autre fléau.