E. DURAND
NP NU Nr
Vous n’êtes qu’un “ informer ”
Vous n'êtes qu’un informer !
C’est là la sanglante injure qu’on vient de lancer à la face de mon ami R
Savez-vous ce que c’est qu'un nformer ? Tout d’abord, disons que le mot anglais énformer est tellement vil, odieux, qu'on n’a pas songé à lui donner un équivalent français. Nous nous servons bien des mots délateur, espion, mouchard, mais aucun d’eux, paraît-il, n’a assez de force ni d’énergie Pour traduire le mot dégoûtant snformer. Qu'est-ce donc que ce vilain mot ? L’informer c’est la personne qui dénonce à l'autorité l'individu qui vend de la boisson sans licence. Voilà !
Votre voisin passe ses jours et ses nuits chez un vendeur sans licence qui lui soutire tout son argent, pendant que sa femme et ses enfants grelottent et sont privés de nourriture. Vous dénoncezZ le vendeur interloe au revenu, !nformer, vous êtes ! Honte à vous !
Un individu sans entraille ouvre une salle de jeux. Il attire chez lui des jeu- Des gens, quelquefois des enfants eu leur vend de la boisson, les mettant sur la voie qui conduit à l’ivrognerie et à l'alcoolisme. Afin de sauver votre fils de cet antre maudit, vous dénoncez le
propriétaire au revenu. Informer, vous êtes ! Encore une fois honte à vous !
Un épicier laisse boire chez lui, dans sa cour, dans ses dépendances, un malheureux ivrogne qui, arrivé à son logis, maltraite femme et enfants.
Vous voyez ce qui se passe ; afin d’y mettre un terme, vous dénoncez l’épicier Sans sCrupule. Informer [! Informer ! ! Allez cacher votre honte !
Dans le cas qui nous occupe, voulezvous savoir pourquoi mon ami R. s’est fait .njormer ?
Un de ses parents, jeune homme qui a la passion de l’alcsol et des cartes et qui est marié depuis cinq ou six ans à une douce et brave enfant, a laissé le gagne d’un mois entier entre les mains du propriétüire d’un sale tripot.
Cet être immonde l’a gardé ivre chez lui pendant trois jours puis après l’avoir dépouillé complètement l’a jeté deaors.
Ce jeune homme a perdu sa position, et voilà sa femme et ses chers petits enfants avec la perspective de passer l’hiver dans un logis sans feu. Et, parce que mon ami indigné de la lâcheté du mastroquet, l’a dénoncé à la justice, on lui crache à la figure : Informer !
Voilà où nous en sommes en l’an de grâce 1910 ! Elle est rude, n'est-ce pas, la tâche de ceux qui essaient de relever la menialité de notre peuple !
— it —
Modération et abstinence
Vous développez trop votre ligne de bataille, disent quelquefois des amis “eu éclairés aux soldats de la tempérance. Combattez de toutes vos forces l’abus de l'alcool, mais de grâce laissez en paix ceux qui ne font qu’un usage modéré. En agissant autrement, vous perdez des auxiliaires précieux.
Erreur funeste.
e jardinier le moins entendu qui veut extirper les mauvaises herbes de ses plates-bandes n’ignore pas qu’il faut qu’il s'attaque à la racine même de la plante exécrée. S'il en laisse la moindre parcelle, il la verra repousser quelques jours plus tard, Le bataillon des alcooliques et des ivrognes se recrute parmi les buveurs modérés. La racine du mal est là. C’est donc aux buveurs modérés qu’il faut s'attaquer si nous voulons atteindre le mal dans sa racine même.
‘* Les grands buveurs meurent rapidement, répétait souvent un savant anti-alcoolique, mais ils sont fur et à mesure de leur disparition par
des buveurs modérés.
Le docteur Forel, une autorité en la matière, dit également :
‘* Qu'on supprime, à l’aide d’une baguette magique tous les ivrognes, en laissant subsister seulement les modérés, les premiers seront en aussi grand nombre au bout de quelques années. Si, au contraire, vous pouviez supprimer à l’aide de cette même baguette magique tous les buveurs modérés, en laissan* subsister les ivrognes, ces derniers disparaîtraient complètement au bout de quelque temps. ”’
La lutte contre l’alcoolisme n’a pas avancé d’un pas partout où on a prêché la modération. J’ose même aller plus loin. Les partisans de la modération entravent plutôt la campagne anti-alcoolique, car en défendant leur dada, ils entretiennent le vice et font naître l’usage chez un grand nombre.
Le professeur Bunge calcule que sur dix buveurs modérés, un meurt d’alcoolisme. Il imagine à ce sujet une petite parabole. Il compare le buveur modéré à un nageur qui voudrait traverser un fleuve, mais qui, pour accomplir cette tâche, désire avoir neuf compagnons ; il sait que l’un des neuf doit périr pendant la traversée, mais il préfère sacrifier une vie d’homme que de traverser seul. Il n’y a qu’une différence, ajoute M. Bunge, entre le nageur qui, pour son plaisir, sacrifie un homme sur neuf et.
A ii RL NS. des. OL OS): ;
le buveur modéré qui en fait autant:
C’est que le premier n’a que huit complices et le second en a une légion |!
Comment un buveur modéré peut-il, d’ailleurs, lutter avec succès contre l’alcoolisme puisqu'il en est lui-même un Propagateur par l'exemple qu'il donne?
Donc, pas modération mais abstention.
L'usage des stimulants alcooliques retarde la digestion, en figeant la pepsine, élément essentiel du suc gastrique, et par là entrave l’action de l’estomac.
Drs TODD et BOWMAN
ciations de tempérance dont les membres s’abstiennent de toute boisson al-
Acheter l’alcool c’est acheter la mort,
L'’eau-de-vie devrait s'appeler eau-demort !
Dr HAWAN
Elle ne meurt pas
Si vous avez été une des victimes de l’alcool, quelque soit le nombre d’années pendant lesquelles vous aurez ensuite été sobre, n’acceptez jamais un verre, une goutte de boisson.
La passion de l'alcool, qu’on ne l’oublie pas, ne meurt jamais. Elle peut sommeiller pendant de nombreuses années, mais, si vous lui en donnez l’occasion, elle se réveillera terrible, plus ipérieuse que jamais.
J’emprunte les trois faits suivants au Père Hamon :
Un homme était devenu sobre après avoir bu pendant de longues années. Il tomba malade et le médecin eut l’imprudence de lui prescrire un peu d’eaude-vie comme tonique. Le malade, effrayé, lui confia ses craintes et le supplia de lui donner un autre remède. Le médecin, qui était évidemment un ignorant doublé d’un imbécile, se moqua de ses frayeurs chimériques. Le malade l’écouta et but de l’eau-de-vie. Il guérit, mais il redevint ivrogne et mourut de la mort d'’ivrogne.
Un autre buveur avait cessé de boire depuis quatre ans. Une après-miäi de janvier, pendant qu'il était chez son
beau-frère, il fut tout à coup empoigné * par la fureur de boire—Fais-moi chauffer du vin, dit-il, à son beau-frère, il faut que je boive ; dépêche-toi, je t’en prie...Vite ! Il avait le verre en mains, il allait l’avaler...quand Dieu eut pitié de lui. En une rapide vision, passèrent devant ses yeux toutes les luttes, toutes les tortures qu'il avait endurées pour dompter sa passion. Un frisson d’horreur lui passa dans le corps et il lança avec force au plafond le verre et son contenu. Il était sauvé. Il n’eût plus depuis lors aucune tentation de boire. S'il eut avalé ce verre de vin, il serait redevenu ivrogne.
Un homme allait chaque jour entendre la messe à l’église Saint-Patrice, à Montréal. Un jour de grosse tempête de l’église. Il lui marqua son étonned'hiver, un ami le rencontra à la porte ment de le voir sortir par un temps pareil. Et notre homme lui en donna la raison. Je fus autrefois un grand buveur. Après m'être corrigé, je promis à Dieu d'’entendre la messe chaque jour pour persévérer. Voilà vingt-cinq ans que je tiens ma promesse, et si je manquais la messe un seul jour, la vieille passion. reprendrait le dessus. Je le sens, elle n’est pas morte en moi. Je la refoule seulement par la prière et par le secours des sacrements.
Le fait suivant m'a été raconté par
la femme de celui-là même qui en fut le héros.
Il avait fait pendant quinze ans le désespoir de sa femme et de ses enfants par son ivrognerie. Sur les représentations de son curé, il suivit un traitement médical et se guérit de sa hideuse passion.
Il demeura vingt-cinq ans abstinent.
Il ne prit pendant ce quart de siècle ni alcool, mi vin, ni bière et il n’entra jamais dans une buvette.
Au repas de noces de son unique fils, il se crut assez solide pour prendre un verre de champagne à la santé des nouveaux mariés. Dix heures plus tard, la passion de l’alcool se réveilla chez lui, horrible, implacable. Il lui en fallait.
Sa pauvre femme lui en apporta en pleurant. Ce fut la fin de son bonheur. Il se remit à boire, et il est aujourd’hui au cimetière.
L'usage modéré de l’alcool est rempli de dangers. L'alcool ne saurait être appelé aliment au sens propre du mot. Le résultat net de son usage est un dommage et non pas un bien.
Professeur ATWATER
Mentalité à refaire
— Vous n’y pensez pas, refuser une licence à M. X ! Mais il a une grande famille, il est propriétaire, il a fait de fortes dépenses pour mettre son hôtel sur un pied convenable, il n’a jamais fait autre chose. Peut-il entreprendre une autre besogne à son âge ? Il faut bien que tout le monde vive.
Ce sont là quelques-unes des objections qu'on fait aux conseillers municipaux lorsque ceux-ci, à la demande des amis de la tempérance, veulent diminuer le nombre des licences pour la vente d'’alcool au verre.
La licence est un droit qui ne s’accorde d'ordinaire que pour une année, à certaines conditions très précises. Si le porteur de la licence ne remplit pas chacune de ses obligations, il n’a qu’à s’en prendre à lui si on refuse de la lui renouveler l’année suivante.
En second lieu, l'intérêt publie prime toujours l’inté:êt particulier. L'huile de pétrole a détruit l’industrie de la chandelle de suif, le gaz et la lumière électrique ont à leur tour supplanté l’huile de pétrole. Les manufactures de chaussures ont fait fermer les échoppes de cor-
donnier qu’on voyait sur toutes les rues il n’y a pas encore un quart de siècle.
Les tramways électriques ont privé un grand nombre de cochers de leur gagnepain.
A-t-on blâmé les hommes de génie qui nous ont donné le gaz, l'électricité ? Les marufactures ne font-elles pas la prospérité de nos villes ?
L'intérêt du grand nombre, je le répète, l'emporte sur l'intérêt d’une partie, d’une classe de la population. Si les buvettes sont dommageables à la masse, n'est-il pas juste qu’elles disparaissent ?
Il faut que tout le monde vive ! C’est précisément pour cela que nous demandons la diminution sinon la disparition des buvettes.
Vous qui vous apitoyez sur le sort des buvetiers, avez-vous songé quelquefois à ceux que la buvette empêche de vivre ?
N'’avez-vous pas rencontré, dans nos grandes villes, de ces femmes hâves, décharnées, qui tendent la main pour empêcher leurs enfants de mourir de faim pendant que les maris sans coeur boivent leur maigre salaire à la buvette ?
N'’en avez-vous pas connu de ces chefs de famille que la buvette a tués prématurément, laissant sur le pavé femme et enfants ? Dans votre paroisse, dans votre quartier, n’y en a-t-il pas quelques-
uns de ces piliers de buvettes, bourreaux de leurs femmes et de leurs enfants ?
Ne devons-nous pas changer notre mentalité à ce sujet ?
Il faut que tout le monde vive, oui, et c’est pour cela que les sympathies des âmes sensibles doivent plutôt aller aux pauvres femmes et aux enfants que les buvettes empêchent de vivre. |
Si tous les citoyens honnêtes, si tous les hommes qui ont à coeur le bonheur des familles veulent bien unir leurs efforts dans la lutte contre l’ivrognerie, ils feront acte de vrais chrétiens, de vrais patriotes et remporteront certainement une belle et consolante vie
toire.
Mgr L.-N. BEGIN
L'’intempérant est capable de toutes les ignominies. La sobriété est la vertu des âmes fortes et bien trempées.
L'abbé JALON
L'alcool endort l’homme pour éveiller la brute.
Dr SAINT-JACQUES
Jeune fille, tu peux, par compassion, tout faire pour un buveur; mais l’épou-
ser, non.
BLEULER
Comme le père
Dans une buvette où quelques hommes, prennent tranquillement un coup; une femme entre avec deux enfants.
— Que viens-tu faire ici ? demande le mari, un fidèle ceiient de la buvette.
__Je m'ennuie à la maison, répond la pauvrette; toi, tu t’amuses ailleurs; je suis ta femme, je partage tes peines, je veux partager tes joies.
Jei, dans cette buvette, dit le mari éhabi ?
__Pourquoi pas ; là où le mari se tient constamment, la femme peut bien venir, n'est-ce pas ?
Et la femme avance le bras pour prendre le verre de gin que le buvetier vient de servir au mari.
-Tu ne boiras toujours pas cela, crie le mari de plus en plus surpris.
-Et pourquoi pas ? Ne me dis-tu pas tous les jours que tu bois pour oublier tes peines, chasser tes ennuis J’en ai, moi aussi, des peines et je veux boire pour ne pas y penser.
__Mais, es-tu folle, dit encore le mari, en constatant que sa femme au lieu de porter le verre de gin à-ses lèvres, 8e prépare à le faire boire à ses enfants.
—Et pourquoi pas ? répond froidement la femme. N'’en bois-tu pas, toi ?
Tu ne dois pas avoir d’objection à ce que tes enfants suivent ton exemple. Ils ont faim et ils ont froid. Tu me répètes chaque jour que l’alcool te nourrit et te réchauffe. Ce qui fait vivre le père peut bien empêcher les enfants de mourir. Nous n'avons plus de lit à la maison, les enfants ont froid. L'alcool les réchauffera.
Le mari, qui n'avait pas encore perdu tout sentiment de dignité, comprit la lecon. Il laissa là ses faux amis et retourna chez lui avec sa femme et ses enfants.
Il] se conduit maintenant en honnête père de famille et ses enfants n’auront pas honte de marcher sur ses traces.
Bien nombreuses, trop nombreuses sont les victimes du fléau alcoolique dans les classes inférieures de la société, mais les classes dirigeantes sont-elles plus à l’abri de ses coups? Hélas! que de talents brillants, que d’hommes merveilleusement doués ne nous a-t-il pas ravis!
Ils donnaient les plus belles espérances, le pays pouvait attendre d’eux les plus grands services, et voilà que le terrible ennemi les a impitovablement fauchés dans la fleur de l’âge !
Juge SICOTTE
Cela ne me regarde pas
Un riche propriétaire de Liège, M.
Bartill, reçut un jour la visite d’un jeune homme qui venait faire appel à sa bourse pour soutenir une société antialcoolique.
—Je ne fais pas usage d’alcool, répondit M. Bartill, aucun de mes enfants ou de mes proches n’en boit non plus, je ne vois pas pourquoi j’aiderais de mes deniers ceux qui sont atteints de cette passion à se corriger. Qu'ils s’arrangent comme ils le voudront ou comme ils le pourront. Cela ne me regarde pas; adressez-vous ailleurs.
M. Bartill connaissait son histoire. Il donnait à peu près la réponse de Caïn après le meurtre d’Abel: ‘* Suis-je responsable des actions de mon frère ? ”
Quelques jours plus tard, la femme et les deux fils de M. Bartill allaient faire un voyase un peu long en chemin de fer.
La ‘ :: ée même qu'ils devaient revenir à 1a maison, la rumeur se répandit dans la ville qu’un grave accident de chemin de fer venait d’avoir lieu et qu’il avait été causé par une fausse manoeuvre d’un employé en boisson.
M. Bartill courut à la gare. Il s’informa, demanda des renseignements à tous les employés qu’il rencontra ; mais l’accident était arrivé à une assez grande
distance, et on n’en savait rien de bien précis.
Le pauvre homme, on peut l’imaginer, était dans les transes. Il se précipita dans le bureau du télégraphe pour expédier une dépêche sur le lieu de l’accident. Le préposé aux dépêches lui dit que la chose était impossible pour le moment, le service général passant avant le service particulier. M. Bartill insista vivement, offrant de payer un prix très élevé pour sa dépêche. L’employé n’y pouvait rien, et le père angoissé se retira sur le quai de la gare en pleurant et gesticulant.
Le train en détresse arriva enfin. M.
Bartill y monta. Dans la première voiture étaient sa femme et ses fils, les côtes brisées, et tous trois dans un état désespéré.
Affolé par la douleur, le malheureux père se mit alors à se frapper la poitrine, avouant en pleurant à chaudes larmes qu’il avait eu bien tort de ne pas avoir encouragé la société anti-alcoolique et de recevoir rudement son solliciteur en lui disant :‘‘ Cela ne me regarde pas; adressez-vous ailleurs. ?”
La propagande anti-alcoolique regarde tout le monde. Tous n’ont pas le moyen de l’aider pécuniairement, mais tous peuvent y prendre part par leurs exhortations, leurs conseils ou au moins par l’exemple.
Un danger à éviter
Un des dangers du séjour des villes pour les jeunes gens, depuis quelques années, c’est la présentation des cadeaux.
Un ami atteint-il ses vingt ans, vite on fait une souscription pour lui présenter un cadeau.S’il obtient une petite promotion dans le bureau où il est employé, la souscription se renouvelle. S'il se marie, les amis sont de nouveau appelés à se cotiser pour lui offrir un bibelot quelconque.
Ce ne serait qu’un demi-mal si la bourse seule souffrait de ces appels réitérés aux souscriptions. Mais ces démonstrations ont souvent des suites funestes.
Le héros de la fête craindrait de passer pour mesquin s’il n’offrait des rafraîchissements à ses amis. Dans ces occasions, on éiirgit le sens du mot rafraîchissement, et on comprend sous cette appellation les boissons alcooliques de toutes sortes, champagne, brandy, gin, whisky, ete., ete. Ces fêtes se terminent le plus souvent par des orgies. :
Toute la population de Paris a été impressionnée, l’été dernier, par un drame arrivé à la suite d’une fête semblable.
Marcellin Courrières, à la veille de se marier, est amené dans une buvette par ses amis qui veulent lui offrir un cadeau
Sr
et enterrer joyeusement sa vie de garçon. On boit toute la nuit. Sur le matin, chacun retourne chez soi plus ou moins ivre. Soudain, Courrières voit trouble, il pousse un cri, monte quatre étages et enfonce une porte. Un enfant saute de son lit terrifié à cette brusque irruption. Courrières le larde de coups de couteau. Aux cris, la mère accourt.
L'’ivrogne la tue. Une jeune fille, épouvantée à la vue de sa mère et de son jeune frère baignant dans leur sang, se précipite par une fenêtre, et se tue sur le pavé.
Les voisins réalisent enfin l’horrible drame qui se passe en haut. (Courrières est arrêté et amené au poste de police.
Quelques heures plus tard, la raison réapparaît au cerveau du pauvre diable.
Dans son délire, il avait vu des fantômes et il avait frappé pour se défendre.
Cette famille lui était absolument inconnue.
Les fêtes de présentation de cadeau ne se terminent pas toujours de façon aussi tragique. Mais que de jeunes gens “ont commencé là l’apprentissage de l’ivrognerie, de l’alcoolisme !
Si les jeunes gens sobres, associés de Ja Tempérance, lorsqu'ils donnent leurs souscriptions pour ces sortes de fêtes, mettaient pour condition qu’on n’y offre pas d'alcool, ils rendraïent un grand service à leurs amis plus faibles qu'eux.
Plus éloquent qu'un discours
Le docteur MeNicholl, de New-York, a étudié la descendance d’un couple alcoolique. La triste histoire qu’il rapporte en dit plus long, dans sa sécheresse mathématique, que bien des discours éloqüents.
M. et madame X...occupaient dans la société de New-York une position assez élevée. Ils aimaient beaucoup le monde, et recevaient fréquemment. Tous deux faisaient usage de vin et d’alcool, mais sans excès scandaleux.
Ils eurent deux filles. lL’aînée mourut du delirium tremens à quarante ans.
Elle ne s’était pas mariée. La cadette devint la femme d’un banquier, et elle eut huit enfants. Elle mourut folle à trente-cinq ans.
Sur ses huit enïants, il y avait deux garçons. Ils devinrent ivrognes et moururent jeunes sans postérité. Cinq de leurs soeurs moururent également en bas âge. La fille qui restait se maria avec un ‘alcoolique. C'était la pauvreté qui s’unissait à la misère. Elle mourut en boisson, après avoir donné naissance à dix-sept enfants.
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Voyons maintenant l’histoire de ces dix-sept enfants :
Dix moururent tuberculeux avant l’âge de cinq ans.
Une fille se livra à l’ivrognerie et à la débauche.
Des six garçons, quatre avaient la monomanie du suicide. L'un d'eux réussit même à se donner la mort. Le cinquième était alcoolique et morphinomane.
Il s’empoisonna à trente-cinq ans.
Un seul put se rendre à quarante-cinq ans.
Elles sont donc bien vraies ces paroles du docteur Magnan :
‘“ L'individu alcoolisé lègue à sa descendance une si lourde tare qu’on ne sait vraiment ce que nous réserve l’avenir. Sur 1,000 héritiers d’alcooliques, plus de 200 sont supprimés dès la première enfance, et, dans les deux tiers survivants, on compte de nombreux idiots, des épileptiques et beaucoup de dégénérés, dénués de sens moral, instinctivement pervers et impulsifs, anormaux, en hostilité perpétuelle avec la 80ciété pour laquelle ils ne sont qu’une charge et un péril. ”?
Contribuons donc à éclairer les nôtres sur les dangers qu'ils font courir à leurs enfants en faisant usage d’alcool.
La question des revenus
M. l’échevin X va crier bien fort ce soir que les licences pour la vente de:
liqueurs alcooliques sont une source de revenus pour la ville.
Voilà un argument qui part du ventre ! Il est tout de même plutôt maigre.
La Corporation encaisse le prix des licences, c’est vrai; mais pour réparer les méfaits de ces mêmes licences quelles dépenses ne doit-elle pas s'imposer !
N'est-il pas vrai que si nous n’avivns pas de débits de boisson à L...,nous pourrions diminuer de moitié l'effectif de notre police ?
Combien la ville paye-t-elle aux hospices par année, pour les pauvres orphelins laissés dans le chemin par des pères ivrognes que les buvettes ont conduit au cimetière ?
M. l’échevin X sait-il que la ville paye chaque année au gouvernement quelques milliers de piastres pour l’entretien des aliénés de L...à l’asile de Beauport? La moitié au moins de ces malheureux ont été conduits à Beauport à cause de l’alcool.
Qu'on fasse le relevé des taxes non percuües chaque année parce que eux
qui les doivent dépensent tout leur avoir dans les buvettes et on verra qu'elles dépassent les quelques milliers de piastres que nous rapportent les licences.
Et, d’ailleurs, quand bien même on nous prouverait que les licences rapportent beaucoup au trésor municipal.N ‘estil pas vrai qu'elles sont pour un grand nombre de nos concitoyens une cause de ruine physique et morale ? Prètres, pères, mères, n’ont qu’une voix pour denoncer les ruines amoncelées par les buvettes.
Donc, il faut les détruire. Done, si on ne peut les détruire, il faut les Giminuer. Donc, si on ne peut les duuinuer, il ne faut pas les augmenter.
Voilà ce que nos échevins doivent l'aire ce soir. Ce que je leur dis tout haut ici, tout le monde le pense.
Qu'ils agissent en conséquence.
Il-y a des buveurs qui vivent vieux.
Parfaitement! mais ceux-là sont tellement rares, qu’on les cite comme des phénomènes et qu’on dit de celui qui résiste à de semblables excès: Il faut qu'il soit bien fort, il y a si longtemps qu'il boit! Il a enterré tous ses compagnons de plaisir!
Dr DELAUNOIS
Ce qu'ils sont presque tous
—Je conviens avec toi, me disait tantôt mon excellent ami B, qu'il y à des êtres absolument indignes d'exercer le métier d’hôteliers, mais, d’un autre côté, il y a dans notre ville des douzaines de bons buvetiers qui sont d’honnêtes citoyens, élevant bien leurs enfants, charitables, hommes d'église, et qui tiennent dans leurs établissements une règle irréprochable.
Et mon ami, pour illustrer sa proposition sans doute, me parla du buvetier XXX, qui a tendu son trébuchet à deux pas du marché le plus achalandé de la ville, Il m'en fit un portrait si flatteur que, si je n’avais connu l'individu en question, j'aurais été tenté de le croire aussi innocent que l’enfant qui vient de naître.
Or voici ce que je sais sur le compte de ce bon gros buvetier de XXX.
Il y a quelques années, un jeune homme de L...entrait à l’emploi de ia brasserie X en qualité de camionneur.
Ce garçon, rendu à 24 ou 25 ans, n'’avait pas encore pris un verre de boisson forte.
L'ouvrage du camionneur consistait à
Dm Me:
transporter chaque jour chez les hôteliers de la ville des fûts de bière X.
La première fois que le camionneur entra dans son bar, XXX lui offrit un coup. Le jeune homme refusa net. Il en fut de même pendant une semaine.
A la fin, le camionneur, craignant de mécontenter le buvetier XXX, qui était un excellent client pour son patron, ac-
cepta un coup de temps en temps. Il
prit d’abord du v:. puis de la bière et enfin de la boiss : forte. C'est la gradation ordinaire.
En moins de deux ans, il devint ivro-
Sa femme, qui avait un jeune enfant, fut bientôt obligée de le laisser pour retourner chez son père. Il était incapable de la faire vivre.
Le camionneur avait toujours été un bon chrétien. Quelques mois plus tard, une grande retraite de tempérance fut prêchée dans sa paroisse. Il en suivit tous les exercices. Le dernier jour, il promit devant son curé de ne plus boire, et celui-ci, fier de cette conversion inespérée, lui donna la croix de tempérance.
camionneur reprit maison. Sa femme et son enfant le rejoignirent. Le bonheur était revenu pour ce jeune mé-
Deux ou trois ans s’écoulèrent ainsi.
Le lendemain du jour de l’an 19...,
le camionneur alla comme d’habitude porter son fût de bière au buvetier
Celui-ci était dans son bar. Il donna la main au charretier, lui souhaïta une bonne année, puis lui offrit un coup.
—Merci, dit le buveur converti, j’ai promis de ne plus boire et je ne veux pas manquer à ma parole.
Alors, Satan mit sur les lèvres du buvetier des paroles de moquerie.
— Allons, dit-il, tu n’es pas un enfant, prends un coup. Je t’approuve d'éviter l’excès. J'ai toujours blâmé ceux qui se saoûlent. Mais un coup de temps en temps ne fait pas de mal. Et, pour le tenter davantage, il porta à ses lèvres un verre de brandy.
Le camionneur se laissa vaincre par cette raillerie. Il but ce que l’infâme tentateur lui avait fait servir.
La passion de l’alcool chez le pauvre garçon n’était qu'engourdie. Elle se réveilla aussitôt, impérieuse, terrible. Le lendemain, il but encore. Puis le surlendemain, et ainsi de suite. En quelques jours, il avait repris toutes ses mauvaises habitudes.
À peine six mois plus tard, à la suite d’une cuite prolongée, la pneumonie se déclarait chez le camionneur et le conduisait au tombeau.
Si ces lignes tombent sous les yeux
du buvetier XXX, il ne se reconnaîtra même pas. Des victimes comme mon pauvre camionneur, lui et ses pareils en font tous les jours. Un de plus ou de moins.
Et voilà.
Ami B, des bons garçons du type du buvetier XXX, il y en a malheureusement plusieurs douzaines dans notre ville.
La buvette guette l’ouvrier à la sortie de l’usine et de l’atelier, au coin des rues, partout où il devra passer, pour lui ôter, avec son salaire, les joies douces
et pures du foyer domestique, la santé, les forces, l'honneur, la vie chrétienne, le
ciel ! R. P. HUGOLIN
Examinez cette race d’hommes, dignes de la malédiction du ciel et de 14 terre, qui, en cachette, dans les ténèbres, à la dérobée, attirent nos jeunes gens, les enferment dans une chambre et là, leur font boire des liqueurs infâmes qu'ils vendent contre les lois de leur pays, et les rendent ainsi complices de leur désobéissance et de leur passion insensée
pour l'ivresse.
L'abbé MAILLOUX
Bon vs mauvais alcool
Ceux qui fréquentent les bars des grands hôtels s font de funestes illusions au sujet des boissons alcooliques qu’ils y boivent. Eh ! quoi, disent-ils, vous nous parlez de boissons frelatées, mais nous ne fréquentons qué des bars de première classe où la boisson est de premier choix. Cet argument vaut-il quelque chose ?
Il y a quelques années, une commission nommée par le gouvernement français essaya de se rendre compte de la qualité des eaux-de-vie vendues dans les bars et cafés de Paris. Elle acheta discrètement des alcools dans les cafés les plus selects comme dans les bouges les plus infects. Qule fut le résultat de l’analyse ? Tous les échantillons revinrent à la commission avec l’une ou l’autre de ces étiquettes : DANGEREUX, MAU- VAIS, ou IMPARFAITEMENT REC- TIFIÉ.
La même épreuve a aussi été tentée dans plusieurs villes de Belgique. Les résultats ont été à peu près les mêmes.
Ces jours derniers, dans le conseil municipal d’une des petites villes des environs de Québec, un échevin animé de
bonnes intentions, je veux bien le croire, proposait de soumettre à l’analyse les boissons alcooliques qu’on vendait à ses concitoyens dans les bars et épiceries.
A quoi, en bonne vérité, servent toutes ces expériences ? L'alcool, si pur qu'il soit, n’est-il pas un poison ? Et si l’aloui est un poison, le détaillant le plus honnête nous protègera-t-il plus du danger que le gargotier le plus ignoble ?
Non ! l’unique moyen de se préserver des dangers de l’alcool c’est de ne pas en prendre.
L’alcoolisme et la tuberculose sont deux fléaux si intimement unis qu'il
faut les combattre à la fois ; s'attaquer à la tuberculose en négligeant de combattre l’alcoolisme, c’est s'assurer à l’avance des mécomptes si ce n’est même marcher à la défaite.