Autour de la buvette
Tous, lorsque nous étions au collège, nous avons plus ou moins appris la fable du bon La Fontaine, Les animaux malades de la peste.
Les premiers vers, j'en suis certain, vous viennent à la mémoire :
Un mal qui répand la terreur Mal que le ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, liA peste (puiequ'd faut l'appeler par son nom)
La peste dont parlait le bonhomme La Fontaine n'existe plus du moins en Amérique ; mais un autre non moins terrible fléau est venu la remplacer : ce
tiéau — puisqu'il faut l'appeler par son nom — c 'est l 'alcoolisme.
L'alcool joue dans nos habitudes un tel rôle qu'il semble vraiment que l'homme ne peut plus exister sans lui.
On boit de l'alcool pour se tenir éveillé, on en boit pour se donner le sommeil; on boit de l'alcool pour se donner des forces au travail, on en boit pour se remettre de la tâche accomplie ; on boit de l'alcool pour se donner de l'appétit, on en boit pour aider le travail de la digestion ; on boit de l 'alcool pour se réchauffer, on en boit pour se rafraîchir; on boit de l'alcool pour se réjouir, on en boit pour se consoler. L'alcool c'est la panacée, le remède qui guérit de tous maux, que nous offre le charlatan sur les places publiques, les jours de marché.
Le Père Hamon compare l'alcool à la flûte enchantée du \'ieillard errant de village en village, dont parlent les légendes d'Allemagne.
Tous ceux qui entendaient les sons de la flûte magique,abandonnaient leurs occupations et suivaient le vieillard sans pouvoir s'arrêter. Et le vieillard, entraînant après lui ces foules magnétisées, les conduisait vers les rivages de l'océan. Il pénétrait dans les flots et s'avançait plus loin. . . .toujours plus loin. . . .A la vue du danger qui les menaçait, les multitudes effrayées vou-
laient rebrousser chemin, mais les accents de la flûte enchantée se faisaient entendre et les forçaient d'avancer.
Bientôt magnétiseur et magnétisés disparaissaient ensemble dans le gouffre. . .
Quel est celui d'entre nous qui n'a pas connu dans son entourage tel de ses parents, de ses amis, qui pouvait être cité comme exemple à tous ? Gai, jovial, fils respectueux, bon chrétien, époux modèle, père sans reproche, jusqu'au jour où le dieu alcool s'est emparé de lui. A partir de ce moment, les unes après les autres, ses qualités sont disparues. Il est devenu morose. Autrefois actif, travailleur, fier de sa personne, il est maintenant indolent, paresseux, négligé. Doux, poli jadis, il est devenu chicanier, brutal. Son foyer si heureux dans les premières années de son mariage est maintenant un véritable enfer.
Sa femme et ses pauvres enfants le voient réintégrer le logis avec épouvante car les instants qu'il y passe sont pour eux remplis d 'anxiété et d 'angoisses. Honneur, famille, avenir, santé, il sacrifie tout à l'alcool. Il se laisse entraîn<'i- de débauclie en débtuiche jusqu'à ce qu'il soit réduit à la plus noire misère. Quelquefois mênn' il ne recule pas devant les expédients les plus bas et les plus vils pour se procurer de quoi satisfaire sa sordide passion.
Demandez au prêtre, au médecin et au
juge de police, les trois personnages qui vivent le plus en contact avec la misère humaine, ce qu'ils pensent de l'alcool.
Au prêtre, demandez quelle est la cause du malheur de tant de familles, la raison de la désunion de tant de ménages, la cause de tant de larmes versées. Il vous dira que c'est l'alcool.
Au médecin, dites: Qui donc envoie au cimetière si prématurément tant d'hommes forts, de jeunes gens aux talents brillants ? Qui donc peuple nos asiles de tant de fous et d'idiots ? Qui donc envoie aux hospices ces centaines d'orphelins, d'épileptiques, de tuberculeux et de rachitiques ? Il vous fera la même réponse.
Au magistrat de police, demandez :
Qui donc emplit nos pénitenciers et nos prisons ? Il vous répondra encore : C 'est l 'alcool.
L'alcool ! C'est donc l'ennemi qu'il nous faut combattre.
Les liqueurs alcooliques sont capables de ruiner les plus beaux talents, d'amener le délire et la folie furieuse : les hôpitaux et les asiles d'aliénés en fournissent la preuve.
Mgr S. KNEIPP
Bonne année, bonne santé !
Bonne année, bonne santé ! allons-nous dire à nos parents, à nos amis, à nos connaissances, ces jours-ci.
Et pour compléter ces bons souhaits, verres et bouteilles s'aligneront sur la table. Chacun prendra son petit verre d'alcool.
N'est-ce pas qu'elle est etraug", bête même, notre façon de se souhaiter une bonne année et une bonne santé! Nous absorbons une prétendue eau-de-vie qui abrège l'existence, qui sème là où elle s'introduit la misère et la honte.
Réagissons donc contre cette coutume tyrannique !
Bonne année, bonne santé ! Tendonsnous une main fraternelle et laissons là verres et bouteilles. Il s'en suivra bonne année, bonne santé et probablement prospérité.
L'alcool est un poison diabolique; il pousse ses victimes de chute en chute ; il les saisit et ne les quitte plus jusqu'à ce qu'il les ait conduits à une fin misérable.
L'abbé N. NEUENS
La différence entre les deux
L'alcoolisme et l'ivrognerie sont-ils la même chose ?
On est porté dans notre pays à confondre ces deux maladies, car l'un et l'autre sont véritablement des maladies.
L'ivrognerie c'est l'habitude de l'ivresse.
Disons ce qu'est l'ivresse.
L'ivresse est un état passager d'empoisonnement, causé par l'absorption trop abondante d'alcool. Cet empoisonnement se manifeste par des symptômes physiques qui montrent que certains organes, estomac, intestin, poumons, coeur et nerfs, ont été affectés par l'agent dangereux, et par des sjonptômes intellectuels qui prouvent l'action subtile de l'alcool sur le cerveau.
Le buveur de bière a une ivresse lourde et hébétée. Il dormira pendant plusieurs heures, et se soulagera ensuite en restituant le trop-plein de ce qu'il a absorbé.
Le buveur de vin a généralement une ivresse gaie, alerte. Cependant, si le vin qu'il a absorbé est de mauvaise qualité, il sera de mauvaise humeur.
L'ivresse du buveur d'alcool varie
beaucoup. Chez les uns, elle sera douce, folichonne, bonasse ; chez les autres, elle deviendra nerveuse, querelleuse, dangereuse, meurtrière même, en attendant le sommeil prolongé qui enlèvera à l'ivrogne le souvenir de tout ce qu'il a fait pendant son intoxication.
L'ivresse prédispose à la congestion rhénale, à la congestion cérébrale, à l'apoplexie, à la congestion pulmonaire, à la fluxion de poitrine, etc, etc.
.Mais le principal danger de l'ivresse c'est qu'elle conduit à l'alcoolisme.
Quand les accès sont isolés, qu'ils ne se répètent pas trop souvent, le danger est moins grand; mais l'entraînement fait rapprocher de plus en plus le!^ crises et fait finalement du buveur occasionnel un alcoolique.
Qu'est-ce donc que l'alcoolisme ?
L 'alcoolisme est l 'empoisonnement qui résulte de l'absorption de l'alcool, quelle qu'en soit la quantité absorbée.
Les effets, naturellement, varient, suivant les doses, les tempéraments, les circonstances. L'ingestion d'une quantité quelconque d'alcool est par (.-onséqueut nui.sible.
Le docteur Legrain a recours à une comparaison très claire pour faire comprendre le danger de l'alcoolisme. Si les piqûres de 3,000 guêpes, dit-il, peuvent entraîner la mort d'un seul coup, la piqûre d'une seule guêpe, pour inof-
fensive qu'elle paraisse, n'en est pas moins toxique. Répétée chaque jour, elle produirait fatalement, quoique à la longue, des effets graves à l'instar des gouttes d'eau qui, tombant une à une, usent la plus résistante des pierres.
L'alcoolique n'est pas nécessairement un ivrogne. Il peut être extérieurement un homme d'apparence respectable, de conduite très rangée. Il conserve souvent l'estime de ses concitoyens.
Celui-là est d'autant plus en danger qu'il ignore, le plus souvent, l'action destructive de l'ennemi qu'il a introduit dans ses veines.
Voilà, en peu de mots, la différence qui existe entre l'ivrognerie et l'alcoolisme.
L'alcool est un poison si virulent qu'on ne peut le prendre que sous la forme diluée de spiritueux.
Dr LEES
A tous points de vue, on peut dénon cer l'alcoolisme comme une cause redoutable et douloureuse de dépopulation et d'affaiblissement de la race.