‹ Autour de la buvetteChapitre 17 sur 39 · LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

LIVINGSTONE

Eux aussi peuvent aider

La plupart des ivrognes et des alcooliques se rendent compte du tort que leur triste passion fait à eux-mêmes, à leur famille et à la société. Mais chez eux l'énergie est disparue et ils ne peuvent réagir contre l'impulsion qui les pousse à boire.

Ceux-là aussi — la chose paraîtra étrange au premier abord — peuvent aider dans la lutte antialcoolique. Ils sont perdus, eux ; ils le savent et ils l 'avouent quelquefois en pleurant.Mais, au moins, qu 'ils n 'essaient donc pas d 'amener leurs semblables dans l'abime où ils vont se précipiter. Qu'ils soient assez charitables pour ne pas offrir d'alcool, soit à la buvette soit chez eux, à ceux qui ont été pris de la même passion et qui semblent guéris.

A ce sujet, me permettront-ils de leur relater un terrible exemple des conséquences de notre détestable coutume d 'offrir de l 'alcool à tout le monde ?

G. était un ivrogne invétéré. Il s'enivrait régulièrement deux ou trois fois par semaine. Il maltraitait alors sa femme, chassait ses enfants et engendrait chicane à ses voisins.

Son bon curé avait essayé bien des

fois de le ramener dans le droit chemin. Sa femme et ses enfants avaient également eu recours à tous les mo.yens pour le guérir de sa passion. Tout avait été inutile.

C'était lors de la prenuère croisade de tempérance.

Une grande retraite eut lieu dans la paroisse. On réussit à nmcu'r- d. L l'église. L'éloquence la prédicateur le toucha beaucoup. La g-'âc'^ de Dieu fit le reste. G, comme ses voisins, prit la croix de tempérance.

Pendant un an et demi, G ne but pas une seule goutte d'alcool Tout allait pour le mieux. Il avait une excellente femme et de bons enfants. Cnaqu î mois, toute la famille, pour denander à Dieu la persévérance de son chef dans sa bonne résolution, s'approcnait de la table sainte.

Les anciens compagnons de débauche de G. avaient essayé à maintes occasions de le ramener avec eux à l'hôtellerie du village, mais il était toujours resté ferme comme un roc et avait refusé leurs avances.

Pendant l'hiver, un des voisins de G.

fit une corvée pour sortir son bois.

On sait comment se terminaient les corvées dans nos campagnes autrefois. Elles étaient l'occasion de honteuses orgies, où nos habitants se ravalaient au rang de la bête.

G. se rendit à cette corvée. Il était difficile pour lui de refuser ce service à son voisin. Mais connaissant sa faiblesse et ne voulant pas s'exposer à succomber, après le souper, il prétexta une indisposition et se retira.

Les habitants passèrent la soirée à s'amuser et à boire. Lorsqu'ils furent presque tous ivres, l'un d'eux proposa d'aller réveiller G. Cette proposition fut acceptée. Ils apportèrent avec eux une bouteille d'alcool.

G. refusa d'abord d'ouvrir. Il avait tant peur de succomber ! Ses voisins, ivres et excités, menacèrent de défoncer. Pour avoir la paix, il les fit entrer.

Ce fut son malheur.

Ces faux amis réussirent à le faire boire avec eux. Et après l'avoir soûlé, ils se retirèrent contents du bon tour qu'ils lui avaient joué.

L'un de ces soûlards avait probablement laissé tomber une allumette sur une matière inflammable car deux heures après la maison était en feu.

On accourut. Les portes et les fenêtres furent enfoncées, mais il fut impossible de pénétrer à l'intérieur, envahi par les flaromes.

Le lendemain, on trouva, sous les débris, le corps calciné de l'infortuné G.

Il y en a encore, malheureusement, de ces suppôts de Satan qui ont assez peu

de cervelle et de coeur pour offrir de l'alcool à leurs anciens amis apparemment guéris de la fatale passion de l 'alcool.

Dans trop de localités les conseillers municipaux ne comprennent pa^ suffisamment la responsabilité qui leur incombe de seconder l 'autorité religieuse dans la lutte qu'elle fait à l'ennemi capital de notre plus cher intérêt national et religieux. Trop souvent, ils ne considèrent pas la multiplication des débits de boisson comme la source des maux innombrables dans les parois-

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