II. LES ANGLAIS CHLZ CORXLILLE
Grâce au zèle et à rérudition des deux conservateurs du Musée Corneille, MM. Maillet du Boullay et Gaston Lebreton, nous n'avons rien à envier à nos voisins les Anglais, admirateurs maniaques de leurs grands hommes.
Et quand je dis admirateurs maniaques, j'énonce une pure vérité. Je vais vous en fournir la preuve".
L'Anglais est né « cldneur)). Le mot n'est pas académique, n'importe, je le conserve. Sa rage de voler, ne serait-ce qu'une épingle, s'est tant de fois manifestée, que les faits que je vais rapporter ne vont nullen:ient surprendre.
Dans la pièce: dite de réception, de la
maison Corneille, se trouvent six beaux fauteuils qui, jadis, servirent de sièges aux membres du Parlement de Normandie. Les dossiers de ces fauteuils sont terminés par deux pommes dorées, sur lesquelles les insulairesjettent des yeux d'envie, chaque fois qu'ils les aperçoivent; aussi, le gardien est-il obligé d'exercer une minutieuse surveillance sur les visiteurs.
Ne pouvant satisfaire leur passion, certains Englisli ont demandé la permission d'emporter de petits morceaux d'écorce des bûches qui reposent sur les splendides chenets des cheminées.
D'autres, s'attaquant à la pierre montoir de la porte d'entrée, à l'aide d'un petit marteau et d'un ciseau à froid, sont parvenus à détacher un fragment qu'ils ont caché dans leur poche, pour l'exhiber plus tard aux yeux de leurs compatriotes ébahis .
Comme me disait un jour, avec raison l'excellent bibliotliécaire des Sociétés savantes de Rouen, M. Henry Wilhelm, à qui je contais ces actes de vandalisme on aurait compris qu'ils eussent demandé une rose ou une tleur du verger de P. Corneille, mais une fleur donnée n'aurait pas procuré le même plaisir que la pierre arrachée par violence !
Mais, que d'histoires j'aurais encore à vous conter sur les fils d'Albion. En voici seulement deux I
Dans la même salle de réception dont je viens de parler, se dresse un bahut qui, dit-on, aurait appartenu au poète.
Il y a quelques années encore, ce meuble était en la possession d'un pauvre cordonnier , vieux grognard du Premier Empire.
Des Anglais ayant appris que ce souvenir était chez lui. lui proposèrent bon prix. ^(Ah! jamais, je nevous le donnerai, répondit le cordonnier, quand même vous l'empliriez de vos guinées ! » Le disciple de St-Crépin tint bon, et ce ne fut que plus tard qu'il céda au département le bahut historique pour la somme de deux cents francs.
Vous connaissez également le superbe dessin à la plume de Meissonnier qui orne le même appartement .
Un jour, des Anglais encore se présentèrent à la Préfecture, se portant acquéreurs du tableau pour un prix fabuleux . Une longue explication eut lieu, et M. Hendlé. alors préfet du département, dût se fâcher et presque faire expulser les importuns î
Le jour où, pour une cause ou pour une autre , le département se verrait
dans la dure nécessité de mettre en adjudication la maison de Couronne, soyez sûrs qu'elle ne deviendrait pas la possession d'un français . Certain de nos compatriotes pourtant a proposé quatre-vingt mille francs dit-on.
Espérons toutefois que ce jour néfaste ne se lèvera pas.
Mais, c'est assez parlé des étrangers, regardons maintenant nos concitovens.