I. La RUE P. CORNEILLE. - LA MARE LES VOISLNS DE CORNEILLE
Ce n'est pas tant l'histoire déjà vieille de la vente, de l'achat et de l'aménagement de la maison de campagne de P. Corneille que je veux raconter ici, que la relation des faits, dits et épisodes récents qui s'y rattachent.
C'est sur la plus ancienne voie de Petit-Couronne ([ue s'ouvre la porte d'entrée monumentale de la maison de Corneille.
D'ailleurs, l'ancienneté du Chemin. agrémenté de fondrières, de saignées,
et de télés de chat, comme au XYII® siècle, est suffisamment attestée parles maisons qui la bordent de chaque côté.
Ce sont, pour la plupart, de vieilles bâtisses en charpente ou en pierres de Caumont, dont quelques-unes remontent certainement au XVI® siècle.
Si l'on parcourt, en effet en archéologue, les ruelles et sentes de ce quartier, on ne peut manquer d'être agréablement surpris de rencontrer des pans de murs en blocs quadrangulaires. percés d'ouvertures avec moulures et barreaux du XVI«, des portes à anses de paniers; et quelle profusion de puits intéressants 1
Ces constructions sont demeurées en assez bon état, malgré la violence des bourrasques et les brouillards si fréquents dans la mauvaise saison.
Derrière la demeure histoiique. se trouve la mare, qui seivit, on s'en sou-
vient, à faire reconnaître la maison du
poète. (1).
Elle est restée ce qu elle fut jadis au temps des Corneille, bordée par des peupliers et des saules qui ont remplacé depuis longtemps les premiers.
Chaque jour, les bestiaux viennent y boire, des lavandières y apportent leur linge, mais habituellement, le silence règne dans ce coin mystérieux, plein de vel'durc en été, au milieu de laquelle on distingue pourtant la tourelle de l'escalier de la rustique maison.
On pourrait s'imaginer, à bon droit, que les habitants du pays sont fiers de posséder chez eux une relique aussi chère. Détrompez vous 1
(i) Comme documents historiques voyez F. "Bouquet,. Points obscurs et nouveaux de la vie de P^^^/^ Corneille - L'^lhbc Tougard. - Contrat de vente des biens au Val-de-la-Haye' - J.awrf. - Note sur d;^vix actes du tabellionnage de Rouen concernant la famille de P. Corneille. Ch. de^eaurepane.- Pierre Co n^ilk et s^ fiUe Marguerite dominicaine a Rouen. L. MulUr - Autour de Rouen. Xotes de M. Gosseliii, etc.
Pour la plupart d'entre eux , la demeure de Corneille n'est qu'une (i cambuse î) qui ne vaut pas la peine que l'on dépense d'argent pour la conserver. Donnez-là à l'un de ces paysans stupides, il mettra des pommes de terre et des choux dans les appartements, il transformera le rez de-chaussée en écurie et remise.
Au premier, il serrera ses fourrages.
L'un deux appelait un jour le gardien un balayeur de feuilles, et se plaignait amèrement d'avoir, comme contribuable, à verser un impôt pour l'entretien de la boîte I Or, tout compte fait, cet imbécile parvenu se trouvait avoir à débourser par an, un centime pour la conservation de la maison de P .
« Je vous dis, Madame, que le paysan est un cochon ! » déclarait un jour, un satirique dontjencme souviens plus du
nom. à une dame qui voulait plaider la cause de l'homme des champs.— Le terme est un peu raide, mais j'ai des raisons personnelles de croire qu'il n'avait pas tout à fait tort pour certains. (1 )
Si Corneille revenait au monde, et qu'il entendit les propos qui courent sur lui à Petit-Couronne, je suis sûr que le pauvre homme vendrait immédiatement le bien paternel pour se réfugier chez les Iroquois.
( i) Vovez à ce sujet mon livre « Paysages et Paysans normands.— Paris J. B BaiUière 1899.