‹ Autour de la maison de P. CorneilleChapitre 9 sur 15 · A PIERRE CORNEILLE · texte numérisé non relu

A PIERRE CORNEILLE

(Sonnet )

Passant, arrêtez-vous près des bords de la Seine Au milieu de ce champ rustique où les pommiers Ombragent le manoir du maître de la Scène Pour son fier souvenir remplacent les lauriers.

Couronne ! Nom choisi pour le berceau d'un

Prince !

Asile ou d'un enfant déjà prédestiné Dieu tira le génie, astre de la Province Qui pour notre vertu, dans cette ombre était né ! Là, Corneille revit dans sa grandeur austère Quand une ombre franchit le porche solitaire Où la main des Normands releva son blason.

Les héros qu'il a faits s'inclinent sur sa trace Et l'on entend, le soir, murmurer dans l'espace Les vers éclos jadis de la vieille maison.

yo Xov. 1879.

M. P. le Verdier, un autre académicien, se servant de la devise attribuée à Corneille « Et milii res non rébus me submittere conor * a écrit cette louange latine très heureuse « Tibi res submittendo non le rébus, tibi submisisli res, gentes ac tempora.» 30 Mars 1880.— J'en donne la traduction pour ceux qui ont

oublié leur latin : « En soumettant à toi les sujets et non toi-même aux sujets, tu as soumis les sujets, les nations et les temps I » Je crois interpréter la pensée de l'auteur , en traduisant res par sujet, comme l'a fait Corneille dans son avis « au Lecteur >) de sa tragédie de Xiconiède.

A propos de la devise citée plus haut, j'ai dit qu'elle avait été attribuée à Corneille.

D'après l'érudit rouennais si connu, M. F. Bouquet, cette devise ne lui appartenait pas ; le poète a emprunté ce vers à Horace, en le citant à faux «pour justifier la théorie dramatique qui lui est propre, et qu'il a appliqué dans tout son théâtre. » l )

Continuons notre lecture, nous trouverons immédiatement après , deux

(i) F. Bouquet. — Points obscurs et nouveaux de la vie de Pierre Corneille. Paris. Hachette 1888 . — Appendices p, 382.

noms bien connus des Normands, Henri et Edouard Frère, au bas de ce quatrain:

Que ne peux-tu venir, aine du Grand Corneille

Visiter nos esprits et les transfigurer,

Comme entre ces vieux murs que ta gloire ensoleille

Nous venons dans ton âme un instant demeurer.

i^ Avril i8So

C'est maintenant au tour d'une femme jeune fille ou dame vénérable, je ne sais au juste, mais en évitant de se faire connaître, elie a du moins prouvé qu'elle n'était pas restée indi fie rente à la lecture des œuvres de celui qu'elle chante, et cela en des vers qui ne manquent pas de charmes.

SUR LA xMAISON DE PIERRE CORNEILLE à PETIT-COURONNE

Passants, inclinez-vous devant cette demeure, Cet humble toit jadis eut sa gloire en son heure

Passants, le grand Corneille a vécu dans ce lieu Le temps qui tout efface et qui se fait un jeu De faire d'un palais une sombre ruine Semble épargner parfois une pauvre chaumine Et respecter l'éclat d'un beau temps disparu.

A l'abandon pourtant tout avait concouru Le fier dédain, hélas, la basse jalousie L'ignorance et surtout la vile hypocrisie Des grands d'alors tournés vers un autre soleil. Corneille cependant sous un affront pareil Restait calme et donnait ses chefs-d'œuvre .

On s'arrête Devant des monuments qui font lever la tcte Dont le luxe sMmpose à l'admiration.

Monuments tout remplis d'orgueil, d'ambition

Et devant la maison qu'habitait un grand homme Un poète applaudi qu'avec respect Ton nomme, On passe son chemin.

Ce grand siècle pourtant Aime la gloire, il pense, il cherche, et par instant Trouvant dans le passé des traces glorieuses Il s'enrichit encor d'épaves précieuses

Il arrache à Toubli quelque grand souvenir Et dans son testament le lègue à l'avenir.

Ah 1 souviens-toi, passant, dont la vue est errante Que de la tragédie à l'allure puissante Ici fut autrefois la maison, le berceau, Corneille, en son fécond et superbe cerveau Evoqua dans ce lieu les héros de l'histoire Dont les ombres parfois, quand la nuit est bien

noire Viennent mêler leur plainte à la plainte du vent, Et gémir sur les murs de ce tombeau vivant.

Ces murs qu'on délaissa, cette pauvre demeure Qu'habite désolée, une muse qui pleure Ce vieux nid, par Corneille autrefois habité Passera par ce siècle à la postérité !

Adrienne * * *

Croyez-vous aussi qu'elle ne soit pas juste cette boutade de M. V. Duchemiii ; « Dans le siècle de Victor Hugo, je regrette cependant Corneille ! »

29 juillet 1880.

Et pour terminer ce chapitre, nou? ^^alueions avec le savant M. F. Bouquet en latin et en français, la petite maison de Couronne.

Salut modeste toit, berceau de tant de vers. Dont les mâles accents ont ravi Tunivers !

Salve parva domus, tanti incunabula vatis Lœtus ubi latuit, dum carmen nobile condit.

25 Avril 1880

Je traduis encore pour ceux qui sont brouillés avec la grammaire de Lhomond : « Salut, petite maison, berceau d'un si grand poète oùjoyeux, il s'éclipsa pour composer ses chants sublimes ! »

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