‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 161 sur 352 · Le mot à Voreille. Recueil de Luynes, 1628, p · texte numérisé non relu

Le mot à Voreille. Recueil de Luynes, 1628, p

celles de la lame de Fancan, qui sont moins dangereuses mais plus visibles et peut-être plus douloureuses ; il a fallu l'audace accoutumée du pamphlétaire pour toucher ainsi le roi avec une malice raffinée aussi transparente, pour se permettre de rappeler de façon aussi libre le nonchaloir, l'inexpérience et le caractère timide du roi qui lui imposent.le besoin d'un favori tout-puissant et aussi son antipathie quasi instinctive pour Richelieu; le jeu était dangereux et ce dernier a dû trembler de se savoir à la merci d'un pareil avocat...

Il n'en avait pas fini avec lui ; La Voix publique ^ reprenait le même thème que le Mot à Yoreillc en le développant et en achevant de créer l'irrémédiable entre Richelieu et le Marquis, « lequel, disait-il, le craint comme le diable et le hait comme « la mort » ; mais tout en donnant le coup de grâce à celui-ci, il en arrive pour la première fois à faire l'apologie ouverte de son futur successeur; s'il lui reproche encore ses complaisances coupables, sa politique d'expectative et son inertie, il le loue maintenant enfin sans restriction de sa « probité, son courage et son zèle ^ » ; et il va jusqu'à lui donner en exemple le cardinal d'Amboise ; le mot ne tombait pas dans l'oreille d'un sourd, comme on verra plus tard, et Baudier après Sirmond devait être chargé, dix ans après, de reprendre la comparaison.

Richelieu a enfin abouti dans son patient travail d'emprise sur Fancan, mais pas au point d'en faire son homme lige ; il a pu, dans cette campagne, arriver à assouplir la plume du pamphlétaire jusqu'au panégyrique, quoique bien mitigé, mais il n"a point dompté son caractère ; dans son triomphe assuré, Fancan n'a pu s'empêcher de lancer un trait final qui révèle le fond de sa pensée ; il y a encore en lui de la défiance instinctive du début

1. Le titre n'était pas nouveau ; peut-être était-il emprunté intentionnellement à deux pamphlets l'un contre le Maréchal d'Ancre, l'autre contre les Jésuites, cp qui rentre bien pour tous deux dans les idées de Faucan. Ce sont : Le déflninient de la guerre appaisée par la Mort de Concino Concini Marqué d'Ancre, lequel a été carrabiné enterré, déterré, pendu, etc.. De l imprimerie de la Voix publique qui chante viuc le Roy et la Voix du peuple où sont les secrets d'Espagne et préparatifs du grand parti, traduit jouxte la copie imprimée à Madrid, 1621.

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