Mémoires, t. III, p. 1 et
276 AUTOUR DE 1,A PILME
« OU injuste, estrangere ou civile, pourveu qu'elle soit guerre ; « autres la désirent, mais poussez de divers mouvemens, la phi- « pari aux Hugiieiwls, et quelques-uns à P Espagnol... * »
Le cardinal du Perron, qui nous fournit l'autre témoignage, n'est pas davantage suspect de tendances antinationales 2 : « Au- « jourd'huy, le Roy d'Espagne, relève-t-on dans le Perroniana, « seul entre les Princes chrestiens est regardé et tenu pour prot tecteur de laReligion Catholique, et si nous avioqs une guerre « en France, on verroit tous les Catholiques jetter l'œil sur le « Roy d'Espagne et tous les Huguenots sur le Roy d'Angle- « terre ^ ». Il va de soi qu'il entendait parler d'une guerre civile religieuse, car cette sympathie purement confessionnelle qui, même pendant les moments les plus chauds de la Ligue, n'avait pas été exempte de défiance, était contrebalancée par l'antipathie héréditaire de la nation pour sa voisine, demeurée avant tout sa rivale traditionnelle pour la suprématie européenne, bien que devenue le champion de l'internationalisme religieux des « catholiques zélés ». Ces derniers, toutefois, ne constituaient ni la masse, ni le clergé gallican dont le nom seul indique assez les tendances ; pour tous deux, l'idée catholique et l'idée monarchique étaient inséparables; la réaction qui avait suivi la Ligue n'avait point affecté le fonds de ses convictions et si elle avait pu y amener quelque fissure avec le compromis qui avait assuré la couronne à Henri IV, les temps avaient changé avec Tavènement de son fils, et les énergies nationales traditionnelles s'étaient ressaisies et raffermies dans la consolidation de l'union confessionnelle de la royauté et du peuple. Entre les « catholiques zélés » et les « bons Français », la divergence était limitée à une élite intell ectuelle, seule capable d'apprécier les nuances, et la preuve en est que dans cette élite seule, les protestants et les catholiques se coudoyaient sans heurts, avec les ménagements réciproques des conventions mondaines et des tolérances passées dans les mœurs de Cour.
C'est assez dire que le roi, centre de tous ces éléments et personnifiant la nation, constituait pour Richelieu le danger suprême
1. Deialande, A Monseigneur V Illustrissime Cardinal de Richelieu, 1625, p. 7.