Avenel, Lettres..., t. VII, p
vrages ^ ; la filiation des rapports du cardinal et de Le Guay ne peut être plus claire, et l'œuvre de ce dernier se rattache ainsi intimement au cabinet de Richelieu. Elle n était point due à l'initiative de l'auteur ; sa déclaration, très explicite dans VAveriisseirient, en fait foi : « J'ay escrit sur ces matières traictées, dit-il, non « pas par mes propres décisions, mais par celles de plusieurs « personnages les plus irréprochables et traictées à la haste, qui « suit toujours une grande affection. » Le soin qu'il apportait plus haut à prévenir le lecteur qu'il n'avait vu les deux ouvrages antérieurs au sien (la Responce et le Catholique d'Estat) « qu'au temps que la dernière feuille de ce livre s'achevait d'imprimer », est en contradiction trop flagrante avec les faits pour être autre chose qu'une précaution contre l'accusation de plagiat ou de redite. L'étude très consciencieuse de l'abbé Dedouvres prouve, en effet, qu'il a emploj^é des éléments d'argumentation identiques à ceux des deux ouvrages précédents. L'auteur du Catholique d'Estat emploj^ait, de plus, exactement la même formule que lui vis-à-vis de la Hesponce ; la similitude du schéma permet donc de conclure rigoureusement à une communauté absolue d'origine pour les trois livres, de même que l'identité de la manœuvre accuse une communauté de provenance et de tactique. Du Guay n'a donc été dans l'occurrence qu'un des scribes à la solde de Richelieu ; son nom est à mettre à côté de celui de Fancan, et son ouvrage abrité derrière la responsabilitéd'un jésuite français fait partie intégrante delà tactique de Richelieu vis-à-vis de leur Ordre.
Elle n'avait pas échappé à l'œil subtil des Jésuites ; l'on a déjà vu, à l'examen du Miroir, qu'ils savaient à quoi s'en tenir sur Torigine de ce pamphlet etcomment ils l'avaient laissé entendre à mots couverts ^ ; ils n'étaient pas davantage les dupes des précau-
1 . La Practique chrestienne pour consoler les malades et assister les criminels qui sont condamnés au supplice .-, Paris, 1624. L'épître datée du 23 août 1624 et adressée au cardinal de Richelieu ne fournit aucun renseignement sur les relations qu'il pouvait avoir avec ce dernier. Cf Michault, Mélanges hist. et philos., Paris, 1770, t. I, p. 274.
2. Faut-il voir une allusion moqueuse de ce genre au pseudonyme de Guay sous lequel le P. Garasse, l'un des plus visés comme auteur de VAdmonitio, publiait à Paris, en 1625, son Nouveau jugement de ce qui a esté dit et escrit pour et contre le livre de la Doctrine curieuse du P. Fr. Garasse ?
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tions prises par Richelieu dans la publication du Catholique d'Estat sous le voile d un allonyme; mais ils en respectaient le secret, et cela pour plusieurs raisons. Richelieu est tout-puissant ; son amitié leur est précieuse ; de plus il est cardinal, et il personnifie les énergies gallicanes qu'il vient d'unir dans un faisceau menaçant. Leur intérêt personnel et l'intérêt de l'Eglise leur commandent donc de taire la vérité tandis que leur diplomatie aiguisée les met à l'aise avec l'adversaire qui leur est offert et qu'ils acceptent volontiers, aidant ainsi la tradition. La personnalité de Ferrier, un ancien ministre protestant converti, ancien auteur d'ouvrages retentissants contre l'Eglise, leur est une cible autrement propice que le manteau de poupre du premier ministre d'Estat ; puis n'atteignent-ils pas plus aisément le cardinal lui-même derrière son porte-paroles, tout en pouvant protester de leur respect pour le prince de l'Eglise ? De là une complicité tacite entre les deux adversaires, sur la véritable personnalité de l'auteur du Catholique d'Estat, et d'autant plus étroite qu'ils y sont plus intéressés l'un et l'autre, bien que pour des motifs différents. Une particularité le confirme encore, tout en renforçant notre thèse ; ces allusions voilées par lesquelles les ennemis de Richelieu lui font voir, et à lui seul, qu'ils ne sont pas ses dupes, se produisent de plus en plus à mesure que la polémique s'aigrit, et on les constate surtout dans les factums d'origine étrangère. La raison en est simple : les jésuites français ont plus d'intérêt que leurs confrères des autres nations, à ménager la haute personnalité avec laquelle
• ils sont en contact journalier, d'autant que certains d'entre eux, I même, ont avec elle de bons rapports personnels.
Voilà pourquoi, dans la polémique qui s'engageait à Paris sur
la personne de Ferrier, l'on ne rencontre que des allusions d'une
réserve extrême ; dans Y Apologie de Pelletier, que nous verrons
I tout à l'heure, il en est deux à relever : « choquer à tort et à tra-
* « vers, sous un manteau emprunté, tout ce que bon leur semble, « dit l'auteur, n'est pas un moyen de se rendre recommandable « au public ^ » Elle était précédée d'une autre, plus perfide, dans cette remarque à l'endroit du signataire du Catholique d'Ebtat, auquel on reprochait de n'avoir jamais rien écrit, depuis sa conver-
1. Censure de l'examen de l'apologie des Pères Jésuites en ce qui touche les Ministres convertis à la Religion caiholique, 1626, p. 50.
sion, qu'une méchante compilation qu'il s'était abstenu de défendre, tout en lui jetant à la figure son « mauvais style K »
Mais nous sommes là en France, et au lendemain de l'apparition du Catholique cl Estât ; plus tard, dans les phases postérieures, plus aiguës, le contraste sera plus accentué entre la réserve apportée, sous ce rapport, dans la polémique par les écrivains français, et les allusions, bien que très voilées, faites parles étrangers ; nous en avons déjà vu pour la première un exemple typique dans la Faulce glace, et nous en retrouverons un autre tout à l'heure dans les Raisons pour le désaveu, un document de la lutte dans l'Assemblée du clergé où l'attribution du Catholique d'Estat et autres pièces était faite à Richelieu sous la forme la plus courtoisement et ironiquement dissimulée. Les factums émanés de l'étranger mettaient moins de finesse dans leur discrétion, mais ce ménagement n'en est pas moins remarquable, si on l'oppose à la passion fougueuse qui les inspire, et cette observation vient encore à l'appui de l'existence de cette complicité tacite que nous avons signalée ; on voit par là le haut intérêt que présente à ce point de vue seul leur examen, à condition toutefois de tenir compte de la nature et de l'origine de ces sources, et de taire la part de l'esprit dans lequel ils ont été conçus.
Le plus curieux dans cet ordre d'idées, est la réponse que faisait en 1626 l'auteur ou se disant tel de VAdmonitio aux six ouvrages publiés en réplique à son livre à la fin de l'année précédente, tout en visant plus spécialement la Responce à VAdmonitio. Le Sapiens Francus (c'était son titre) examinait et pesait les motifs qui avaient guidé Richelieu dans le choix de ses porte-paroles, pour certains d'eux, et qui avaient inspiré l'anonymat pour les autres. Le document est précieux par les renseignements précis
1. * Car nul d'eux (les Ministres) ne luj' cédera jamais, ny on fidélité envers « leur Patrie, ny en suffisance de servir la Religion catholique à toutes occasions, « comme ils font par leurs escrils, et où M. Jérémie Ferrier a si mal réussi « jusques à présent, qu'on s'est tousjours plaint de ce qu'il ne mettoit jamais la « main à la plume pour soustenir la cause de l'Eglise. On a mesme remarqué (( qu il a bien sçeu dissimuler de faire aucune réplique au Livre qu'un Ministre « de Sedan fit contre ce ramas de matières, qu'il compila à sa bienvenue pour « s'essuyer le front des blasphèmes qiiil avoit autrefois publiez contre le pape « Clément VIII — Je ne scay si ce long delay à nous donner de ses ouvrages (( procède de la méfiance qu'il a de son mauvais stj'le, ou de crainte que le « second labeur ne fût pas accompagne d'un meilleur génie que le premier. » Ibid., p. 10.
qu'il donne sur les attributions des six ouvrages désignés, et qui semblent puisés à bonne source. Le qualificatif qu'il applique à Ferrier, auteur de l'unique ouvrage signé, est on ne peut moins ambigu : « Unius nominis suis prœstUiilor ». La suite le complète ; après avoir examiné les raisons qui ont mû les adversaires de \ AdmoniLio a taire leur nom, et après avoir montré combien cette réserve que rien ne justifie est inexplicable, le trait final n'en ditil pas long ? « An quia alius ista dictavit ? » Enfin, dans l'exposé des motifs qui ont pu décider Ferrier à mettre son nom sur un écrit « infâme ». « N'est-ce point, conclut-il, parce qu'il a jugé qu'il « devait rendre raison, non pas à lui-même, mais dictatori suo ^ ? « Le jeu de mots latin, de bon aloi du reste, est assez significatif pour le lecteur tant soit peu avisé.
Or, le Sapiens francus est l'un des pamphlets sérieux à la fois les plus violents dans le fond et mesurés dans la forme, qui aient paru contre le cardinal ; dans la même catégorie se range un autre, Scopœ Ferrerianœ paru postérieurement à celui-ci, et dans la 3* phase, qui est certainement la réfutation la meilleure et la plus complète qui ait été faite du Catholique d'Estat. Il s'attaquait uniquement à Ferrier, tout en se défendant d'incriminer les cardinaux dont il respectait, disait-il, le caractère sacré 2 ; le nom de Richelieu n'était pas prononcé une seule fois, mais l'insistance avec laquelle il donnait à son porte-paroles le titre de « pédant », un mot relevé dans le Catholique d'Estat, et qui était l'injure la plus sensible au cardinal, n'en était que plus significative ; et il terminait en comparant malicieusement VAdnionitio à d'anciens pamphlets, tels que la Voix publique, et la France languissante^ convalescente, mourante'^, écrits dont 1 opinion publique chargeait alors précisément le cardinal lui-même ; l'allusion ne pouvait être plus discrète ni plus claire !
Gomme le prouve la déclaration quelque peu naïve du P. Ga-
1. Sapiens francus G. G. R, Theologi et Admonitoris Regii nuper propter nimiain suam Sapientiain innocenter conibasti discipnlis, Parisiis, 1626, p. 5.
2. Scopœ ferrerianœ id est Tragicomœdiœ Satyricœ falso Catholici politici titulo o- Ferrerio gallo evulgatœ examen. Christianum, liberum, verax... Per Liberium Loquuntiuni. Ambosiœ apud Joannem Bonum sub intersignio Dacis Vindocinensis Anno 1626, p. 97.