Ibid., p
rasse, les jésuites français ne s'étaient point trompés sur l'ironie des flatteries de Richelieu à leur endroit ; se sentant visés par lui, ils employaient exactement sa tactique en le suivant pied à pied. Au Miroir anonj^iie, ils avaient répondu par la Faulce glace^égalementanonyme ; au Catholique cVEstat, qui portait le nom de Ferrier, ils répondaient par un ouvrage signé lui aussi, et d'un ancien ministre protestant converti, leur ami Pelletier, avec lequel Richelieu était particulièrement lié ' (un véritable sosie de Ferrier), bien que la rumeur publique en désignât comme auteur le P. Coton 2.
Après le désaveu de V Admonitio prononcé publiquement en chaire à Paris par les membres les plus en vue de l'Ordre, une riposte écrite semblait pourtant non seulement inutile, mais une lourde faute ; si le Catholique d' Estât était dirigé en réalité contre la doctrine internationale des jésuites, il ne renfermait contre eux aucune accusation ; il leur était même élogieux, tout au moins en apparence. N'était-ce pas un aveu que d'y répondre, pour se disculper ? Mais il y avait eu un autre facteur que le Catholique d'Estat dans les alarmes qui poussaient l'ordre à se disculper par leur panégyrique sous forme d'Apologie ; \ Admonitio avait provoqué contre les jésuites français et plus spécialement contre certains d'entre eux, une agitation à laquelle Fancan n'avait certainement pas été étranger avec son Miroir ; aidé de quelques amis, en partie familiers du cardinal et partageant ses idées, il surexcitait adroitement contre ces mêmes personnalités l'indignation populaire ; elle trouvait un écho multiple dans laSorbonne, l'ennemie née des jésuites ; celle-ci allait prendre en main la cause du Catholique d'Estat, à propos de V Apologie, avec des péripéties qui aboutissaient finalement à une évocation devant le roi ; nous ne les suivrons pas, car elles sortent de notre cadre, nous bornant à constater combien, au point où nous en sommes, le débat de principes a été habilement dévié et localisé ; la polémique est portée maintenant en France, en français, entre Français, et pour des intérêts français ; Richelieu a en partie atteint son but.
1. L. Delavaud, Quelques collaborateurs de Richelieu (Rapports et notices suri'édit. des Mémoires de Richelieu, Paris, 1914, t. II, p. 102).