‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 260 sur 352 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

h'Admonitio et le Catholique d Estât devant FAssemblée du Clergé. Le Jugement de l'évêque de Chartres et les Raisons pour le désaveu.

Avant que la Faculté de théologie eût été saisie de VAdmoiiitio, le libelle avait été porté devant l'Assemblée du Clergé, réunie à ce moment ; le 7 novembre, elle nommait un rapporteur, Léonor d'Estampes, évéque de Chartres, qui venait d'être chargé par elle, quelques jours avant, d'aller soutenir à Rome sa Déclaration contre les Réguliers, et la soumettre à l'approbation du Saint- Père.

Le clergé français n'était certes pas moins patriote que la Sorbonne ; mais ses idées moins homogènes obéissaient à une tournure d'esprit différente sous l'empire de causes multiples : son éloignement habituel du pouvoir central, sa situation plus indépendante, ses vieilles querelles avec le Parlement, des considérations locales d'ordre ecclésiastique, le souvenir plus vivace et des persécutions religieuses et de la Ligue, une compréhension différente de la tradition doctrinale. De plus, l'Assemblée sortait à peine des discussions passionnées sur l'affaire des Réguliers qui touchait à des points épineux de discipline et de hiérarchie concernant principalement les Jésuites ; cette dernière considération seule faisait prévoir des complications inévitables, intéressés comme l'étaient ces derniers dans cette affaire ; les ennemis de Richelieu avaient visé juste en l'attaquant de préférence sur le terrain religieux.

Les intrigues commencèrent vite ; nous n'en citerons qu'une rapportée par le P. Prat auquel nous empruntons en grande partie cet historique ; elle est, à elle seule, assez significative, car les défenseurs deVAdmonitio ne pouvaient se placer qu'au point de vue de la doctrine étroite pour combattre le Catholique d'Estat ; le cardinal de Sourdis le premier se faisait, sciemment ou non,

leur porte-parole, et dénonçait ce dernier ouvrage à l'Assemblée dans sa séance* du 24 novembre ; il représentait : « qu'il estoit « venu à sa connoissance que certain libelle couroit par tout Paris, « intitulé le Catholique (ÏEstal, duquel titre plusieurs du Parle- « ment auroient pris sujet de scandale, et tel qu'il estoit vraysem- <( blable que le Parlement feroit, par arrêt, effacer cette intitula- « tion ; ce qu'estant il seroit trouvé fort mauvais que l'Assemblée, « composée d'un si grand nombre de Prélats, et à qui il touche « d'une obligation particulière d'arrester tels scandales par les « censures ordinaires, n'eust fait ce que tous les gens de bien ont « raison d'attendre d'une si auguste et célèbre Assemblée, consi- < dérée mesmement que l'auteur est un pensionnaire du clergé (( de France sçavoir Ferrier, jadis ministre de Nismes. »

C'était un coup droit pour le cardinal qui devait s'y attendre ; l'incident montre, en tout cas, que le petit cénacle qui avait collaboré à l'ouvrage avait bien gardé le secret, et que le Catholique iVEstat avait produit dès son apparition dans le milieu parlementaire un scandale et soulevé une hostilité qui expliquerait le réquisitoire des Considérations cV Estai.

La riposte ne se faisait pas attendre; elle éclatait quelques jours après, et par l'intermédiaire du rapporteur de l'Assemblée luimême, Léonor d'Estampes, dans des conditions assez obscures qui mériteraient un éclaircissement. D'après le P.Prat ', une fois son travail rédigé, et avant qu'il en fût délibéré devant l'Assemblée, l'évêque de Chartres le faisait imprimer en latin, et insérer en français dans le Mercure français sous la date du 13 décembre 1625 ^ ;

l.P. Vvat, Recherches hist. et crit. sur la Compagnie de Jésus, Lyon, 1876, t. IV, p. 697.

2. Le Mercure français, t. XI, p. 1063 et suiv., reproduisait textuellement la traduction française faite par Pelletier et parue sous le titre : Déclaration de Messieurs les Cardinaux, Archevêques, Evesques et autres ecclésiastiques, Députez en r Assemblée générale du Clergé de France, tenue à Paris, touchant certains libelles, faicls contre le Roy et son Estât..., Paris, Ant. Estienne, Imprimeur ord. du Roy 1625, avec privilège de Sa Majesté. Pelletier devait peut-être sa disgrâce à cette traduction qui paraît quelque peu étrange sous la plume de l'auteur de l'Apologie ou Défence pour les Pères Jésuites et surtout de la première réfutation du livre De Ecclesiastica et Politica Poteslate du Docteur Richer, imprimé en 1612 (Anti-Cotton, n"» édit. précédée d'une déclaration hist. et crit. sur ce fameux ouvrage, La Haye, 1738, p. 16) ; comme on le voit. Pelletier prêtait quelque peu indistinctement ses services à tous les partis catholiques ; le fait prouve aue les instruments de Richelieu et des Jésuites étaient loin d être dans le secret de leur polémique, et il confirme ce que nous avons dit de ses dessous.

d'après l'abbé Puyol ^, appuyé sur le témoignage de Vittorio Siri, la censure lue en assemblée générale et approuvée par la majorité des évêques, n'avait plus qu'à être traduite en latin et publiée, lorsque, sur les remonstrances du Nonce qui ébranlèrent un certain nombre d'entre eux, les évêques reculèrent devant l'adoption d'une décision qui renfermait des déclarations de principes opposés aux doctrines romaines ; bien que leur collègue eût publié sa censure, ils la désavouaient, en adoptant le 12 janvier 1626, sur la proposition du cardinal de La Valette, l'ami dévoué de Richelieu, une formule qui condamnait le Mysleria et YAdmoiiitio, mais comme celle de la Sorbonne : « sans préambule et sans exposition de doctrines. »

L'Assemblée avait déjà donné satisfaction à Richelieu, par son approbation implicite du Catholique (TEslat, car, dans sa séance du 27 décembre précédent, elle avait reconnu « la vertu et le mérite du sieur Ferrier » qu'elle estimait encore digne de ses bienfaits ; mais sa décision du 12 janvier arrivait trop tard, et lorsqu'elle voulut la ^Dublier, elle se heurta au Parlement qui avait fait sienne la censure de l'évêque de Chartres, et, par un arrêt rendu le 21 janvier 1626, l'avait consacrée formellement comme définitive et irrévocable.

Le Parlement cassait la délibération de l'Assemblée et, par arrêt du ISfévrier, confirmait celui du 21 janvier précédent; finalement, après une tentative d'évocation au Conseil restée sans résultat» l'Assemblée était obligée de se dissoudre le 22 février 1626.

Elle se trouvait donc, de ce fait, à la fois sous le coup d'inculpation d'une adhésion tacite à la doctrine du Jugement de l'évêque de Chartres publié en son nom, en même temps que de l'humiliation des arrêts du Parlement; c'était le conflit entre les deux corps, un nouvel incident de l'éternelle lutte due aux rapports étroits et constants du temporel et du spirituel. Le Clergé ne voulut point céder, et les membres de l'Assemblée encore présents à Paris se réunissaient au nombre de 49, dont 2 cardinaux, 9 archevêques et31 évêques, à l'abbaye de Sainte-Geneviève avec le consentement du cardinal de La Rochefoucault ; la résolution adoptée après une délibération de deux jours (26 et 27 février) aboutissait à une déclaration solennelle qui, en apparence, tout au moins, répon-

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