Puyol, Edmond Richer, Paris. 1776, t. II, p. 2G
DU CARDIAAL DE lUC.IIKLlEU 371
dait au désir de Richelieu ; elle maintenait, en effet, la censure prononcée le 12 janvier précédent contre le Mysteria eiVAdmonitio, mais elle était suivie du désaveu du Jugement de l'évêque de Chartres.
Une rétractation de ce dernier eût assuré au clergé l'union nécessaire pour résister aux prétentions du Parlement et supprimé dans ce conflit la complication résultant des divergences dans la doctrine ; son obstination à ne pas céder prolongea la crise. Nous n'entrerons pas dans le détail des concessions partielles et conditionnelles qu'il fit d'abord, appuyé par les évêques de Soissons et d'Avranches, avant d'en venir trois jours après, le 29 février 1626, à une adhésion assez vague à la Déclaration du Clergé.
De ce côté, la crise était terminée ; mais le conflit subsistait toujours, aussi aigu et aussi insoluble, entre les deux corps, et à tel point que le cardinal, pour y mettre fin, engageait le roi à évoquer l'afl'aire devant lui.
Ajoutons en passant que ce n'était qu'une accalmie provisoire ; au lendemain de cette affaire, l'apparition du livre de Sanctarelli ^ soulevant à nouveau la question de la souveraineté des rois, réveillait les passions déjà surexcitées ; mais cet incident sort de notre cadre, et nous le signalons uniquement parce qu'il reviendra dans les pamphlets postérieurs.
Cette exposition sommaire, bien que rendue très longue par la multitude des incidents, était nécessaire au préalable pour l'examen, à notre point de vue, des deux ouvrages qui marquent les points saillants de cette lutte : le Jugement de l'évêque de Chartres et les Raisons pour le désaveu du cardinal de La Rochefoucauld ^. La plume de Richelieu y joue un rôle trop considérable, non seulement par le Catholique d'Estat mais par ses ouvrages antérieurs, pour les laisser de côté dans cette étude ; nous anticipons ainsi, à nouveau, sur Tordre chronologique, mais il le faut pour épuiser le procès du Catholique d'Estat devant le Clergé de France.
1. Tractatus moralisde hœresi, schismate> apostasia, sollicitatione in sacramento penitentiœ... Romœ, 1625, in-4''.
2. Raisons pour le désaveu fait par les evesques de ce roiaume d'un livret publié avec ce titre: Jugement des cardinaux, archevesques, evesques et autres qui se sont trouvés en l'Assemblée générale du Roiaume, sur quelques libelles diffamatoires sans les noms des auteurs. Contre les Schismatiques de ce tems : Par François Cardinal de La Rochefoucauld Grand Anmosnier de France : Au Rog Louis XIII Rog tres-chrestien de France et de Navarre. A Paris, 1626.
Le Jugement de l'évèque de Chartres était bien fait pour émouvoir le clergé ; il touchait par quelques propositions hardiment avancées à des points délicats de principe sur le Régalisme et les rapports entre le spirituel et le temporel qui avaient soulevé des controverses célèbres et passionnées, et causé un conflit aigu entre les Ordres aux Etats de 1614 ; l'agitation due au Richerisme avait encore exacerbé la question. Léonor d'Estampes rompait avec la sage tradition des grands politiques d'Eglise qui avaient prudemment reculé, comme trop délicate, la solution du litige, et il le faisait par des affirmations qui rappelaient les plus grandes audaces de l'histoire ecclésiastique. Il serait téméraire de vouloir démêler exactement les motifs qui l'avaient inspiré ; d'après quelques-uns, il aurait obéi à un sentiment de courtisanerie royale ^ ; d'après un autre, il y aurait vu un moyen de se venger de l'opposition que le P. Coton et ses confrères avaient faite à sa Déclaration, touchant les Réguliers ou à l'esprit qui l'avait dictée ; mais la question n'en est pas moins intéressante, surtout au point de vue qui nous occupe et qui est d'un ordre particulièrement délicat ; car elle entraîne celle de la participation possible de Richelieu au Jugement.
Sans y attacher plus d'importance que ne le mérite ce détail qui a été relevé parles ennemis de Richelieu, dont l'évèque de Chartres sa créature n'aurait été, disent-ils, que le scribe ' et l'instrument 3, l'hospitalité accordée au Jugement par le Mercure français^ constituerait une présomption d'une certaine valeur. Assurément, il serait séduisant d'admettre que Richelieu a voulu créer un imbroglio en mettant aux prises le clergé et le Parlement, et faire naître ainsi l'occasion d'intervenir comme pacificateur, en béné- i ficiant ensuite des concessions que, dans une lutte sans issue, les adversaires font au tiers qui apporte la puissante intervention d'une autorité supérieure ; mais bien que son génie de haute intrigue la rende admissible, l'hypothèse ne peut se soutenir.