‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 277 sur 352 · Ibid., Quœst. I, p · texte numérisé non relu

Ibid., Quœst. I, p

11. Un passage d'un beau mouvement donnera, malgré ce qu'il perd à la traduction, une idée du genre de la violence de ce pamphlet : « Ou, quand et « comment sera enterré Tillustrissime Seigneur ? Qui suivra ses funérailles ? « Léguera-t-il, en mourant, ses biens à la Sorbonne, et lesquels ? Son bréviaire « ou son épée ? Son bonnet rouge ou son casque ? Et où son brévaire sera-t-il « posé ? A ses pieds, parce qu'il l'a foulé ? ou devant ses yeux, pour qu'il corn- « mence à le lire ?... » Resolutiones, Quœst. IV, p. 12.

rain politique comme sur le terrain religieux, il pouvait se défendre ; sur le terrain personnel, il n'avait pas en réalité d'adversaire en face de lui qu'il pût en rendre responsable et auquel il pût riposter. On l'avait comparé à un loup, et avec quelque raison, car il était traqué comme une bête fauve, et des quatre coins de l'Europe ; en même temps que les ResohitioneSt paraissaient deux pamphlets surtout politiques, en vers latins octosyllabiques, le premier en janvier, le Rhythmiis pacificiis, dédié aux Ordres de Hollande, en 100, le second, Visio Algazabel ^, en 92 quatrains, et terminé par une épitaphe ; la Veritas odiosa ^ enfin, un factum confus de la même époque, qui reproduisait des passages entiers de la Relatio, achevait de symboliser le caractère de cette campagne, car elle était un mélange de latin, de français, d'italien et d'allemand.

Ceci explique brièvement la nature de la riposte de Richelieu, riposte de coups de boutoir, rapideset furieux donnés de tous les côtés à la fois, sans ménagements, comme sans mesure, mais avec un art consommé dans la violence. Le nom de Fancan vient naturellement ici à l'esprit, et c'est lui, en effet, que l'on voit rentrer en scène, employant au service de son maître sa plume acérée.

La dernière page de la Veritas odiosa lui en inspirait la forme la plus commode, avec son essai de catalogue de bibliothèque imaginaire ^ ; l'idée n'était pas nouvelle ; ce genre satirique avait été employé récemment dans deux pamphlets de 1615, *, écrits tous deux dans le même sens politique, et par Rabelais qui, après d'autres, ^ en avait fait usage pour sa bibliothèque de Saint- Victor,

1. Louis XIII y était traité de pseudo-rex jiivenculus, et le duc de Savoie de Gibbosus (p. 3|, une épithète que Richelieu employait plus tard coutre son ancien allié devenu son ennemi, par la plume de Saint-Amand.

2. Veritas odiosa, fragmenta varia colloquii Machiavelli et Mercurii, 1626^ ex schedis M. S. Richardi Attoniti Eboracensis, proto-cancellarii nupev classis anglicanae Oxonii, apud Guulthtruin Mupes, Academite Bidellum, iu-4'', 30 p.

3. Veritas odiosa, p. 30. Son catalogue final est un mélange de titres d'ouvrages réels et imaginaires.

4. Extraict de Vinvcntaire qug s'est trouve dans les coffres de M. le chevalier de Guise, par mademoiselle d'Aniraige et mis en lumière par M. de Bassompierre. Avec un hrief catalogue de toutes les choses passées..., 1615, in-8'> [Variétés hist. et lit., t. V, p. 147). Bibliothèque imaginaire de livrets, lettres et discours imaginaires, 1615.

5. Catalogus Papœ et Mosis. Caialogus testium veritatis ex Sanctis Patribus, (Index Auctorum et librorum, 1569.)

était redevenu d'actualité avec le titre d'un ouvrage fameux du P. Garasse '. Fancan l'utilisait à son tour et de main de maître avec son Catalogiis libroriim ^ ; ce libelle mérite une étude complète, car il marque le point d'acuité maximum de la polémique, et il a attiré l'attention de tous les contemporains, au point d'amener Richelieu à s'en excuser, après lui avoir valu toute une série de libelles encore plus sanglants que les précédents.

Si l'on aborde le Catalogiis en lui même, on reconnaîtra qu'à ne considérer que la forme, il sort de la main, non point d'un théologien ou protestant ou catholique, mais d'un pamphlétaire exercé et d'un maître ironiste qui ne peut être que Fancan ; seul « le railleur indiscret », comme Richelieu lui-même appellera un jour l'auteur de ce libelle, a pu, sous cette allure fantaisiste, donner ainsi libre cours à ses rancunes haineuses et à sa verve bilieuse. Il est bien difficile de dire la part qu'y avait Richelieu, mais pour qu'il en excusât l'auteur, comme il l'a fait plus tard, il fallait qu'il fût sorti de son cabinet, mais fort probablement à son insu ; peut-être, comme pour leiW/rozr, l'a-t-il tout au I plus laissé faire, mais nous ne le pensons pas ; convictions mises I à part, Richelieu était trop diplomate pour brûler ainsi brusquement ses vaisseaux, et ruiner dans un accès de colère son œuvre de longue patience.

La forme extérieure du pamphlet comme papier, composition,

justification, et format même, lui donnent pourtant bien l'aspect

1 d'un document quasi officiel ; mais contrairement aux premières

\ apparences, ce détail permet précisément d'avancer que Riche-

1 lieu ne l'a connu qu'une fois publié. Ainsi qu'on le verra, il a

' fait paraître plus tard les pamphlets qui le défendaient, sous

une forme clandestine, comme des libelles honteux, afin de

dissimuler leur origine ; plus que pour tout autre, il n'aurait pu

omettre pareilles précautions pour celui-là dont il pouvait mieux

que personne apprécier la portée ; c'est à son insu certainement

Page 1