‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 315 sur 352 · Response au manifeste .., p · texte numérisé non relu

Response au manifeste .., p

^.Ihid.... « Reprochant,.., p. 49, 5 fois. Ce Roy..., p. 52, 5 fois.

pamphlétaire ; le fait est que pour la première fois clans la Lettre déchiffrée, comme dans le factum que nous examinons, et dans celui qui le suit, l'on constate, disséminées dans tout le texte, des phrases hachées, courtes, incisives, qui détonnent au milieu de ce style suivi aux phrases longues et bien enchaînées ; là est l'œuvre propre de Richelieu ; elles sont comme des témoins du canevas du maître que l'écrivain artisan a respectés dans le développement qu'il avait à faire, et qui sont comme des points d'arrêt imposant une barrière au flux de sa rhétorique.

Dans le factum qui nous occupe, l'éloge du Cardinal est traité avec une sobriété qui contraste avec la prolixité de la Lettre déchiffrée sur ce point ; ha HocheWe va être prise, mais Richelieu qui n'a rien oublié se contente de se réclamer du titre de « Cardinal Rochelois » ^ qu'on lui a jeté ironiquement à la face dans la j>ériode précédente ; avant tout, il s'efface derrière le roi et son mot d'ordre est bien suivi. Malgré l'importance de son rôle dans cette politique qui était toute sienne, le concert encomiastique des écrivains et des poètes ne visait, après la victoire, que le roi seul ; le Cardinal étaittotalement oublié, même dans la réception triomphale que Paris faisait au premier, et dans les cérémonies qui célébi^ient son retour - ; attentif comme il l'a été à ne rien distraire à son profit de ces lauriers, et à éviter de provoquer la susceptibilité jalouse et l'humeur ombrageuse de Louis XIII excitées contre lui ^, lui seul, dans la Responce au manifeste, a été capable, à ce moment, de doser aussi savamment, dans un factum public, sa part de gloire, et avec une telle prévoyance, tout en faisant sentira sonadversaire le poids de son inimitié.

1. Response au manifeste .. Recueil de div. pièces.., 1635. p. 54.

2.jy\x^rç\x\, Les antiquitez de la villede Paris, 1640. J.-B Marchand. Eloge» et discours sur la triomphante réception du roy en sa ville de Paris, après la réduction de la Rochelle..., Paris, 1629.

3. «... En toutes les entrées qui lui étaient faites à son retour de Montauban « par les villes où le portait sou chemin, on ne lui pouvait jamais persuader de « prendre le Dais ; quoyque ce fut un honneur que l'usage commun déférait « en telles cérémonies au moindre Gouverneur de Province, ou Lieutenant de « Roy. Une compagnie mesme de Justice s'estant résolue de le venir saluer en « robes rouges, il leur faisait entendre qu'il falloit garder ceste couleur pour « celu}' qui la leur avoit donnée. Advertissement aux provinces sur les nouveaux mouvemens du Royaume par le sieur de Cleonville, 1631 (Recueil de div. pièces pour servir àlhist., 1635, p. 509.)]

Il est difficile d'articttler un nom pour le collaborateur anonyme choisi par Richelieu ; peut-être était-ce Sirmond qui a été mis en avant pour la Lettre déchiffrée ; la question présente en tout cas bien peu d'intérêt, car sa part était si faible, dans ce factum où le développement lui était tracé par une trame aussi serrée, que sa personnalité ne pouvait que disparaître dans un labeur ne lu; laissant aucune initiative.

Les mêmes circonstances se répétaient pour le libelle qui paraissait deux ans après S alors que la guerre était déjà engagée autour du duché de Mantoue ; mais la signature qui l'accompagnait, « François de Vella}^ », nous révèle sans conteste cette fois le scribe employé par Richelieu, Mathieu de Morgues, originaire de cette province, et sa déclaration postérieure ^ provoquée par l'un de ses ennemis ^ achève de lever tous les doutes.

Une phrase de lui explique et fait comprendre la part qu'il y avait eue, tout en mettant en lumière le genre de travail de son confrère dans le factum précédent et dans ceux qui vont suivre : « Je n'ai peu, dit-il, refuser d'en adoucir le stile » ; voilà bien qui montre le labeur imposé par Richelieu à ses secrétaires, labeur ayant uniquement pour objet de relier les notes hachées du maître, de rendre par une périphrase un mot trop concis, de donner une foraie non pas littéraire, mais suffisamment explicite, sans en dénaturer le sens, à une phrase trop « serrée », aune

1. Lettres^ déclarations et manifestes de Son Altesse de Savoije examinez : Intentions de Sa Majesté et actions de Monsieur le cardinal de Richelieu justifiées, Dans laResponsed'un Bressan à la Lettre d'un Savoyard, 1630.

2. « En la page 110. On fait Sainct Germain aulheur de l'Examen des manî- « ftes»les de M. de Savoie. Ou peut dire que cetie pièce a este faicle et dressée « par le cardinal, qui seul avoit les mémoires : Sainct Germain n'a peu refuser « d'en adoucir le stile ». [Reparties sur la Response d la Remonstrance du Rog, 1633. (Div. pièces pour la défense de la Reyne-mère... Anvers, 1643, p. 173.)]

3. « Cet Escrivain dit tout le contraire de cela en l'examen qu'il a fait des » Manifestes du duc de Savoye, où il dit les paroles suivantes, que pour sa con- « fusion je veux rapporter icJ^.. » [Response au libelle intitulé Très^humhle, irès-

" véritable et très-importante Remonstrance au Roy, 1632. Recueil de div. pièces . I pour servir à l'Hist., 1635, p. 624.]

expression trop nerveuse dans son laconisme, de traduire en langage courant un calcul numérique trop difficile à saisir par le public, dans sa brièveté d'une rigueur mathématique. Et même, sans cet aveu de Mathieu de Morgues, dévoilant un pseudonyme transparent, la main de Richelieu n'y serait-elle pas apparente, d'après cette dernière remarque, avec ces détails de chiffres sur la question des ravitaillements et des subsistances ^ où le duc de Savoie avait montré sa cauteleuse duplicité et à laquelle il attachait l'importance que l'on sait.

Ces quelques factums préludaient à la polémique de Richelieu avec la famille royale ; et cela par l'importance que prenait l'affaire du Montferrat et du duché de Mantoue dans sa rupture d'abord avec le duc d'Orléans, puis avec la reine mère.

L'inimitié du premier pour le Cardinal datait de loin ; il suffit de rappeleY les incidents de son mariage, l'affaire de Chalais, l'emprisonnement d'Ornano ; quant à son hostilité sj^stématique vis-à-vis du roi, déjà manifestée pendant le siège de la Rochelle ^, elle s'était précisée lors de l'expédition d'Italie dont il s'était vu refuser le commandement, et sa retraite à la cour de Lorraine au commencement de septembre 1629 avait accentué leur désaccord. La reine mère, dont il était le préféré, avait épousé facilement son ressentiment contre le Cardinal ; déjà ses sympathies pour lEspagne et la cour de Rome, appuyées de celles d'une partie du Conseil, puis de Marillac et du P. de Berulle, s'étaient fait jour par une hostilité marquée contre lui, lors de sa résistance aux

1. Le soin minutieux avec lequel Richelieu y règle à celte occasion le prix des étapes (p. 73) donne lieu à un rapprochement curieux : la somme de quatorze sols convenue avec le duc de Savoie pour chaque homme de pied par étape est précisément le salaire des palefreniers d« la grande Ecurie du cardinal en 1639, et celle de vingt sols attribuée par cheval est bien près de celle de dix-huit sols qu'il paje par jour en cette même année à Senechal, l'entrepreneur de ses Ecuries, une somme un peu plus faible, i: est vrai, mais qui s'applique ici à l'année tout entière, sans distinction, périodes de repos comme périodes de vojages (La maison du card. de Richelieu, chap. xiv, p, 311). On voit que Richelieu n'oublie rien, dans sa documentation précise, de ce que lui a appris l'expérience.

2. Mémoires de feu M. le duc d'Orléans..., Amsterdam..., 1685, p. 83.

prétentions du légat, en 1625, dans l'affaire de la Valteline * ; plus tard, la scène violente qui avait lieu à la Cour, au retour de Richelieu à Fontainebleau, le 13 septembre 1629, d'après un récit de Mathieu de Morgues, confirmé parle P. Griffet ^ faisait présager la rupture définitive.

Un factum inspiré probablement par le duc d'Orléans, et paru sans doute avant ce dernier incident, donnait lieu à une première escarmouche ; Richelieu qu'il visait ny répondait que six mois après 3, en mettant ce retard sur le « respect deu à celuj^ duquel « on avait pris le nom pour servir de passeport à ce libelle inju- « rieux », et « pour avoir sceu », ajoutait-il, que « l'Italie, l'Espagne, « l'Angleterre et l'Allemagne l'a voient traduit en leurs langues ». Dans la préface, il constatait amèrement qu'il n'avait rencontré aucun contradicteur, et que « parmy tant de gens qui adorent les « puissances, personne n'avoit monstre son amitié en mettant la «plume au-devant de tant de calomnies ». L'aveu est bon à retenir, car il prouve la puissance de la faction hostile au premier ministre, la pénurie de son cabinet actuel en écrivains de combat, et le sentiment qu'il avait de son isolement au milieu d'une atmosphère de convoitises déçues et haineuses qui escomptaient déjà sa chute.

Le ton de cette pièce s'en ressent avec sa nervosité et son indignation contenues, qui jurent trop avec le souci de l'auteur d'expliquer son intervention ; c'est bien l'intéressé lui-même qui a voulu prendre, dès le début, la précaution de dissimuler sa personnalité en expliquant que, devant une telle injustice, il s'était « résolu de prendre la cause de Richelieu, puisque luy « mesme méprise d'entrer en lice comme un autre Alexandre qui « ne vouloit comparoistre aux jeux olympiques que contre des « Roys '• » .

Ce document émane donc de Richelieu lui-même, aidé, suivant son usage, de l'un de ses secrétaires ; en lui-même, il n'a rien de remarquable, et il serait à classer au nombre des productions quelconques de son cabinet, si une particularité curieuse n'en

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