‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 329 sur 352 · Lettre de change protestée, p. 21, Ibîd · texte numérisé non relu

Lettre de change protestée, p. 21, Ibîd

Voilà un trait qui fixe avec une précision quasi mathématique la nature des rapports de ces deux hommes, et il est indiscutable, car il émane de Mathieu de Morgues lui-môme qui s'en est fait gloire, sans avoir compris à la réflexion, en l'écrivant, le dédain ironique de Richelieu à son égard ; il n'est pas moins précieux en ce qu'il confirme ce que nous avons dit de sa sincérité naïve, qui est encore corroborée par le détail qu'il donne lui-même de ses relations avec le Cardinal ; en dehors de son concours comme écrivain, il invoque les services signalés qu'il lui avait gracieusement rendus et les énumère : « la recherche exacte, faite dedans « et dehors le Royaume, des papiers, mémoires, instructions et <( traittez qui le pouvoient rendre scavant dans les affaires estran- « gères, et un grand nombre decuriositez, et agréables inventions « qu'il a désiré, et paj^é, ajoutait-il amèrement, d'un remercie- « ment suivi le lendemain ou même le jour d'un mauvais office « dans l'esprit de la Reyne, et surtout auprès du Nonce de Sa « Sainteté ^ ..»; ailleurs, il nous apprend aussi lui-même que Richelieu « a souvent employé et esprouvé son esprit en choses « solides et curieuses, en Latin, en François, en prose et en « vers... » ; tout cela n'a rien de commun avec une collaboration quelconque sur le terrain de la politique militante, pas plus que la Jurisprudence et la Médecine, deux sciences dont Mathieu de Morgues se vantait d'avoir les clefs ^, et qui ont dû être, la dernière surtout, un sujet de contact fréquent entre ces deux hommes, comme nous le verrons plus loin.

Le témoignage de Richelieu lui-même vient s'y ajouter, et avec des garanties hors de pair, car il est fourni par ses Mémoires. Comme on le sait, cet ouvrage est fait de notes volantes qui ont été reliées par un ou plusieurs secrétaires ; or, si à l'époque de son pouvoir, ces notes ou documents ont été empruntés par Richelieu à des tiers mêlés aux affaires, il n'en est pas de même de ceux qui lui ont servi pour la période antérieure de sa vie ; il ne pouvait les puiser que dans son fonds propre, et cette partie de ses Mémoires est, pour ce motif, un reflet de préoccupations ou soucis personnels, de lectures, de conversations ayant surtout et natu-

1. Reparties sur la Response à la Remonstrance au Rog. Div. pièces pour la déf. de la Reyne-mère..., Anvers. 1644, vol. II, p. 149.

2. Lettre de change proteslée,.. p. 15. Div, pièces..., Anvers, 1644.

rellement trait aux événements du jour ; l'un d'eux est certainement la mort de Marguerite de Valois qui n'avait en lui rien d'assez saillant pour justifier la place qu'elle occupe dans les Mémoires ^, avec ces quatre pages en désaccord avec la concision raffinée habituelle de Richelieu ; elles font le pendant de l'oraison funèbre de la reine défunte prononcée par de Morgues ^, et le long paragraphe des Mémoires consacré à ses libéralités n'est que l'écho des longues doléances de ce dernier d'abord exposées dans l'oraison funèbre, avant d'être le sujet d'interminables causeries ; n'est-il pas même fort possible que Richelieu y ait pris l'idée première de son Académie, avec cette « volière de Psaphon » que le pamphlétaire lui rappellera un jour 3, peut-être intentionnellement ?

Tels sont les éléments avec lesquels de Morgues a pu apprécier Richelieu et le juger ; grâce à cette fréquentation assidue, rien de son caractère, de son tempérament, de ses procédés ne lui a échappé, mais à un point de vue uniquement extérieur et superficiel ; il n'a pas été au delà et n'a pas su approfondir; il s'en est tenu aux petits côtés pour ainsi dire journaliers de son sujet, et à la mécanique de ses ressources, sans les grouper, en faire la synthèse, et en rechercher les causes ailleurs que dans de petits calculs intéressés ; pour lui, tout s'est résumé dans la lutte de Richelieu avec son entourage immédiat, et dans la diplomatie des intrigues quasi domestiques, sans avoir autre chose qu'une notion confuse de ses grands desseins : il n'a pas compris ce qui faisait son génie, et il a pris pour son but ce qui n'était que les moyens pour y parvenir. Son témoignage est encore là pour le prouver : « Il a vu, dit-il en parlant de Richelieu, avec quelles peines il a « monté là où il est, il sait combien il a travaillé pour s'y main- « tenir, et juge assez bien de l'appréhension qu'il a d'en des- « cendre ^. »

Au demeurant, le pamphlétaire restait dans son rôle avec cette

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