Test, pol., t. i, chap. viir, secl. II, p
et en apparence anormale d une conscience scrupuleuse avec un esprit de décision invariable ; les deux caractéristiques sont notées soigneusement par de Morgues; il le représente comme « timide de son naturel ^ », après lui avoir reproché auparavant, d'abord son audace 2, puis d'avoir « une telle impétuosité à aller « à ce qu'il voit devant lui qu'il ne tourne jamais la teste pour voir « ce qu'il a laissé derrière 3 » ; après la mort du Cardinal, il s'arrêtait, il est vrai, à cette dernière '^, qui répondait le mieux aux apparences de sa vie extérieure, et nous devons signaler ici, pour y revenir plus loin, que de Morgues fixait ainsi déjà sur ce ,^point la légende future.
Ce qui précède n'a qu'une importance secondaire et constitue un hors-d'œuvre dans l'étude de fonds de l'œuvre de Mathieu de Morgues ; son but n'était pas seulement de frapper Richelieu dans son nom, dans son orgueil et sa vanité, dans ses goûts, dans ses faiblesses, dans ce qu'il avait de plus intime; avant tout, il voulut ruiner le premier ministre dans l'esprit du roi, encore plus que dans l'opinion publique, et le titre de son premier pamphlet adressé à Louis XIII sous forme de supplique précisait bien l'intention de cette campagne de presse. Sur ce double terrain, de Morgues est bien armé; il connaît le roi autant que peut le faire son ministi^ ; il est au courant de son esprit d'économie, un legs qu'il tient de son père, choqué d'instinct par le luxe et le faste de ceux qui l'entourent, comme par une insulte à la majesté royale ; au courant de son faible pour les choses militaires qu'il a vu flatté par le cardinal lui-même dans son dernier factum ^ ; au courant de son dépit de voir s'affirmer en face de lui une autorité qui l'éclipsé par les signes extérieurs de la puissance, et qui lui rappelle la période inoubliée du maréchal d'Ancre avec ses humiliations; il a pénétré ce caractère renfermé et inquiet qui le porte à « entrer en ombrage avec ses propres créatures ^ ».