Avenel, Lettres..., t. IH, p
Il n'ignore rien des antipathies secrètes qui existent entre Louis XIII et son premier ministre ; et il sait comment les attiser, pour amener entre eux la rupture, et la disgrâce irrémédiable du second ; il est bien documenté sur ce sujet, et il n'omet rien, en commençant par l'aversion instinctive du roi pour Richelieu au début, et par ses préventions qui n'ont cédé qu'aux instances de la reine mère. Mais si l'on ne peut méconnaître la puissance de ses coups, l'on n'en peut dire autant de sa virtuosité, car il n'a pas hérité de la plume si adroitement venimeuse de Fancan, et avec sa manière brutale, l'exagération de leffort nuit à la sûreté du coup; il serait injuste toutefois de lui dénier une certaine habileté, mais il est curieux de constater que c'est précisément là où il a affaire au roi que sa psychologie se montre la plus affinée. La polémique de VAdmonitio avait été à ce point de vue une bonne école pour lui ; il avait pu saisir sur le vif, en la suivant, cette tactique habile de Richelieu de se solidariser avec le roi, et de montrer toujours ce dernier visé derrière lui ; aussi les séparait-il soigneusement, en s'attachant à ne rien laisser échapper qui pût blesser Louis XIII ; sachant combien les choses de la religion lui étaient respectables, il dégageait avec insistance la personnalité de Richelieu de sa dignité ecclésiastique *, et il en faisait autant pour le P. Joseph en les accusant, le premier de déshonorer la pourpre, le second de ravaler la dignité de son Ordre 2. Ailleurs, il flattait le caractère « mesnager » du roi, en louant les « retranchements ^ » opérés par lui dans la dépense de sa maison, qu'il opposait au faste ruineux du Cardinal, et il le prenait par sa nature défiante et ombrageuse en lui montrant qu'il était dominé et annihilé par son ministre ; mais il avait beau s'ingénier à éviter toute réflexion blessante pour lui, en en appelant toujours au roi « mieux informé », il ne laissait pas de prêter le flanc à l'ancienne tactique qui avait autrefois si bien réussi au Cardinal de se solidariser avec son maître, et tout en convenant qu'il « criait un peu haut * », il en arrivait à être obligé de se défendre de toute intention malveillante
1. Très-humhle Reinonstrance au Roy, 1631, p. 13. Div. pièces .., Anvers,
2. Vrais et bons advis de François Fidèle, 1631, p. 34. (Ibid.)