Mémoires, t. I, p
mœurs réalistes d'un sel trop gaulois pour être reproduites ici.
Le relâchement de la discipline, l'insuffisance d'autorité de l'ordinaire, accrus par la difficulté des communications qui donnait aux visites cpiscopales une importance considérable, se compliquait de la misère matérielle. La « portion » du xvii® siècle, si modique qu'elle en est restée proverbiale et qui était pourtant ellemême supérieure à ce que l'on a appelé le salaire officiel du XIX' siècle, ne fut décrétée qu'en 1626, grâce aucardinal de Richelieu ^, et ne remédiait que très imparfaitement, par suite des difficultés de règlementet des divergences d'appréciation, à ce dénuement lamentable qui réduisait le clergé soit à la mendicité soit à des occupations manuelles et serviles.
Il faut y ajouter des causes multiples de désagrégation et d'indiscipline : le nombre élevé des évêques curés ou supérieurs nonrésidents, l'annihilation du clergé devant l'autorité civile usant à son profit du droit de nomination aux évêchés et aux dignités ecclésiastiques 2, en vertu du contrat de 1515, donnés à de simples laïques ou à des réformés dont il devenait le vassal, l'influence néfaste de ce pseudo-clergé qui ne voyait dans les bénéfices qu'une source de revenus ; la Réforme avait beau jeu, comme on le voit, avec ce clergé recruté d'aventure et abandonné à lui-même.
On peut attribuer à des causes diverses l'intrusion de la Réforme dans le Poitou, soit le séjour et l'influence de Calvin à Poitiers ^ dont l'Université était, comme toutes les autres, un foyer ouvert d'avance aux idées nouvelles *, soit l'autonomie de cette province
1. Vicomte d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue^ Paris, 1895, l. III, p. 256 et suiv. La portion congrue fixée sous Charles IX (1571) à 120 livres fut élevée sous Louis XII [ à 200 livres pour le centre et le midi de la France (au sud delà Loire) et 300 livres pour le noid cl l'ouest. II est intéressant d'en rapprocher la paye du ministre protestant à la fin du xvi* siècle, d'après Florimond de Rœmond. a Ils se taillent, dit-il, pour son entretien qui n'erccde trois ouqualre « cens francs pour ceux qui ne sont mariés et les autres deux cens escus ». [De la naissance de l'hérésie, p. 987.) L'auteur la fait suivre d'une anecdote amusante sur le ministre Copus rais en prison avec l'assentiment de Calvin pour avoir proposé et dit publiquement que les Ministres devaient servir sans gages. « Car Calvin cognent bien, ajoute-t-il, que si ses Ministres esloient aux gages des « Capucins et Jésuites, que sa Minislrerie s'en iroil à vau de route».
2 /fcitZ., p. 228.
3. Abbé du Tressay, Hist. des moines et des évcques de Luçon, t. II, p 82 et suiv.
4. Boule, Essay de l'histoire générale des protestants, Paris, 1646, p, 16 et suiv.
plus disposée par cela même à s'affranchir de tout-^lien, soit un conflit plus ardent des intérêts seigneuriaux ; quoi qu'il en soit, elleavaitété rapide, et son étendue, à l'époque où Richelieu prenait possession de son diocèse, permet d'expliquer le caractère de ses actes synodaux. Richelieu y combattait d'abord avec vigueur l'apostasie dans sa source, en ce qu'elle a de plus humain ; il se rencontrait avec Erasme, le grand railleur, et avec le P. de Grenade par la première de ses prohibitions ayant trait aux mœurs : « la « Réforme, cette grande tragédie, se termine parun événement tout « à fait comique, disait le premier, puisque tout se dénoue, comme (( dans les comédies, par un mariage » ; le second donnait à cette idée une forme plus générale et moins humoristique : « La chair est la racine dont tous les vices et tous les péchez tirent leur origine* ».
Cette amende de dix livres 2, l'unique sanction pénale qui ouvre les ordonnancesàl'occasion d'inconduite, est d'abord lapreuve d'un esprit d'autorité singulièrement avisé dont le haut sens pratique apparaît dans toute sa clarté, à la lecture d'une page amusante et typique de Florimond de Rœmond ^qui n'est que le commentaire vécu du fameux mot Diaboliis in lumbis ; elle met en relief saisissant la perspicacité de ce jeune évêque, instruit par le monde, qui, pour reconquérir son diocèse sur la Réforme, commence par en arrêter les progrès par la base, en s'attaquant aux racines par « un châtiment exemplaire des scandaleux » '^, et cela en resserrant les mœurs de son clergé dont le relâchement avait