‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 53 sur 352 · Avenel, Lettres..., t. I,p. m (juillet · texte numérisé non relu

Avenel, Lettres..., t. I,p. m (juillet

2. Remonstrances très-humbles à la royne-mère régente en France. Pour la conservation de VEstat, pendant la minorité du Roy son fils, Paris, 1610. p. 53.

3. Lettres de Nicolas Pasquier, fils d'Estienne... Paris, 1623, t. I, p. 44 et 45.

de la Réforme et auxquels la Ligue avait donné un caractère aigu ; si la forme en avait un peu varié, le fonds était resté le même, et le temps qui avait pu calmer quelques passions avait, en revanche, consolidé des situations qui apportaient des éléments nouveaux dans la question. C'étaient encore et toujours les rapports de l'autorité religieuse et de l'autorité civile, d'autant plus délicats à fixer, qu'ils étaient liés de façon inextricable, non pas seulement en quelques points, mais sur toute l'échelle de l'ordre social sans interruption et qu'ils se compliquaient, à cette époque, de questions accessoires quiajoutaient, parleur actualité, à l'aigreur du conflit ; il suffit de citer le nom de Richer, la polémique du Cardinal du Perron et de Jacques P' à propos du serment, l'immixtion du Parlement dans les questions religieuses, les démêlés de plusieurs prélats avec les Ordres réguliers et surtout avec les Jésuites, la vieille querelle de ces derniers avec l'Université, ravivée par le réveil de la campagne dont l'assassinat de Henri IV avait été le prétexte, les âpres revendications des protestants tendant à consolider et accroître leur autonomie politique, et enfin l'opposition des Princes au mariage d'Espagne, et leurs prétentions à l'ingérence dans le gouvernement, avec la continuation du jeu de bascule qui les faisait vivre, habitués, comme ils l'étaient devenus dans l'anarchie du nouveau gouvernement, à « rançonner périodiquement la minorité du roi ^ ». L'antagonisme des trois Ordres n'était point fait pour faciliter la solution des difficultés qui étaient inhérentes à la base sociale ; leurs résolutions aussi sages et prudentes qu'elles fussent, étaient annihilées d'avance par ce conflit d'intérêts qui les isolaient et rendaient toute conciliation impossible ^. Le Clergé et la Noblesse étaient d'accord contre le Tiers Etat sur la question delà souveraineté royale, mais le premier entendait s'en réserver à lui seul la solution, comme étant uniquement de son ressort, et d'autre part, il faisait cause commune avec le Tiers contre la Noblesse pour demander la suppression des Pensions dont vivait celle-ci et alléger les charges du peuple. Ces

1. Cette expression se retrouve à la fois dans les Mémoires de Richelieu (l. I, p. 121) et sous la plume du prince de Coudé à l'époque des Etats (Double de la lettre escritte par Mgr le P. de Condé à la Reyne Régente mère du Boy, le 19 février 161U, p. 5).

2. Uu factura du temps, entre autres, en énumérait quelques-unes avec esprit. (Lettre de Jacques Bonhomme, Paysan de Beauvoisit à Messeigneurs les. Princes retirez de la cour, Paris, 1614, p. 10 et 11).

quelques remarques suiïisent à montrer les susceptibilités que le délégué de chacun des trois Ordres avait à ménager dans l'exposé final des Remonstrances au roi, et aussi à quelle impuissance étaient voués d'avance ces Etats, ainsi que l'avançait hardiment Nicolas Pasquier avec son esprit pratique. Mais il ne faut point jugerde l'importance d'un événement par ses résultats immédiats ; ces derniers sont dus, le plus souvent, à une rupture d'équilibre des forces opposées en présence, provoquée par une cause extérieure généralement insignifiante en elle-même ; l'histoire en fourmille d'exemples, et sous ce rapport, la comparaison des Etats de 1614 et de 1789 présente, au point de vue philosophique, le plus haut intérêt. Il a suffi, pour ces derniers, d'une marque de faiblesse du pouvoir régulateur qu'était ou que devait être alors la ro3'^auté, pour que la ruée unanime des trois Ordres en ait eu raison sans lutte ; ce n'était point le cas en 1614, où le principe supérieur de la souveraineté ro3'ale, battu seulement en brèche par l'infime minorité des protestants, dominait sans être atteint par lui, le conflit des intérêts opposés de classes qui faisait en réalité sa force, tout en constituant aussi pour lui un danger permanent. Richelieu vit tout cela de près ; à ce titre, l'Assemblée de 1614 a été sa grande école politique, non seulement à cause de l'insuccès de ces Etats qu'il a sévèrement et justement jugés *, mais parce qu'il a pu en dégager les leçons par les manifestations d'opinion auxquelles ils ont servi de prétexte, de la part des contemporains. Ce ne sont point toutefois les procès-verbaux des séances des trois Ordres qui les fournissent ; il faut les chercher dans les boutiques des libraires, dans la rue, et sur le Pont-Neuf, là où se débitent les pamphlets et les libelles dont le nombre et la violence permettent d'apprécier l'étendue et la profondeur de la crise.

Ces livrets et feuilles volantes ne sont point une nouveauté ; importés pour la première fois en France par les protestants d'Allemagne, dans un but de propagande religieuse, et d'excitation contre le Catholicisme, ils s'y sont implantés avec la Ligue qui en

1. ♦ Ainsi ces Etats se terminèrent comme ils avaient commencé ». (Mémoires, t. I, p. 241). Joignons-y la courte note d'un voj^ageur de passage à Paris à cette époque : « A présent les Etats généraux se tiennent à Paris. L'on en « apprend rien sinon qu'il se propose beaucoup de choses, et ne s'j^ en résoult « aucune ». (Jean Chevel de la Ghappronaye, Les révélations de l'hermite solitaire sur lestât de la France, Paris, 1617, f<» 106.)

a fait surgir une nuée, et le même phénomène se reproduira chaque fois qu'un événement politique amènera une recrudescence dans le bouillonnement des passions. En généralisant, une courbe ayant pour abscisses les temps, et pour ordonnées le nombre de ces productions, serait l'expression mathématique du processus du pouls politique dans une nation exubérante comme la France ; les sommets de la courbe correspondraientaux accès de fièvre publique provoqués par un événement quelconque; une histoire graphique, établie de la sorte, accuserait despoints saillants en 1610 à la mort de Henri IV, en 1614, 1617, 1625, pour subir un temps d'arrêt jusqu'en 1642, et atteindre d'un bond le sommet maximum du siècle correspondant à la Fronde ; nous n'insisterons pas davantage sur cette idée, nous bornant à signaler ici qu'à l'année 1614 correspond précisément l'un de ces sommets *, et qu'il est ainsi possible d'établir une nouvelle relation entre les Etats de cette année et ceux de 1789 qui ne leur cèdent en rien à ce point de vue spécial ; la comparaison des productions littéraires particulières à ces deux époques provoquerait même des rapprochements curieux ; et pour n'en faire ici qu'un seul dans le domaine de la galanterie, il est piquant de constater que le Cahier de l'ordre le plus nombreux du Royaume, en 1789, avait des titres de noblesse avec le Cahier pour les Dames ^ que maître Guillaume rimait en vers spirituellement cyniques après ceux des trois Ordres de

Richelieu a eu l'esprit trop observateur pour ne pas être attentif aux moindres détails de cette période agitée, où il jouait un rôle actif, quoique secondaire, et un rôle recherché par son ambition ; il a suivi certainement ce mouvement fiévreux des idées dans les libelles qui couraient en ce temps entre les mains d'un chacun 3 ; dans son séjour à Paris, il les a tous

1. t Tout le monde se presse dédire son advis aux coings des rues,.. Vous diriez qu'il y a un prix proposé à qui criera plus fort contre le gouvernement public... {La Pitarchie française ou Response aux vaines plainctes des malcontens, Paris, 1615, p. 3 et 4).

2. Les articles des cayers généraux de France, présentés par Maistre Guillaume aux Estais, 1614, p. 12.

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