‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 61 sur 352 · Ihià., p · texte numérisé non relu

Ihià., p

nière de la puissance qu'il devait à ce nouveau régime ? L'hypothèse est vraisemblable, car ce premier point était suivi de la « demande de l'accomplissement du mariage d'Espagne » auquel s'était opposé et s'opposait désespérément le prince de Condé qui y voyait la ruine de ses ambitions ; et ce dernier était bien visé et plus directement dans ce second point que dans le premier. La hauteur du génie diplomatique de Richelieu permet même facilement d'admettre qu'il n'avait pas été étranger à la rédaction de ce programme, et qu'il avait été élaboré d'avance sous son inspiration à la suite de l'incident du 7 février ; sa Harangue, composée bien avant le jour de la clôture, avait précisément pour point culminant, cette demande inscrite en première ligne, et elle y était amenée avec art comme le nœud gordien de toutes les diflicultés reconnues par lui à l'accomplissement des réformes qu'il demandait ; en fin de compte, nous pensons gu'il faut y voir une comédie savante destinée à la couvrir, comédie du même ordre que celle qu'il jouait pour la galerie et pour les envieux, lorsque après avoir été « prié de prendre le soin et la peine de (( parler pour le Clergé, il s'en excusait et, pressé par la Gom- « pagnie, disait qu'il lui rendroit obéissance ».

Il ne faisait que lui rendre obéissance, en effet, tout au moins en apparence, et il n'en est que plus intéressant, et au plus haut degré, de voir rapidement comment il s'acquittait de l'exposition de ce programme, quel parti il en tirait, et dans son intérêt propre et dans celui de son Ordre, de rechercher en un mot sa note personnelle et la trace de certaines de ses conceptions politiques dans cette Harangue qu'il ne prononçait ofîiciellementqu'à titre de simple rapporteur.

Ce long préliminaire explique, du reste, au point de vue de l'histoire de Richelieu, la véritable importance de cette Harangue et fait comprendre comment elle inaugurait sa vie politique ; tout y a été pesé et calculé ; ellfe est en réalité, plutôt qu'une harangue, un véritable document diplomatique ressortant de l'histoire de sa Plume, autant que de son œuvre oratoire, ce qui justifie la place que nous lui faisons ici. Telle est, du reste, l'impression qu'elle a laissée aux auditeurs, qui, comme de Behety, ont été à même, de par leurs fonctions, de suivre d'une façon ininter-

rompue les phases de ces Etats : « faite avec tant de jugement et « d'éloquence que s'acquittant dignement de son devoir, repré- « sentant tout ce dont il était chargé avec une extrême discrétion, « et étant parvenu à contenter tout le monde sans offenser per- « sonne *. »

Dans ces quelques lignes, le secrétaire du Clergé a bien précisé la note et le genre de mérite de la Harangue de Richelieu : la discrétion et la mesure résumées dans « la souplesse », le mot dont Richelieu lui-même l'a qualifiée plus tard ^ ; elles lui ont valu de passer presque inaperçue jusqu'à Avenel qui, le premier, en a constaté et fait remarquer la valeur en exagérant même quelque peu son importance ^ dans la vie politique de l'auteur. En réalité, le jugement de Behety est resté définitif ; la dominante caractéristique de ce discours est la circonspection avec laquelle l'orateur s'est acquitté de sa tâche ; non seulement il évitait les froissements mais il flattait chacun des Ordres, dont il combattait les idées, et pour cela, il les réunissait avec le Clergé dans leurs aspirations communes, mais avec assez de tact pour ne rien compromettre de la dignité de son Ordre, et lui conserver la prééminence. Sous ce rapport, répétons-le, cette Harangue est plus qu'un beau morceau d'éloquence sereine, abstraction faite de quelques sacrifices au goût du temps, elle est un modèle de psychologie savante ; elle est digne de l'homme qui, depuis 5 ans, a su, dans son évêché de Luçon, garder sa place, et conserver la dignité de son rang comme grand seigneur et prélat au milieu de la gêne matérielle, en face d'un clergé et d'un chapitre hostiles, et cela dans un diocèse acquis au protestantisme ennemi. Voilà qui

Page 1