De Behety, op. cit., p
2. La lettre déchiffrée (Recueil de div. pièces pour servir à l'histoire, 1635, p. 24).
3. Avenel, Lettres..., t. I, p. 140, note. Poissonne la cite même pas dans son étude sur les Etats généraux de 161^, considérés sous le point de vue politique et littéraire. 11^ en était de même des contemporains et, entre autres, d'Arnaud dans son Journal. Florimond Rapine, député du Tiers, qui assistait à la séance de clôture, se contente de la mentionner brièvement dans son Recueil sans la moindre appréciation ; un autre, dans un dénombrement, estropie même le premier prénom de l'évêque de Luçon qu'il appelle Hermant Jean du Plessis. (Henri Grelin, Ordre observé en la conuocation et assemblée des Etats généraux de France tenus en ville de Paris en l'année 1614^, avec les noms, surnoms et qualitez des Députez des trois Ordres, selon comme ils marchent auic cérémonies, Paris, s. d.)
relie la Harangue de 16H à la Briefve instruction ; elles se classent toutes deux, comme on le voit, dans la série des œuvres que leurs qualités sans éclat et en quelque sorte négatives ont reléguées au second plan ; mais elles n'en sont par là que plus curieuses, étant donné les facultés d'initiative et la forte personnalité de leur auteur, pour montrer comment au début il a su discipliner ses énergies et les assouplir pour asseoir sa fortune.
L'exorde lourd et d'une rhétorique quelque peu ambiguë, était une comparaison empruntée aux usages de Fancienne Rome pour aboutir aune déclaration de fidélité au roi, tout en excusant par avance les remontrances qui allaient suivre ; il était péniblement présenté et sentait trop la recherche de bel esprit à la mode du temps. Ainsi que nous l'avons dit dans le premier chapitre, ce n'est point là du vrai Richelieu ; si ce n'est trop s'avancer, on peut en retrouver la source dans l'un de ces factums dont la pile s'élève à côté du papier blanc posé sur sa table et sur lequel sa plume hésitante contre son habitude de précision, erre devant l'inconnu avant de se décider dans le choix d'une entrée en matière dont la noblesse et l'érudition soient en rapport avec la solennité de la cérémonie, et le caractère auguste de ses auditeurs ; précisément Tun de ces factums est un Brie f discours dédié au Roy sur la tenue des Estais en sa ville de Paris ^ (un titre comme ceux qu'il affectionne), dû peut-être à l'une de ses relations, un anonyme malgré ses initiales B. I., et qui a paru le 29 octobre au commencement des Etats, avec la permission officielle ; la comparaison de son début n'est point exactement la même, mais elle est empruntée elle aussi aux usages de l'ancienne Rome, avec une série d'antithèses qui rappellent tellement Texorde de la Harangue par la tournure générale, qu'on ne peut moins faire, en les comparant, que de constater qu'elle l'a inspirée directement...
Avec les derniers mots de cette entrée en matière, Richelieu a franchi le Rubicon ; son nllure chnngc, son ton s'affermit, dès
1. A Paris, de l'imprimerie d'Aiitlioinc du Dreiiil, entre le Pont Saint-Michel et la rue de la Harpe, à l'Estoille couronnée MDCXIV, in-8» 15 p. Une phrase de ce factum est caractéristique : Ventrée de vos Estais, Sire, s'ouvre par des commencemens qui sont bien différens de ceux des Payens..., p. 6.
qu'il a quitté ce terrain banal des comparaisons historiques classiques ; on le sent maintenant à l'aise ; il est redevenu lui, en possession de toutes ses ressources de diplomate; il faut lire et relire sa Harangue un peu longue pour l'apprécier à ce point de vue. Orateur du Clergé, il va en faire le pivot unique de tous les problèmes agités par les Etats, le centre même du gouvernement autour duquel gravitent non seulement les deux autres Ordres, mais la Couronne elle-même ; il affirmera sa prééminence, il en fera ressortir la puissance, la valeur et les droits, et pour conclure il les mettra au service de la Royauté, mais de la Ro5^auté aux mains de la Régente, sa protectrice personnelle ; n'est-ce point du reste plaider sa propre cause avec celle de son Ordre, et fixer ainsi son avenir ? Voilà so« thème dans lequel il fera rentrer, avec un art infini, certainement trop subtil pour ses auditeurs, toutes les revendications qu'il doitexposer.
L'ennemi le plus redoutable de la Cour est le Tiers Etat grondeur, avec ses aspirations indiscrètes de contrôle *, qu'elle a achevé de s'aliéner par des humiliations, aidée en cela par la Noblesse qui a déjà signifié à cet Ordre son hostilité méprisante dès l'ouverture de la session 2. Richelieu commence par l'annihiler en s'appropriant la partie de son programme qui lui était commune avec les deux autres Ordres. Son mandat était assez vague sur ce point : « Parler en général du retranchement des dépenses, « dons et pensions, et par ce moyen soulager le peuple » ; mais, même exposé dans une forme aussi peu explicite, l'orateur se trouvait pris entre les plaintes énergiques du Tiers Etat et les appétits de la Noblesse qui n'avait accepté de se rallier à cet article qu'à contre cœur, et en échange de la suppression de la vénalité des charges et de la Paulette. Sur ce point épineux, Richelieu fournissait, dès l'abord, la mesure de son habileté en donnant satisfaction aux intéressés et en rehaussant son Ordre àleurs dépens. Le retranchement des dons et pensions ! Paroles imprudentes, et bien faites pour émouvoir ceux qui 1 écoutaient ; car, ainsi que le
1. « Je suis d'advis qu'on assemble tous les mois le peuple aux Halles ou ailleurs, et que là on lui rende compte de l'argent de lEpargne ». . disait ironiquement V Advertissement aux Provinces sur la. disposition présente des affaires, Paris, 1615, p. 12.