Les principaux points de la foij, jd
que s'émousser ; d'autrefois, surtout lorsqu'il s'agit d'un développement d'une certaine importance sur un point spécial (le cas le plus fréquent dans les questions purement tliéologiques), elle arrive à son maximum d'effet par une manœuvre d'une simplicité élémentaire ; c'est alors une série brutale de coups droits, foudro3'ants et ininterrompus, sans précautions pour se couvrir, comme en une offensive désespérée, se succédant sans répit dans la même trajectoire avec une précision mathématique ; cette répétition acharnée et obstinée qui ressemble à un martèlement continu ^ fait penser au parallélisme périodique des lignes dégagées de tout accessoire alourdissant et dans leur forme la plus simple qui fait la puissance de l'art sous Louis XIV, et dont l'expression la plus typique se retrouve dans la perspective profilée du château de Versailles et de la Colonnade du Louvre.
C'est une épée qui vibre, que la plume qui a écrit les Principaux points de la foy, tant on la sent bien en mains et supérieurement entraînée; car Richelieu apparaît, dans ce duel, comme merveilleusement arrné, et il le faut pour qu'une critique malveillante, pointilleuse et raffinée, n'ait relevé dans cette œuvre que la faute du Maure de Térence -. Il se peut qu'il l'ait écrite, comme il l'a dit, en six semaines, et d'un seul jet, mais c'est après l'avoir mûrie d'avance, et il en a eu certainement l'idée dès qu'il a connu ia réponse du P. Arnoux aux ministres de Charenton, et qu'il en a constaté la lacune en ce qui touche YEpître au Roy, et aussi l'infériorité. L'un des motifs qui l'ont guidé, a été aussi celui de l'amourpropre, dans la comparaison qui devait forcément être faite entre son œuvre et celle du Jésuite presque timide dans son manque de vigueur ; avant que les Principaux points de la foy n'eussent paru, un contemporain le relevait ironiquement, et dans une forme primesautière : « On dit que le prédicateur jésuite est plus « véritable en ses attaques et déffences que relevé en ses discours, « plus hardi et éloquent en chaire, que disert et rehaussé en ses (c escrits, qu'il est modeste agresseur, et encore plus modeste
1. Citous seulement : Vous dites .. L'Escriture dit... ne contredites -vous pas l'Escriture ? répété 12 fois, p. 9 à 14... Inférieure... 4 /bis, p. 46. N'est-ce pas estre ennemis... 9 fois, p. 145. Il est faux que... 9 fois, p. 166.
2. Les principaux points de la Foy, p. 79. Tallemeut {Hist., t. I, p. 423) cite la bévue comme dans un catéchisme écrit par Richelieu, et corrigé depuis par Desmarets i
« délïenseur de la cause de toute l'Eglise, de celle de nostre saint « Père le Pape, de tout le corps du Clergé, de sa compagnie et de « la sienne particulière *... »
En tout cas, les matériaux de Richelieu étaient déjà prêts ; les Etats de 1614 les lui avaient fournis d'avance, car il n'était pas une des questions ou politiques ou religieuses qu'il avait à traiter qui n'eût eu sa part à cette occasion dans le gémissement des presses. Dans son cabinet rustique du prieuré de Coussay, s'échafaude sur la table, à côté des in-folio d'auteurs sacrés et théologiens, cette collection de factums qu'il a réunis pendant son séjour à Paris, les ouvrages qu'il a commandés à Cramoisy, et dans la lecture desquels il s'est plongé dans sa retraite pour oublier ses déceptions et ses rêves brisés ; non loin des deux derniers livres de Parœus parus récemment, l'un en 1618, l'autre en 1614 - et auxquels il fera de nombreux emprunts 3, est ouvert à portée de sa main VApoîogia proteslaiitiim * qui mérite une mention particulière. Cette traduction latine de l'ouvrage anglais a paru à Paris en décembre 1614; il la connaît d'autant mieux que c'est son aumônier, le docteur Mulot, « cet homme d'église qui est à lui ^ » qui en a signé l'approbation, après l'avoir examiné, un travail qui Ta occupé entre les séances de la Faculté de théologie de Paris ^, pendant que son évêque était absorbé par les délibérations de son Ordre, et dont il lui a certainement rendu compte ; aussi le mentionnet-il fréquemment en y renvoyant le lecteur, et le citant dans le texte comme un ouvrage de grande valeur '^. Il est superflu d'ajouter que la Harangue aux Etats de 1614 est ouverte devant lui, et qu'elle est son guide comme principes et idées générales, car