Les principaux points de la foy, p. Î
2. Inventaire des pièces, mémoires et instructions du procès intenté par Pissant Haut et redoutable Saigneur Messire Concino Coyon, Coquef redouille. Marqué d'Ancre, prétendant à l'Empire François : contenant en gros 91 articles, à la diligence de Happeloppin son Procureur général et spécial, dressé à Juges et Commissaires favorables : Noobstant déclinataires, alibiforains, excuses, subterfuges, et fins de non~recevoir des parties à ce contraires.
tain des chansons du Pont-Neuf, mais il est plus que probable que Richelieu l'a connu, dans l'intérêt majeur qu'il avait à se tenir au courant de l'opinion publique en ce qui le touchait, et l'on pourrait ainsi expliquer en partie par un à-côté tout particulier, la passion qu'il allait apporter dans une œuvre qu'il pouvait regarder comme une justification personnelle et un plaidoyer pro domo.
Ces préliminaires font comprendre l'importance attachée par Richelieu à sa réponse où il a concentré toutes ses énergies, et sous une forme qui en marque bien le caractère dominant. Ainsi que l'a fait remarquer justement un auteur ^, Richelieu en répondant point par point à ses adversaires avec la reproduction textuelle préalable de leurs dires, suivant la méthode déjà emploj^ée par Baricave-, a pu vouloir s'éviter le reproche d'en avoir dénaturé le sens, et le procédé seul, dans une polémique de ce genre basée sur une accusation d'altération de textes, était d'une ironie profonde ; mais il a été guidé aussi par un autre motif : c'est de propos délibéré qu'il a emprunté la forme scholastique et classique de la dispute qui, dit-on, alourdie son œuvre ; en réalité, elle n'est pas un livre, elle est une véritable dispute parlée, une controverse publique où les deux adversaires debout, face à face, chacun dans sa chaire, au milieu d'un auditoire d'élite, lancent à tour de rôle leurs allégations, chacun d'eux suspendu aux lèvres de son adversaire, attendant impatiemment la fin d'une argumentation pour riposter et la détruire. Pour apprécier cette œuvre, c'est sous ce jour et dans ce sens qu'il faut la lire, cette œuvre, qui n'est, en somme, qu'une conférence solennelle tenue devant le roi pour juge, avec la brusquerie de la diction, la variété du ton passant par toutes les nuances depuis la gravité sévère jusqu'à l'ironie tranchante et la bonhomie narquoise, le laisser aller dans la véhémence de la passion du moment, la promptitude de la
1 Valentin, Cardinalis Richelins scrîpior ecchsiasticus, p. 106.
2. Jean de Baricave, La Défense de la monarchie fravçoise et autres monarchies contre les détcstahhs et exécrables maximei d'état d'Estienne Brutus et de Louis de Mayenne Turquct, el leurs ad'iérans. . Toulouse, 1614. L'ouvrage in-4 de xxx. 1043 p., eut 3 éditions en c^tle même année. V. sur cette particularité Les mélanges historiques et philoUxjiqucs deMicbaut Paris, 1770, t. I, p. 199.
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réplique et la rapidité de la riposte dans l'impromptu du moment, l'énergie indignée de la contradiction...
Si Richelieu a adopté cette forme, ce n'est point davantage, comme on l'a dit, pour gagner du temps ; elle répondait trop bien à son tempérament combatif, à son éducation scholastique, à ses goûts de controversiste, et aussi, il faut bien le dire, à la mode. Cette époque voit l'apogée des disputes religieuses due à la recrudescence de la propagande anticatholique qui a suivi les troubles politiques de 1614 * ; d'abord occasionnelles et accidentelles, elles se sont multipliées de toutes parts ; l'art des discussions publiques faisait partie du programme des Académies protestantes 2 ; le P. Veron et le P. Gontery viennent d'inaugurer leur vie de polémistes pour combattre les prédications populaires qui sont l'arme favorite des Ministres. Un écho s'en retrouve dans la presse du temps qui s'inspirait sur ce point de la Déclaration contre les prédicateurs séditieux, publiée par Henri IV en septembre 1595 3; plusieurs factums réclamaient des Etats la suppression des prédications et des controverses où ils voyaient une source de surexcitation des esprits dangereuse pour la paix ; suivant le cas, il faut y voir ou le souvenir des passions de la Ligue fomentées et entretenues par la chaire *, ou une préoccupation des protestants qui avaient dû leurs premiers succès à la trihune, et se voj^aient vigoureusement combattus par les Missions
1. P. Prat, Recherches hist. et crit. sur la Compagnie de Jésus, t. IV, p. 31.
2. Michel Nicolas, Hist. de l'ancienne Académie protestante de Montauban et de Pui]laurens, Montauban, 1885, p. 22-24.
3 Isambert, Anciennes lois fr., t. XV, p. 102 et suiv.
4. « Qu'il n'y ait plus de Disputes de la Religion ; car l'altercation engendre <( la guerre et ceste cy les mouvemens ennemis et la guerre enfin. Que les Mais- « très et Prédicateurs en pi-eschent et enseigtient la Doctrine avec modestie, se « tenans sur la Positive et Gonfirmative sans plus : fuyans partout la controverse « qui ne l'ust ny ne sera jamais le moyen de vaincre les opinions ; c'est plustost « le fusil qui les allume et le soufflet qui les enflamme ; car les opinions sont « des folies que la contestation accroist. La controverse est la fertile pépinière « des doubtes qu'elle fait naistre es esprits qui n'y auront jamais pensé, « plus ingénieuse à construire qu'à destruire les nouveautez. C'est une forge « de nouvelles armes aux religions contraires, pour de plus belle s'ofl'encer et « un combat de conséquence où le danger est respectif. Disputer de la foy, (( c'est la convertir en opinion et mettre eu doute ce qui doibt e$tre indubi- « table ; mais quelle dispute sans passion ? et quel jugement s'il est passionné ? a La raison non disputée mais considérée avec attention suffît aux esprits de « paix el de douceur pour appréhender la vérité ». Au Roi^ Discours politique, (1614), p. 10.
catholiques qui leur faisaient perdre du terrain ; mais à côté de ceux-là, des utopistes naïfs réclamaient une dispute solennelle « une belle grande petite dispute de Théologie de six en six « contraire party », pour mettre fin à la diversité de croyances et supprimer cette « marque d'impuissance ou d'impiété en un Roy de tolérer deux religions en l'estendue de son royaume ' »...
Richelieu en avait usé lui-même dans son diocèse en favorisant la prédication et la controverse ; les missions des Capucins dans le Poitou avaient été dues en partie à son zèle 2; les presses de Fontenaj' avaient fixé des controverses célèbres dans les environs de son évéché ; lui-même avait servi de seconda Châtellerault dans une dispute publique de ce genre ^; enfin dans son livre, il jette le gant à ses adversaires dans une forme qui, pour affecter d'être impersonnelle "^j ne laisse pas de le montrer polémiste dans l'âme et avec la tranquille assurance du bretteur dont l'épée est toujours prête à quitter le fourreau.
Richelieu la tire pour la première fois dans ce duel où sa personnalité va s'accuser d'une façon intense ; elle ne lui a servi jusque-là que d'arme de parade ; aux Etats de 1614, elle n'étî\it alors pour lui qu'un symbole, s'ajoutant ici à l'autorité de la crosse, rappelant plus tard à la noblesse des Etats que ses titres lui permettraient de prendre place au milieu d'elle. Dans les Principaux points de laFoy, il la manie avec toute la fougue de la jeunesse de l'Académie de Benjamin, et l'expérience des grands tireurs blanchis sur le parquet des salles ; la première est accrue des forces de la conviction, des rancœurs d'un génie emprisonné et calomnié, du sentiment profond de l'importance de la victoire et pour les siens et pour lui-même dans cette joute qui a le roi pour arbitre. Son jeu est celui d'un maître rompu à la dialectique et sous toutes ses formes ; nous en avons signalé la variété qui déconcerte le lecteur attentif, au point de se demander s'il n'assiste pas, plutôt qu'à un duel, à une série de passes d'armes avec des protagonistes différents ; par instants, la lame voltige, subtile et comme invisible dans la vitesse du jeu, donnant l'impression d'un bouclier d'acier contre lequel la lame de l'adversaire ne peut