‹ Autour de la statue de Jean HoudonChapitre 13 sur 24 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

L'inauguration de la statue de Jean Houdon ne marqua pas le terme des travaux.

Le square Duplessis, aménagé provisoirement pour la fête du 28 juin, ne fut terminé complètement qu'un mois après, et pendant plus de trois semaines, Tornemariiste Bocquet eut à travailler à l'achèvement définitif des sculptures, pendant que M. Quéro faisait poser le carrelage céramique.

En outre, sur la proposition de M. Victor Bart, les membres de l'Association artistique et littéraire et du Comité décidèrent de placer, devant la façade principale du monument sous le carrelage, le document suivant que le président de la Société des Amis des Arts avait rédigé et que tous les intéressés signèrent le 28 juillet.

L'an 1891, le dimanche 28 du mois de juin,

M. Carnot étant Président de la République française ;

M. Bourgeois, Ministre de rinstruction publique et des Beaux- Arts,

La statue du sculpteur Jean Houdon, né à Versailles le 20 mars 1741, mort à Paris le 15 juillet 1828,

A été érigée par souscription sous les auspices de l'Association artistique et littéraire,

Avec le concours du Conseil municipal de la ville de Versailles, de la Comédie- Française, de l'Académie nationale de musique et de l'Opéra-comique.

. Assistaient à l'inauguration :

M. Larroumet, directeur des Beaux-Arts ;

M. Bargeton, préfet de Seine-et-Oise ;

M. Edouard Lefebvre, maire de Versailles ;

MM. Lenoir, Védrine et Guétonny, adjoints au maire.

Dix membres de l'Académie des Beaux- Arts :

M. Bailly, président-, M. Paul Dubois, vice-président; M, le comte Delaborde, secrétaire perpétuel] et MM. Cavelier, Jules Thomas, Jules Breton, Chaplain, Charles Garnier, Daumet, Normand, tous délégués par l'Académie ;

M. de Laboulaye, Ambassadeur de France près de S. M. l'Empereur de Russie;

M. Jules Glaretie, de l'Académie française, administrateur général de la Comédie-Française ;

Les membres de l'Association artistique et littéraire, ceux du Comité de la statue et notamment M. Emile Délerot qui, dès l'année 1855, avait émis un vœu pour l'érection de cette statue.

La ville de Versailles avait souscrit pour 10,000 francs.

L*un des autres principaux souscripteurs était l'Empereur de Russie.

A l'inauguration de la statue, M. le baron de Mohrenheim, ambassadeur de S. M., s'était fait excuser de ne pouvoir y assister.

Composition du Comité de la statue de Jean Houdon :

Présidents d'honneur: MM. Edouard Cliarton, sénateur, et Paul Dubois, de l'Institut ;

Président : M. Alphonse Bertrand ;

Vice- Présidents : MM. Cli. Gosselin, G. Mazinghien ;

Secrétaires: MM. A, Leroy, A. Terrade, G. Moussoir ;

Trésorier : M. Tiercelin ;

Membres : MM. Victor Bart, A. Bosquet, F. Blondel, Bosquet, L. Cerf, Cousin, E. Délerot, Destable, Dabief, Dussieux, Dutilleux, Firmin Javel, Paul Laffltte, Marcel Lambert, Monod, Maurice Ordonneau , Pierret, Renault des Graviers, Yot.

Statuaire : M. Tony Noël, ancien prix de Rome.

Architecte : M. Paul Favier, inspecteur des bâtiments civils.

Certifié par les membres soussignés du Comité de la statue de Jean Houdon.

(Suivent les signatures).

Ce document placé dans une enveloppe de plomb, entourée de ciment, est offert gracieusement par M. Berson ; il restera là nous l'espérons pendant de longs siècles, car notre ardent désir est qu'il ne soit jamais mis au jour.

Tout était-il terminé avec la statue ? Le Comité après avoir, en si peu de mois, mené son œuvre à bien, devait-il oublier

celui qui pendant dix-huit mois avait été râme et la cHeville ouvrière de Toeuvre entreprise? Non certes ! aussi pensa-t-il, d'accord avec l'Association, qu'il devait laisser à son Président, M. Alphonse Bertrand, un souvenir durable, témoignage de l'amitié et de l'afFection qu'il avait acquises dès le premier jour parmi ses collègues.

Ce furent MM. Bosquet-Luigini, Adrien Leroy et Albert Terrade, les trois nouveaux Officiers d'Académie, nommés le jour de l'inauguration de la statue à la suite des démarches occultes da Président et d'un des amis fervents de l'Association, M. Jacques Bouché, un érudit qui sera bientôt nous l'espérons un de nos concitoyens, qui prirent rinitiative de la nouvelle souscription.

' Il ne fallut pas dix-huit mois pour remplir la liste, il ne fallut môme pas dix-huit minutes ; en un instant elle se couvrit de signatures et nous avons le plaisir, disons plus, Torgueil d'ajouter qu'il n'y eut ^pas une défaillance.

Le 28 juillet, juste un mois après l'inauguration de la statue, les membres de TAssociation et du Comité, réunis dans les

mômes salons de l'Hôtel des Réservoirs, que le soir du banquet en l'honneur de Jean Houdon, offraient à M. Bertrand la magnifique reproduction en bronze d'une des plus belles œuvres de Tony Noël, l'Orphée^ qui venait d'obtenir un grand succès à l'Exposition du Champ de Mars.

L'original de ce bronze est au Musée du Havre.

Ce furent MM. Noël etFavier qui entrèrent dans les salons de réception porteurs du bronze, sur le socle duquel se trouve la dédicace suivante ;

LES MEMBRES DE l'ASSOGIATION ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE ET CEUX DU COMITÉ DE LA STATUE DE JEAN HOUDON A LEUR PRÉSIDENT ALPHONSE BERTRAND SOUVENIR DU 28 JUIN 1891.

M. Bosquet-Luigini s'avança et au nom de tous prit la parole.

c( Mon cher Président,

» L'Association artistique et littéraire de Versailles, avant de se séparer pour prendre ses vacances annuelles, me charge de vous prier d'accepter cet Orphée symbole d'harmonie. C'est le souvenir affectueux

dû à runanimité des Marmousets et du Comité de la statue de Jean Houdon.

» Ce bronze, signé par Téminent artiste Tony Noël, vous rappellera les splendides fêtes, si artistiques, du Grand Théâtre de Versailles, de Trianon et du square Duplessis, où, grâce aux sympathies que vous avez dans le monde politique et artistique, le succès a été des plus complets pour l'Association.

» Acceptez, mon cher Président, ce gage de très sincère amitié et de reconnaissance pour tous les services que vous avez rendus avec tant de désintéressement à l'Association depuis sa fondation. »

M. Bertrand fut si profondément ému qu'il put à peine remercier ses collègues, le trouble lui coupa la parole.

Ce ne fut guère qu'à la fin de la soirée que, redevenu maître de lui, il remercia tous ses amis ; « deux fois heureux, a-t-il dit, de posséder un tel souvenir et une telle œuvre. y>

Avant de terminer nous devons ici rendre hommage aux auteurs de la belle statue placée à l'extrémité de la rue Duplessis, dans ce square autrefois inutile, devenu

grâce à deux artistes, le coin de Versailleà le plus intéressant, le plus artistique.

A Paul Favier, qui ne consacra pas moins de trois mois d'étude à son piédestal, nous rappellerons les paroles prononcées le soir du banquet par un maître de TArcliitecture moderne M. Daumet, membre de rinstitut. « Je trouve que tout Pensemble a un telle homogénéité que le monument m'a semblé être Toeavre d'un seul artiste. ))

A Tony Noël, ce maître de la sculpfuriî moderne, nous nous contenterons de reproduire ici les lignes suivantes d'Arsène Houssaye, écrites à la fin d'un article sur « Houdon )) publié dans la Grande Revue dulO juillet 1891 :

c< L'inauguration de la statue de Houdon dans la ville de Louis XIV a été une fête pour tout Versailles. Il semblait même que les grandes figures du dix-septième siècle se fussent réveillées pour être de la fête. Naître à Versailles, c'est être aimé des dieux, puisque c'est aujourd'hui le musée des statues du monde antique et du monde moderne. Tout jeune, Houdon se croyait dans rOlympe, tant le souvenir des maîtres

parlait éloquemaient à son esprit déjà tout de feu. »

C'est Tony Noël, un éminent artiste qui a eu rhonneur de sculpter la statue de Houdon. On peut confiera celui-là la statue de tous les grands artistes, car de son ébauclioir il fait jaillir la vie dans la poésie et la vérité.

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