‹ Autour de la statue de Jean HoudonChapitre 7 sur 24 · HOUDON · texte numérisé non relu

HOUDON

Une main immortelle un Jour prit de l'argile Et fit l'homme. A son tour cette ébauche fragile, L'homme, dans le miroir fuyant, d'un clair ruisseau. Et d'un souffle écartant quelque feuille légère, Suivit d'un long regard sa Leauté passagère, Et prenant de la terre, aiguisant un ciseau,

Il fit les dieux. Combien, aux ruines d'un temple, Où leur éternité seule encor se contemple, Désertés des croyants qui ne reviendront plus, N'ont désormais d encens, de prières, d'hommages, Que ceux-là qui sont dus aux vieux tailleurs d'images, Jusque parmi les dieux la gloire a ses élus.

Un de ces créateurs devant qui tout tressaille,

Et le marbre et le bronze, est né chez toi, Versailles,

Tu dois t'enorgueillir de l'avoir enfanté.

Sous les cieux rayonnants de joie et de lumière,

Il s'en allait cherchant sa route coutumière ;

Qaels fils devaient renaître en sa paternité 1

Houdon est toujours vrai, serait-il infidèle ; Et l'image à son tour nous devient le modèle. Au marbre frémissant, que n'a-t-il pas écrit ? G^est UQ moine inclinant son front et sa paupière, Bruno qui parlerait de ses lèvres de pierre S'il ne devait garder le silence prescrit;

C'est Franklin, Diderot, c'est plus encor, Molière, Prodiguant les trésors d'une âme hospitalière, Molière, ce vainqueur de l'homme obéissant ; C'est Voltaire qui trône en sa toge romaine, Regard, pensée, éclair, ce grand railleur qui mène Le triomphe et le deuil d'un siècle éblouissant ;

C'est le cortège aimé des dieux chers à la Grèce,

C'est Morphée endormi qu'un beau songe caresse,

Diane souriante au nouvel Actéon,

C'est l'aiglon qui déjà s'envole de son aire

Et d'un battement d'aile éveille le tonnerre :

Rome dirait César et nous Napoléon î

C'en est fait des beaux jours que la bise remporte, La Frileuse est venue et soupire à la porte ; Mais l'amour la lutine et ralentit le pas. Ouvrons-lui 1 Qu'elle trouve aux lèvres confondues Et la vie et la mort, les ivresses rendues, Le baiser qui s'oublie et qui ne finit pas !

Houdon en a surpris et concentré la flamme,

Et plus haut qu'un César que sa victoire acclame,

Le silence divin de ce bronze attendri

Chante le seul plaisir qui ne soit pas un leurre,

Et dans les frais sentiers que le zéphyr effleure,

Les retours d'un printemps qui n'est jamais flétri.

Tu devais enfanter la liberté du monde,, Versailles ! Au berceau que tant de gloire inonde, Toi-même ne saurais nous redire combien, De princes triomphants ont passé dans ton ombre, De héros que l'histoire à grand'peine dénombre Houdon seul y manquait, tu l'appelles ; c'est bien !

Après la reprelsentation de Riiy-Blas le Comité pensa qu'il fallait s'en tenir pendant quelque temps à ce grand succès. II ne resta cependant pas inactif ; il continua de s'occuper de la souscription, fit paraître des articles sur Houdon et appela Tatten-

tion de nos concitoyens sur la statue ellemême que Tony Noël venait de livrer au praticien Contini. Dès lors, la période d'exécution commence.

C'est le 9 décembre 1890 que, pour la première fois dans le Comité, il fut question du projet de représentation au Petit Théâtre de Trianon. Cette proposition, faite par M. Alphonse Bertrand, président, avait pour principal but de combler la différence existant encore entre l'encaisse et le montant des devis.

Cette date est à retenir, tout au moins pour ceux qui ont eu plus tard à s'occuper de cette représentation, cause de nombreux soucis et de graves ditflcultés, mais qui, on peut le dire hautement, laissera^ le souvenir d'une des plus belles fêtes qui aient jamais été données à Versailles. Le succès final fut éclatant; il mit en lumière l'Association artistique et littéraire en la classant définitivement au nombre des Sociétés qui, s'inspirant uniquement des intérêts de TArt, vivent par l'Art et communiquent aux indiff*érents cette étincelle d'où jaillit l'amour du Beau, du Grand, du Sublime, ces attributs de génie dont l'empreinte immortelle se retrouve à chaque pas dans

notre château de Versailles et ses splendides jardins.

Longtemps le comité hésita à prendre un parti avant de se décider à adopter le projet de la représentation ; en effet, ce n'est que le 29 avril 1891 que le président du comité, insistant vivement en faveur de cette fête, donne lecture d'un rapport détaillé sur les conditions matérielles d'exécution. Toute la soirée est consacrée à discuter ; enfin, après un long débat, la représentation est votée à l'unanimité, moins une voix, par tous les membres présents.

On verra plus loin, par le programme détaillé de la représentation, combien d'efforts il a fallu faire pour arriver à réunir dans cette bonbonnière du Théâtre de Trianon, les artistes de TOpéra, de la Comédie Française et de rOpéra-Comique, et l'on reconnaîtra aussi qu'il a fallu le concours unanime de tous pour mener l'entreprise à bien.

Dès le début, ce fut M. L. Batiffol, secrétaire du Comité, que l'on chargea de la mise en train. Il convient de dire qu'il s'y employa avec une activité à laquelle il n'y aurait ue qu'à rendre hommage sans des

incidents ultérieurs sur lesquels nous nous abstiendrons de revenir, mais qui faillirent compromettre, au dernier moment, le succès de l'œuvre laborieuse, entreprise par l'Association et le Comité.

Ajoutons, tout aussitôt, que celui-ci eut la bonne fortune — et il convient de les remercier ici très hautement de leur concours si précieux — d'être puissamment aidé dans ses démarches par deux hommes qui s'employèrent sans relâche à faire aboutir son projet.

Nous avons nommé Maurice Ordonneau, l'auteur dramatique bien connu, membre de l'Association, et Philippe Gille, le délicat écrivain du Figaro, pour qui Versailles n'est qu'un Musée où il aime, pendant la belle saison, faire, en la compagnie de quelques amis, d'artistiques et charmantes promenades, où il émerveille ses compagnons par sa connaissance, aussi complète qu'exempte de prétention, de tous nos chefs-d'œuvre sur la dégradation desquels il gémit. Sans MM. Gille et Ordonneau, malgré tous ses efforts, le Comité n'aurait pu, croyons-nous, arriver au but ; aussi, leur doit-on une grande reconnaissance.

C'est tout d'abord, en effet, Maurice

Ordonneau qui, à la demaade de MM. Terrade et Bertrand, va trouver M. Carvalho et solliciter de lui le concours des principaux artistes; c'est encore lui qui obtient de MM. Ritt et Gailhard une partie du corps de ballet de l'Opéra, pendant que M. Gille ya demander les sociétaires de la Comédie française à M. Glaretie qui, comme la première fois, accepte, au nom de tous de revenir. Il est décidé que la Comédie interprétera une œuvre disparue du répertoire, jouée autrefois à Trianon par la reine Marie-Antoinette : la Gageure imprévue, pendant que l'Opéra- Comique consentait à apprendre le Devin du Village et que l'Opéra mettait en répétition un ballet composé spécialement par M. Hansen Psyché et V Amour pour cette représentation unique.

Eli bien ! il faut le dire, dans le feu de Faction, on trouva toute simple, toute naturelle cette participation désintéressée de nos trois grands théâtres nationaux, et ce n'est guère que maintenant, alors que nous examinons tout de sang-froid que nous nous demandons comment ce projet si téméraire, si aventureux^ a pu réussir !

Mais ne l'oublions pas, sans MM. Gille et Ordonneau — on ne saurait trop le répéter

— sans M. Magnard, qui a donné au Comité toute la publicité du Figaro, sans le concours désintéressé de toute la presse parisienne à qui nous avons tout demandé sans rien lui offrir en échange, — sans Taide précieux de tous ceux que nous voudrions citer ici, MM. Edouard Lebey, Adolphe Aderer, Edmond Magnier, H- de Lapommeraie, Bocandé, Avonde, etc., la réalisation du rêve du Comité était une impossibilité.

Dès que les répétitions permirent de préciser une date, on se réunit et on décida de fixer la représentation d'abord au 25 mai; elle fut reportée ensuite au 29.

Le prix des places fut alors définitivement arrêté comme suit :

Balcon royal : 50 francs.

Deuxième balcon : 30 francs.

Parterre : 25 francs.

Loges en œil de bœuf (la place) : 25 fr.

Puis, on nomma plusieurs membres du Comité spécialement chargés de fonctions multiples. J'eus, pour ma part, la salle et la scène.

Si je me permets de parler de cette fonction, c'est uniquement parce qu'elle me fit voir de près ce qu'est l'organisation d'un

théâtre qui n'a que ses murs, quelques portants et quelques toiles de fond.

Dans la salle rien, pas un siège, dans les loges d'artistes quatre murs nus. En trois semaines, grâce au concours actif et bienyeillant de M. le colonel Roblastre, régisseur des domaines de Trianon, grâce au concours du Garde-meuble que le Gouvernement avait mis gracieusement à la disposition du Comité, grâce surtout au dévouement de MM. Williamson, conservateur du Mobilier national, et de son collaborateur, M. Landry, qui se dérangèrent plusieurs fois pour venir surveiller et activer le travail, la salle que le Comité avait fait tendre en bleu, semblable ainsi d'aspect à celle du temps de Marie-Antoinette, se transformait entièrement, et le matin de la représentation, M. Claretie, venu Tun des premiers pour se rendre compte pâr lui-même de l'organisation générale, ne pouvait maîtriser sa surprise en voyant le théâtre tout prêt et surtout les loges d'artistes aménagées avec un goût exquis. L'Administrateur de la Comédie Française voulut bien nous exprimer le plaisir qu'il éprouvait à voir tout cet ensemble reconstitué, comme si, depuis cent ans, il n'avait pas disparu, et

comme si jamais on n'eût cessé de jouer sur le Théâtre de la Reine. En effet, tout avait été minutieusement ordonné par les soins du Comité, et chaque artiste, à son arrivée, connaissait de suite la loge qu'i devait occuper.

Pendant tout le mois qui précéda la représentation de Trianon, le Comité poussa Yigoureusement les travaux d'aménagement du square Duplessis. Déjà le piédestal était presque monté, sous la direction de M. Favier ; la statue se terminait, tout s'annonçait à souhait. Le Figaro voulait bien se charger gracieusement du placement des billets sous la direction de l'un de ses rédacteurs, notre excellent confrère, M. Gaston Calmette, dont le concours précieux ne fit pas un seul instant défaut ; nous touchions presque au but lorsque tout à coup le gouvernement retira l'autorisation précédemment accordée.

D'où venait ce retrait? Bornons-nous à citer la note suivante que le Temps publiait le 26 mai en tête de ses dernières nouvelles:

Nous avons annoncé qu'une représentation devait avoir lieu à Versailles, au théâtre du Petit-Trianon, au bénéfice du monument de Houdon.

Nous apprenons qu'à la suite de certains faits portés à sa connaissance, et au sujet desquels le comité a décliné toute responsabilité, M. Yves Guyot vient de retirer l'autorisation qu'il avait donnée au comité.

Nous croyons savoir que le retrait de l'autorisation accordée au comité de la statue âo Jean Houdon a été motivé par les faits suivants :

Sans aucune autorisation et de son propre mouvement, M. Batiffol, l'un des secrétaires du comité Houdon, avait loué toute une partie de la salle du théâtre de Trianon à M. le prince de Sagan, ainsi que le Figaro l'a fait connaître ce matin.

Le président du comité Houdon, M. Alph. Bertrand, secrétaire-rédacteur du Sénat, a informé par télégramme le Figaro que le comité n'avait aucune connaissance des engagements pris envers le prince de Sagan par son secrétaire, M. Batiffol, et qu'en conséquence il désavouait ce dernier de la manière la plus formelle.

C'est à la suite de cet incident que le Ministre des Travaux publics, tout en approuvant sans réserve Fattitude du comité et de son président, a retiré, pour la représenta* tion du 29 mai, une autorisation qu'il n'avait accordée que dans des conditions mises à néant par l'acte personnellement imputable à M. Batifîol.

Le président du Comité était désolé ; avec une très grande obligeance, M. Bargeton, préfet de Seine-et-Oise, voulut bien l'accompagner chez M. Yves Guyot, ministre des Travaux publics ; M. Yves Guyot, tout en rendant justice au Comité et à son président, déclara qu'il n'avait qu'à retirer purement et simplement l'autorisation accordée par le gouvernement.

Tout semblait donc fini ; de grands frais avaient été déjà faits pour Torganisation de la représentation de Trianon ; ils se montaient à plus de 6,000 francs ; d'autre part, l'impression produite sur tous, artistes etpublic, était détestable. M. Alphonse Bertrand ne voulut pas quand même se tenir pour battu. Il convoqua tout aussitôt par dépêche, à Paris, les membres de la Commission de la représentation, MM. A.

Leroy, Tiercelin, A. Terrade. Le rendezvous général était tout d'abord au café de Madrid, sur le boulevard. A cinq heures, tout le monde était là ; on alla au Figaro, où la Commission eut la bonne fortune de rencontrer MM. Magnard, Philippe Gille et Calmette. Une réunion eut lieu aussitôt et une heure après, M. Gille, accompagné de MM. Bertrand et Terrade, se rendait au

ministère des Travaux publics. Alors commença une véritable course au clocher.

Avant d'aller au boulevard Saint-Germain, la commission passa au Palais-Royal, rue de Valois, chez M. J. Comte, directeur des bâtiments civils ; celui-ci était au Ministère, la Commission s'y transporta aussitôt. Ce fut M. Comte qui la reçut avec une bonne grâce et une affabilité telles que l'espérance revint un peu au cœur de tous. A sept heures, introduits auprès du Ministre, M. Yves Guyot et présentés par le . directeur des Bâtiments civils, les membres de la Commission entourent le Ministre ; leur président expose leur requête. En quelques mots pleins d'esprit, M. Gille explique la situation, remet tout en place, fait sourire le Ministre qui, ainsi qu'il Ta dit ensuite, ne demandait au fond pas mieux que d'arranger les choses. M. Comte, prenant à son tour la parole, se charge de la péroraison ; bref, un quart d'heure après notre entrée, le Ministre accordait la salle pour le 1^^^ juin ; mieux que cela, il ajoutait spontanément : « Après la représentation, je ferai jouer spécialement les bassins de Neptune et du Dragon, et tous les invités de Trianon pourront

traverser, même en voitare, le parc de Versailles pour jouir de ce spectacle avant de rentrer à Paris. »

A sept heures et demie nous sortions du cabinet ministériel pour rédiger des lettres et dépêches aux journaux, de Paris qui, depuis le matin, ne parlaient que de l'incident ; à huit heures et demie nous retrouvions nos camarades qui nous attendaient fort anxieux au café de Madrid. Mais tout n'était pas terminé.

Le ministère avait envoyé des contreordres à rOpéra, à la Comédie Française, à 1 Opéra-Comique, à Trianon, à l'architecte du palais de Versailles, M. Marcel Lambert; aussi, pendant le dîner, rédigeat-on nombre de notes et articles que Ton s'empressa de porter immédiatement, tant à V Agence Hav as qu'aux différents journaux parisiens.

A dix heures, on était à l'Opéra, où M. Bertrand rencontrait M. Hansen, le maître de ballet, qui, avec tant de bonne grâce, avait apporté son concours à l'Association et composé pour elle le plus ravissant des ballets, Psyché et V Amour.

' Le président du Comité est entouré par le corps de ballet, déjà mis au courant de

la situation et désolé d'avoir, avec tant d'ardeur, travaillé en pure perte ; M. Bertrand rassure tout le monde ; ses paroles sont saluées d^applaudissements unanimes.

Ce fat très amusant.

Bien vite la Commission se rend à la Comédie Française, où malheureusement elle ne trouve plus M. Claretie, qui venait de partir. Une lettre est immédiatement rédigée à l'adresse de l'Administrateur général.

M. A. Bertrand redescend, suivi de son inséparable Commission et de son jeune et dévoué secrétaire, M. Marcel Duchêne ; mais, au moment oii il dit aux cochers, chargés de nous transporter de théâtre en théâtre, de nous conduire à TOpéra-Comique, il s'aperçoit qu'il est minuit, et que l'on a juste le temps d'aller prendre le train de minuit quarante à la gare Montparnasse. Il était temps, la pauvre Commission ne tenait plus debout ; du moins elle rapportait son autorisation, ample compensation aux fatigues éprouvées.

A partir de ce moment, tout marcha à souhait ; le 31 mai au soir, la salle était prête à recevoir les invités du lendemain.

Le Figaro ouvrait à nouveau ses gui-

cliets le 29, et en moins de deux heures louait la salle entière. Les billets eussent coûté 100 francs, 200 francs, il en eût été de même.

Les cartes d'entrée, reproduction d'une estampe de Gochin, étaient de véritables bijoux artistiques ; le programme donné à chaque spectateur à son arrivée au théâtre était la reproduction d'une autre estampe avant la lettre deMoreau le jeune ; enfin, le Comité avait fait imprimer, par l'éditeur versaillais L. Cerf, qui, en cette circonstance, fit merveille, le livret du ballet de M. Hansen, en caractères de l'époque Louis XYI ; la couverture reproduisait en or les armes de France et d'Autriche, d'après le fer qui servait aux reliures de la Reine. Toutes ces pièces, sorties des presses de la maison Cerf et fils de Versailles, sont de véritables curiosités que les amateurs se disputent à l'envi.

Enfin, on touche au but; c'est le l^'- juin, jour de bataille! Cette matinée sera-t-elle un succès pour le Comité?

Sera-t-elle une déroute ?

Dès le matin, heureux présage, le temps est superbe.

A dix heures, arrivent dans d'immenses

breaks, le corps de ballet de l'Opéra, les artistes de l'Opéra-Comique, les musiciens de l'orchestre. La Comédie Française seule viendra directement de Paris en voiture avec tous ses artistes costumés. Une bonne humeur d'excellent augure se traduit sur tous les visages. Rien ne peut donner une idée de la stupéfaction, mêlée d'enthousiasme, qui s'empare de chacun dès son entrée dans cette jolie salle de Trianon, qui, toute petite, est, comme scène, aussi large, surtout aussi profonde, que les grands théâtres de Paris.

Il faut avoir vu tout ce monde marcher de surprise en surprise en pénétrant du théâtre dans les loges d'artistes, trouvant tout préparé pour le recevoir, — depuis les chaises, canapés et tapis jusqu'aux morceaux de sucre placés dans les verres d'eau, — pour bien comprendre l'effet produit; aussi ne ménage-t-on au Comité les compliments ni les remerciements.

Tout le monde casé, on va passer vivemient à la répétition du ballet ; malheureusement il manque le Deiis ex machinâ à ce travail préparatoire, c'est M. Danbé, l'éminent chef d'orchestre de l'Opéra - Comique. On pense à Grouchy, à Wa-

terloo... Mais tout au moins, si cette fois M. Danbé n'arrive pas à l'heure pour faire répéter, on ne saurait lui refuser de posséder au suprême degré le talent de produire des notes ; son solo de pochette au cours du ballet en est une première preuve. Cependant, après une longue attente, le maître arrive ; on répète très vivement ; les heures ont fui et sur la scène de Trianon les estomacs désespérés invoquent le souvenir du radeau de la Méduse!

Aussi, dès la dernière mesure, voit- on tout ce groupe de chanteurs, de danseuses, de musiciens prendre sa volée, remonter dans les breaks et fller rapidement, qui à l'Hôtel des Réservoirs, qui à l'Hôtel de la Chasse, où tout était préparé. M. A. Bertrand fait les honneurs aux Réservoirs et M. Emile Cousin, directeur du Conservatoire de Versailles, à l'Hôtel de la Chasse.

Ici et là le repas fut plein de bonne humeur et d'entrain. Aux Réservoirs on fit une véritable ovation à M. Hansen.

Le calme renaît momentanément à Trianon; les membres du Comité en profitent pour déjeuner au buffet placé devant le pavillon du Jardin français.

Dès une heure, les invités arrivent ; c'est une cohue indescriptible. Les voitures de maître, les landaus, les charrettes anglaises, les modestes fiacres se suivent et se touchent presque ; mais comme le service d'ordre est remarquablement fait, en peu de temps tous les porteurs de billets sont à leurs plqices dans la salle qu'ils admirent. Les torchères placées de chaque côté de la rampe projettent leurs feux scintillants sur la scène ; deux puissants candélabres situés entre le parterre et la loge royale éclairent toute la salle et dispensent d'allumer les magnifiques appliques Louis XVI prêtées gracieusement par le Mobilier national. Le coup d'oeil est féerique. C'est au milieu du plus protond silence que ce public d'élite du Tout Paris attend haletant, — le mot n'est que juste, — le lever du rideau.

A deux heures, la représentation commence.

Voici le programme tel qu'il a été exécuté :

THÉÂTRE DE TRIÂNON

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