JOLIET
ViLLAIN.
H. Samary.
Clerh.
Hamel.
Gravollet.
P. Laugier.
Leitner.
gogheris.
Paul Mounet.
Mmes BaRTET.
Fayolle.
Amel.
LUDWICr.
Laurence.
Dames de la Cour, Seigneurs, Gardes du Palais.
Le lundi 23 juin, dans une salle prise d'assaut, malgré le prix relativement élevé
— so-
dés places, eut lieu la représentation indiquée.
Ce fut une longue ovation ; après chaque acte, le rideau se relevait deux et trois fois ; le public ne pouvait se lasser d'applaudir les artistes de la Comédie, électrisés par l'accueil sympathique dont ils furent l'objet au cours de cette représentation mémorable. On sentait que ces artistes obéissaient à une pensée encore plus élevée que celle de bien interpréter un rôle ; on comprenait qu'ils étaient là tous pour fêter le grand sculpteur Houdon, au ciseau duquel ils devaient leur immortel Voltaire, — ce diamant d'une eau si pure, — du foyer de la Comédie.
Après le deuxième acte, eut lieu le couronnement du buste de Houdon. M^^^ Bartet vint déposer une couronne près du buste, et M. Truffier donna lecture des vers suivants qu'il avait écrits tout exprès pour cette solennité :
Hommage de la Comédie Française à Jean Houdon.
Jean Houdon, créateur d'humanité robuste,
Si les comédiens, ce soir, viennent ici,
C'est qu'ils ont envers toi leur dette; or^ il est juste
Qu'ayant reçu beaucoup, ils te disent : Merci!
Si nous nous empressons de célébrer ta gloire, C'est que ton amitié nous doubla nos succès ; Ta gloire. . . elle est un peu de notre répertoire. Et c'est aussi pour toi qu'on vient chez nous, tu sais.
Car on viendra toujours, et de toute la terre, Voir le rire narquois et généreux briller Sur le marbre vivant et fin de ton Voltaire Assis en patriarche à notre vieux foyer.
— Goûtant bien les beaux vers et leur pure harmonie, Tu nous fêtes, des yeux et des mains, chaque soir, Et tu nous as taillé Molière, en plein génie, Pour payer le fauteuil où tu venais t'asseoir.
Notre Molière, c'est grâce à toi qu'il nous reste ; Oui, pour toujours, tu Tas évoqué du tombeau, Le Maître à qui l'on doit Don Juan^ Tartuffe^ Âlceste ; Songeur, comme jadis, aussi simple, plus beau.
Donc, merci pour nous tous ; et si notre voix tremble, C'est que l'émotion trouble nos cœurs ravis, Quand, ici, sous ses yeux, Molière nous rassemble, Nous qui l'interprétons, et toi qui le refis. ,
Comme lui, tu vivras, artiste sans reproche, Eternelle statue au tranquille regard ; Versailles aujourd'hui veut que, non loin de Hoche, Victorieux aussi, tu représentes l'Art,
Cette dernière strophe, vigoureusement enlevée, produisit le plus grand effet sur le public d'élite littéralement entassé dans la salle du Grand-Théâtre ; l'auteur et rartiste remportèrent un succès mérité.
Pendant les entr'actes, tout le monde se pressait dans le foyer pour voir, contempler et apprécier la maquette du monument Jean Houdon, par Tony Noël et Favier ; elle recueillit tous les suffrages.
La représentation de Ruy-Blas laissa un bénéfice de dix-huit cents francs environ, ainsi qu'on peut s'en rendre compte aux pièces justificatives ; elle eut aussi pour résultat d'appeler de nouveau l'attention de nos concitoyens sur le projet de l'Association, et contribua pour beaucoup à faire verser de nouvelles souscriptions.
A partir de ce moment, la presse parisienne s'intéressa à l'œuvre versaillaise : des articles, dus à des plumes autorisées, parurent dans les principaux journaux de Paris ; il convient de citer Le Figaro, Le Temps, Le Matin, L'Evénement^ etc. ; de plus, le nom de Houdon inspira même les poètes ; parmi ceux-ci, nous devons signaler M. Augé de Lassus ; qu'il nous soit permis de reproduire ici les vers qu'il a composés en Thonneur du grand génie versaillais ; ils ne peuvent trouver une meilleure place ; le poète, avec un rare bonheur, y a évoqué tout l'œuvre de Houdon.